S’appuyant sur plus d’une décennie de recherche, Adrián Villar Rojas imagine un monde où Homo sapiens et Néandertaliens auraient eu une impulsion commune de créer du sens – une collaboration qui remet en question les discours dominants sur l'exceptionnalisme humain. Cette rencontre est envisagée comme une transmission à travers le temps, un don d’une lignée disparue envers une autre. L’œuvre invite les spectateurs à réfléchir à la coexistence, non comme un idéal éthique, mais comme une réalité biologique et historique.
Untitled (From The Series The Language of the Enemy) prend la forme d'un crâne de tricératops grandeur nature, d'où émerge, comme sculptée dans l’os même, une figure humaine : la Vénus de Lespugue, l'une des plus anciennes représentations connues du corps humain. Cet organisme hybride évoque à la fois le fossile et l'artefact, abolissant les frontières entre nature et culture, espèce et symbole, et éclairant les débuts incertains de la vie figurative.
La création de cette œuvre est le fruit d’une symbiose complexe entre modélisation numérique et construction matérielle, où la précision de la conception informatique rencontre l'intelligence tactile de la sculpture. Chaque microfracture, cavité et veine du bronze a été composée numériquement, conférant au crâne la complexité géologique d'un fossile naturel. Par ce procédé, l'œuvre se situe à la croisée du virtuel et du matériel, suggérant que la technologie, à l'instar de l'évolution, est un moyen de réinventer la matière.
Présentée dans le Jura, l’œuvre fait écho aux strates géologiques de la vallée de Joux, berceau de l’horlogerie suisse et territoire dont les formations calcaires ont préservé les fossiles jurassiques qui ont donné leur nom à cette ère. La surface en bronze, modelée numériquement, évoque les processus de compression minérale, reflétant le paysage millénaire de la vallée, où sédiments, fossiles et inventions se rencontrent. À Aspen également, l’œuvre trouvera sa place parmi les sommets environnants – montagnes façonnées par le temps glaciaire et superposition des strates au fil de l’Histoire – invitant à la réflexion sur les processus lents et intimement liés de la nature et de l’imagination humaine.
Ce projet s’inscrit dans la continuité des recherches engagées de longue date par Adrián Villar Rojas sur l'émergence de la construction du sens comme processus continu de coexistence. Ses travaux s'appuient sur la paléoanthropologie, la génétique et l'histoire spéculative pour interroger la manière dont imagination et savoir ont pu autrefois circuler par-delà les frontières des espèces. L'œuvre questionne ce qui a initialement suscité notre désir de créer des symboles, d'accomplir des rituels et de concevoir ce que nous appelons aujourd'hui « art ».
Cette commande revêt une importance symbolique pour Audemars Piguet, s’agissant de la première œuvre d'art contemporain commandée par la marque et inaugurée dans son lieu d’origine, à l'occasion de son 150e anniversaire. Les co-commissaires partagent un engagement commun à soutenir la recherche et la création artistiques, encourageant la réflexion créative auprès d'un public international, en résonance avec le lieu, l'histoire et le temps.
« Dans The Language of the Enemy, l’"ennemi" réside – et se reproduit – à travers le langage. "Ennemi" est le mot que nous utilisons pour désigner ceux dont le monde entre en collision avec le nôtre. C’est par le 3 langage que nous nommons et divisons, et c’est au sein du langage que perdure le souvenir du conflit. Je parle espagnol – la langue de l’ennemi, celui qui a jadis nommé et conquis la terre où je suis né. » Adrián Villar Rojas Artiste
« Adrián Villar Rojas nous rappelle que toute imagination est culturelle – que chaque esprit, chaque acte de création, émerge des écosystèmes symboliques que nous habitons. Son œuvre vient perturber ces systèmes, les envahissant tel un parasite pour y imposer des formes de logique nouvelles et imprévisibles. Dans son exposition à l’Aspen Art Museum, Adrián explore l’entropie et la contingence de notre monde polarisé, s’interrogeant sur notre possible disparition et sur les traces de sens qui pourraient subsister. Il construit des mondes en constante évolution – sauvages, hybrides et vivants – nous invitant à repenser la manière dont nous façonnons le savoir et dont celui-ci, en retour, nous construit. » Claude Adjil Curatrice at large, Aspen Art Museum
« Adrián Villar Rojas conçoit une fiction spéculative qui mêle paléontologie et premiers témoignages de la créativité humaine, nous invitant à réfléchir à la manière dont les pratiques artistiques nous permettent de mieux nous comprendre en tant qu’individus ainsi que dans l’altérité. La démarche d’Adrián s’inscrit dans une forme de production collective dont nous partageons l’esprit chez 4 Audemars Piguet Contemporary : une approche valorisant collaboration, dialogue et attention constante pour les processus de conception et la matérialité. L’exposition de cette œuvre, fruit d’une co-commande, au cœur de la vallée de Joux, notre berceau, est un événement d’autant plus symbolique qu’il coïncide avec la clôture de l’année de notre 150e anniversaire. Nous sommes fiers de présenter l’œuvre d’Adrián en collaboration avec l’Aspen Art Museum, co-commanditaire du projet qui accueillera une vaste exposition de l’artiste l’été prochain. » Audrey Teichmann Curatrice, Audemars Piguet Contemporary