Les horlogers sont en train de faire disparaitre le métal. La tendance n'est pas nouvelle, mais une évolution logique de mouvements à l'œuvre dans la fabrication de montres de prestige. Tout a commencé par les fonds saphir. Dans les années 2000, ils sont devenus la norme, une montre compliquée (ou pas d'ailleurs) ne pouvant se vendre sans que l'on puisse admirer son mouvement. Il y avait de l'épate, du plaisir horloger pur, mais aussi une recherche de rassurance dans cette révélation. Chacun pouvait constater la qualité de son achat, de visu et à tout instant.

De face
Puis ce sont les cadrans qui s'y sont mis. Des ouvertures donnant sur le côté dos du mouvement ont accompagné la mode de montres à l'esthétique hyper technique. Rapidement, la manœuvre s'est prolongée dans le squelettage. Technique ancestrale, elle a acquis une nouvelle jeunesse quand les fabricants de composants ont appris à leur donner la forme voulue au moment de l'usinage au lieu de découper des calibres standard qui étaient la matière première des squeletteurs. Ces effets graphiques ont remporté un franc succès, qui ne se dément pas.

De tous les côtés
Dans l'escamotage du métal, la troisième et ultime étape ne se contente plus de découper, de révéler ou de faire dans la dentelle mécanique. Le métal, pratique mais opaque, cède la place au saphir. Le cristal de corindon transparent et de fabrication industrielle est désormais une matière première de l'horlogerie au même titre que le laiton. Corum propose depuis des années une Golden Bridge Tourbillon aux platines invisibles. La L-Evolution Caroussel Saphir de Blancpain est du même tonneau. Dans les deux cas, le mouvement reste en métal, mais occupe une place réduite pour laisser la vedette au saphir.

Apothéoses
Puis en 2012, Richard Mille a laissé tout le monde sur place. Sa RM056 est intégralement habillée de saphir. Finis les renforts en or ou acier, finie l'opacité. Le calibre flotte dans un bloc totalement transparent usiné à grand peine. Lors du SIHH 2013, une seconde version, la RM56-01 a poussé la logique un cran plus loin avec des platines et roues en saphir. En parallèle, Cartier a réussi à concilier translucidité et mystère. Sa Rotonde Mystérieuse arbore un grand espace vide à 9 heures, dans lequel flottent les aiguilles. Collées sur des disques en saphir, elles sont reliées au reste de la mécanique sous le cadran, dissimulée aux yeux du public. La transparence des matières n'empêche pas l'opacité du fonctionnement. C'est ça aussi, la magie de l'horlogerie.

