25
WorldTempus · 25 ans

25 ans, 25 cadeaux

Trois minutes, 25 chances de gagner : une montre DOXA, des séjours d'exception et bien plus.

Je participe

La Breguet Type XXII 3880

9 minutes read
Le point de vue du collectionneur
Worldtempus - 24 septembre 2012Serge Panczuk


L'histoire de cette montre commence en 1954. A cette date, le Ministère de la Défense français commissionne un certain nombre de marques horlogères pour développer une montre destinée à l'Armée de l'Air, aux forces aéronavales et au Centre d'Essai en Vol. Ainsi naissent les fameux modèles Type XX qui répondent tous au même cahier des charges, qu'ils soient produits par Vixa, Dodane, Auricoste ou Breguet. En 1956, les exigences évoluent, et les militaires demandent quelques modifications, qui donneront lieu à une nouvelle itération des types XX, les XXI.

Les Type XX et XXI sont des chronographes qui se caractérisent par un cadran noir, des aiguilles pouvant être lues dans toutes les conditions de luminosité, une fonction flyback, un mouvement automatique répondant à certaines exigences de précision, de fiabilité, et de facilité de maintenance et une réserve de marche minimale de 35 heures. En plus des marques françaises retenues pour produire la type XX, la nouvelle version XXI sera également produite par Airain et Chronofixe, marques aujourd'hui disparues.

Ces garde-temps sont devenus depuis cette période des pièces de légende. Les divers poinçons de maintenance et leurs numéros spécifiques qui attestent de leur nature militaire rendent ces pièces très séduisantes pour les collectionneurs. Depuis quelques années, les marques Auricoste et Dodane ont d'ailleurs relancé leurs Type XX. Dans les années 50, c'est elles qui avaient produit le plus grand nombre de ces chronographes.

Dans cette famille, Breguet tient une place particulière. D'abord parce que son nom est directement associé à l'aviation, et ensuite parce que le nombre de « type 205101/54 » reste limité à quelques centaines, contre plusieurs milliers pour les autres manufactures. Aujourd'hui, le modèle qui retient notre attention est la Type XXII, une nouvelle version lancée en 2011. Si elle garde l'ADN de ses grandes sœurs, elle abrite dans sa boîte une innovation révolutionnaire qui la rend unique !

Pourquoi Bréguet ?

Il ne me semble pas nécessaire de préciser ici ce qu'Abraham Louis Breguet a apporté à l'horlogerie. Il reste un des maîtres horlogers les plus célèbres au monde, et le fondateur de la marque éponyme en 1775.

On lui doit notamment l'invention du tourbillon et l'optimisation du spiral (grâce à une courbe terminale relevée). Ce premier fameux Breguet n'avait donc aucun lien avec l'aviation. Son petit-fils Louis François Clément continuera à développer la manufacture horlogère. Il faudra attendre Louis Charles Breguet – petit fils du précédent – pour que le monde de l'horlogerie et celui de l'aviation se rencontrent.

 

Pourquoi pas?_333290_0

Louis Charles ne deviendra pas célèbre en améliorant les garde-temps de son illustre ainé. Mais il se lancera dans une autre aventure, celle de l'aéronautique, dont il deviendra un des pionniers, en créant en 1909 la « Société anonyme des ateliers d'aviation Louis Breguet ».

Jusqu'en 1971 (date de son rachat par Dassault), Breguet produira parmi les plus fameux avions militaires français (le Breguet 14, le XIX, l'hydravion 521, le magnifique 693, l'Atlantic ou l'Alizé).

Louis Charles Breguet s'éteindra en 1955, soit juste quelques mois après le lancement des premiers modèles de type XX…

La famille Breguet a donc autant influencé le secteur de l'horlogerie que celui de l'aviation. Et rien ne pouvait résumer aussi bien ce lien indéfectible entre ces deux mondes que ce nouveau chronographe qui repousse les limites de la vitesse : le Type XXII !

La Breguet Type XXII – le dragster horloger ….

Originellement, le dragster était une voiture classique dans laquelle quelques fous avaient décidé de monter un moteur ultra puissant, pour « s'amuser » à repousser les limites de vitesse !

C'est à Bâle en 2011 que Breguet a présenté le premier prototype de cette montre aux caractéristiques exceptionnelles, et proche de celle des dragsters automobiles.

La type XXII 3880 ST est le premier garde-temps produit en série équipé d'un mouvement qui « tourne » à une fréquence de 72 000 alternances par heure (ou 10 Hertz – 10 Hz). La majorité des chronographes  propose une vitesse de 28 800 alternances. Cette fréquence avait déjà été repoussée en 1969 par Zenith qui lança à cette époque le magnifique El Primero qui affichait un nouveau record à 36 000 alternances.

Si ces mouvements à haute-fréquence permettent une mesure du temps plus précise et plus fiable, ils sont aussi très difficiles à développer car la vitesse atteinte créé des contraintes sur l'ensemble des composants du mouvement, et impacte également fortement la réserve de marche. Les ingénieurs doivent donc faire preuve d'une imagination sans borne pour combiner rapidité, fiabilité, et durabilité.

C'est ce que les ingénieurs de Bréguet sont parvenus à faire en développant un échappement et spiral  en silicium. L'objectif principal était de permettre au « moteur » de la montre de monter très haut dans ses « tours / minute » tout en évitant les problèmes liés aux frictions à très haute vitesse. La façon la plus classique de combattre l'usure est d'utiliser des lubrifiants. L'autre est de modifier la structure des composants pour obtenir des alliages légers, résistants à la corrosion et moins sensibles à la gravité terrestre. C'est ce que nous propose le calibre de cette Type XXII.

Et, grâce au silicium, les organes les plus sensibles de la montre sont mieux protégés et supportent ces fréquences extrêmes. De cette façon, Breguet peut proposer un mouvement chronographe aux vitesses jamais atteintes, source d'une précision et d'une lecture des temps courts exceptionnels.

Pour abriter ce moteur sur-vitaminé, les ingénieurs avaient le choix entre une boîte totalement nouvelle, et l'évolution d'une pièce déjà présente dans la collection.  Le choix semblait donc évident : il s'est porté sur la légendaire pilote Type XX. Parce que l'aviation a toujours rimé avec vitesse et haute technologie.

Le mariage du passé et du futur était donc en route. Et c'est ainsi qu'est née cette concept watch !

Les différences entre la XX et la XXII sont nombreuses.
La XXII est plus épaisses et plus massive. Ses 44 mm ne choquent pas, et sont en phase avec les tendances actuelles. Par contre l'épaisseur de la 3880 ST est notable. C'est à ce jour la plus épaisse des Breguet.

Elle se distingue aussi des Types XX et XXI par son poussoir de chronographe situé à 4 heures qui est strié avec des inserts rouges. Historiquement, un poussoir de chronographe rouge fait pleinement sens. En effet, un tel poussoir indiquait au pilote que son activation remettait à zéro le chronographe. Cela pouvait présenter un risque lorsque la montre était un des instruments de navigation les plus importants.

Autre différence notable, le cadran.
Rien ne sert de proposer un tel mouvement si sa fonctionnalité principale n'est pas visible. La Type XXII propose donc un chronographe à aiguilles centrales. Vous avez bien lu, il y a plusieurs aiguilles. Une rouge qui se déclenche par le poussoir du haut et qui fait un tour de cadran en 30 secondes. Et une blanche, sous la première, qui se déplace à chaque minute. Pas besoin de déclencher le chronographe pour « voir » la vitesse du mouvement. En effet, le compteur des secondes, situé à 9 heures, affiche la même rapidité. Son aiguille fait un tour en une demi-minute !

A trois heures se situe un compteur 24 heures. Et comme cette montre doit être une vitrine technologique, elle propose également un second fuseau horaire à 6 heures, dont le compteur abrite le guichet de la date.


Pourquoi pas?_333290_1
XXII 3880 ST © Breguet


Les autres éléments de la XXII restent proches de son ancêtre. Une lunette graduée, une boîte qui propose les fameuses cannelures Breguet, un cadran noir et des chiffres blancs.

Mais une telle pièce ne serait pas complète sans un fond saphir qui permette d'admirer le mouvement. En retournant la montre, on se rend compte que, là encore, Breguet a choisi une option originale ! Point de fond saphir, mais juste une petite ouverture au dessus de l'échappement du chronographe qui permet de concentrer son attention sur cette prouesse technologique.

A coté de cette ouverture en forme de goutte d'eau, se trouve une inscription en rouge : SPIRAL & ECHAPPEMENT SILICIUM – FREQUENCE 10 Hz.

Pour parfaire le design de la montre, nous retrouvons ces subtils traits rouges sur le cadran, qui affiche fièrement la mention 10 Hz, sous les mentions Breguet et « Retour en Vol ».
La montre est proposée sur un bracelet en acier, ou un cuir noir qui arbore une couture deux tons, blanc et rouge.

Qu'en pense l'avocat du diable ?

Nous sommes en présence d'un exercice de style autant que d'une concept watch. D'ailleurs, le modèle initialement proposé en 2011 était différent, puisqu'il affichait – en plus des fonctionnalités évoquées précédemment, un guichet supplémentaire à 12 heures. De forme rectangulaire, il proposait une lecture linéaire rétrograde des secondes qui permettait de savoir si l'aiguille du chronographe, qui tourne en 30 secondes, se trouvait dans son premier tour (30 sec.) ou dans le second (la minute).

Ce détail a son importance. Parce que le reproche principal que nous pourrions faire à notre dragster est la densité des informations présentes sur le cadran. Parfois le trop est l'ennemi du bien. En voulant afficher leur maîtrise technologique, les ingénieurs de Breguet ont volontairement surchargé le cadran.
 
Pour coller à l'origine de la pièce, il n'était donc pas nécessaire de rajouter une fonctionnalité GMT.

En effet, les modèles de 1954 devaient être simples. La présence de la fonction FlyBack fait donc tout son sens puisqu'elle est historique. Le deuxième fuseau horaire n'est par contre pas indispensable. Avec cette XXII, nous aurions pu rêver d'une version deux cadrans, proche de certaines versions vintage, qui aurait combiné la simplicité des spécifications initiales et la haute technologie de son calibre ultra rapide.

Quelle image véhiculera le porteur de cette Breguet?


La véritable question est de savoir ce qui conduira un amateur de montres à choisir entre la classique Type XX, la XXI – et sa dernière déclinaison en titane – ou la Type XXII.

Opter pour une pièce de cette collection, c'est afficher son goût pour des modèles historiques, et son attirance pour l'univers aéronautique. L'amateur de la Type XX privilégie les racines. Il fait fi de la tendance actuelle, et n'a pas peur de porter une petite montre. Parce qu'il ne veut pas transiger avec l'histoire. La plus moderne XXI permet de combiner un design d'époque avec une taille de 42 mm plus compatible avec les standards modernes. La XXI en titane offre en plus un superbe cadran et un poids réduit.

La XXII sera choisie avant tout pour son moteur. Pour l'apprécier totalement il faut aimer la technologie horlogère. Il faut craquer devant une Zenith Striking 10th, et s'enthousiasmer à l'annonce de la TAG Heuer Mikrogirder, qui toutes repoussent les limites de la vitesse.

La 3880 ST est idéale pour un amateur de vitesse, qui cherche à combiner la nostalgie, le style et le déraisonnable. Si vous aimez les muscles cars, que le grondement d'une Mustang  KR GT 500 de 1968 vous déclenche un frisson de plaisir, cette Type XXII est faîte pour vous. Elle vous permettra au moins de mesurer exactement de combien vous dépassez les limites de vitesse … 

 


ET POURQUOI PAS... : les autres articles

Marque