Le tourbillon est une vedette. Il occupe toujours le premier plan, surtout quand il est traité avec autant de sophistication que dans ce troisième opus de la série Gyrotourbillon. Elle a contribué à positionner le tourbillon comme complication ultime des années 2000, et a toujours consisté en deux volets. Le premier est un tourbillon présentant une modalité spatiale avancée, en l’occurrence à cage sphérique, sur deux axes et volant. Plus discrètement, les Gyrotourbillons étaient aussi accompagnés d’une autre sophistication ou complication. Dans le cas du Gyro 3, comme il est souvent appelé par souci de simplification autant que par affection, il s’agit d’un chronographe.
PREMIER ET SECOND
Tout autant que son tourbillon, Jaeger-LeCoultre a toujours traité ce volet complication avec une mise en œuvre inhabituelle. Dans le premier Gyrotourbillon, le quantième ne se contentait pas d’être perpétuel, il était aussi bi-rétrograde. Dans le second, le spiral était cylindrique à double courbe terminale et bleui par traitement thermique. Le troisième se devait de bouleverser le chronographe à sa manière. Et ce, même si le public allait accueillir ledit bouleversement avec moins d’intérêt que la cage sphérique, en aluminium ajouré, volante et bi-axiale, ou que la platine en maillechort micro-martelée au burin. Dans la débauche de prestige de cette pièce, le chronographe est le parent pauvre. Pourtant, le calibre 176 lui a réservé une place de choix. Il a son cadran bien à lui, excentré et distinct de celui des heures et minutes. Argenté, soleillé, il occupe un espace bien plus important que celui normalement dévolu à un simple totaliseur et pour cause. Il s’agit d’un ensemble d’affichage complet, autonome, qui réunit dans un même cercle trotteuse et compteur digital 60 minutes.
UN ET DEUX
En dehors de la date, l’horlogerie mécanique a rarement recours à un affichage en toutes lettres, c’est-à-dire en tous chiffres, grâce à des disques. Ceux-ci sont bien plus lourds que les aiguilles. Or, le principe même d’un affichage digital exige qu’ils soient toujours parfaitement calés devant leur fenêtre. C’est-à-dire qu’ils doivent être sautants. Ce poids et ce saut les rendent très gourmands en énergie. De plus, il ne suffit pas de faire sauter un disque. Il faut aussi l’arrêter en pleine course. La question masse devient alors critique. En clair, un disque dans une montre, c’est un camion qu’il faut faire passer de 0 à 100 en moins de trois secondes et le ramener de 100 à 0 en encore moins de temps. Et dans le cas de ce chronographe, au moins une fois par minute. C’est là que l’exploit réalisé par le Gyro 3 est passé inaperçu, même s’il s’agit d’une évolution du système inauguré en 2010 sur la Master Compressor Extreme Lab 2. Parce que son affichage des unités et des dizaines de minutes de chronographe est entièrement géré par deux disques. C’est peu de dire que les constructeurs de Jaeger-LeCoultre ont dû s’arracher les cheveux pour le faire marcher de manière fiable. Le résultat est cependant à la hauteur des attentes d’un Gyrotourbillon. Le compteur gris est percé de deux grandes ouvertures, dans lesquelles trônent deux chiffres de très grande taille, parfaitement lisibles sans loupe. On n’avait tout simplement jamais vu cela.
SIX ET NEUF
L’autre enjeu derrière la création de ce chronographe à affichage autonome, excentré, à aiguille et double disque sautant, c’est l’épaisseur. Un chronographe répartit normalement ses indications aux deux ou trois coins d’un cadran. Ici, tout est empilé, à part la roue à colonnes, légèrement de côté et cachée par un capot vissé. Fort heureusement, la cage de tourbillon sphérique occupe une place très importante, forcément dans les trois dimensions. À tel point que la boîte en platine du Gyro 3 atteint 15,50mm de hauteur. Mais cette épaisseur est tellement concentrée sur une zone restreinte, ici à 6 heures, qu’elle dégage du volume ailleurs dans le mouvement. Assez pour y loger à peu près ce que l’on veut, du moment que cela soit vertical. S’il est bien un qualificatif que n’a pas reçu le Gyrotourbillon 3, c’est celui de pragmatique. Pourtant, son chronographe à 9 heures le mérite amplement.
Jaeger-LeCoultre Gyrotourbillon 3
BOÎTIER: platine, verre et fond saphir, étanche à 50m
DIMENSIONS : 43,5mm de diamètre, 15,5mm d’épaisseur
MOUVEMENT: mécanique à remontage manuel, tourbillon bi-axial volant, calibre 176, 592 composants, 3Hz, 48 heures de réserve de marche
FONCTIONS : heures, minutes, chronographe monopoussoir, totaliseur des minutes à affichage digital sautant instantané par double disque, affichage jour/nuit
CADRAN: laqué blanc pour les heures et minutes, argenté soleillé pour le chronographe
BRACELET: alligator noir, boucle déployante en platine
ANNÉE DE LANCEMENT: 2013
Cette année, GMT Magazine et WorldTempus se sont lancés dans le projet ambitieux de résumer le chronographe depuis l'an 2000 dans The Millennium Watch Book - Chronographes, un grand et beau livre magnifiquement illustré. Cet article en est un extrait. The Millennium Watch Book - Chronographes est disponible en français et en anglais ici.