Olivier Müller

Le mouvement de la X-Trem 1 © Claret
Chaque salon connaît ses stars, celles pour lesquelles le 'buzz' est aussi savamment orchestré que les salles de presse sont remplies. Las, le soufflet retombe souvent. De simples concept watches en prototypes non fonctionnels, l'amateur averti éprouve parfois une certaine frustration.
Cette édition de Baselworld résonne toutefois du tic-tac de deux nouveautés aussi futuristes qu'innovantes: la H1 et l'X-Trem 1. Explications.
Christophe Claret, dont on en vient à se demander si son imagination a des limites, a présenté l'X-Trem 1. Très peu d'informations avaient filtré de ce projet qui mit plus de 2 ans à aboutir. La pièce, proprement ébouriffante, laisse sans voix: un tourbillon volant incliné à 30°, monté sur une platine en titane curvex en trois dimensions, régule un double affichage linéaire rétrograde par lévitation magnétique de deux billes d'acier.

Le pari initial était insensé: introduire des champs magnétiques - les pires ennemis de la mécanique horlogère - au cœur d'une montre, pour en faire le mode d'affichage des heures et minutes. La réponse de Claret fut d'isoler les parties magnétiques dans de minuscules cages de Faraday. Le système repose donc sur deux petites sphères d'acier - évidées pour plus de légèreté - lesquelles, isolées à l'intérieur de deux tubes de saphir, se meuvent portés par les champs magnétiques générés par deux aimants miniatures tractés par des câbles.
«Nous avons développé cette technologie avec la Haute Ecole d'Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), à Yverdon-les-Bains. Les champs magnétiques ont été dirigés de manière à ce qu'ils n'aient aucune influence sur le mécanisme en dehors de la tâche qui leur est demandée», explique Christophe Claret.
Le tourbillon volant (60 secondes) n'est quant à lui pas sans rappeler, par son inclinaison à 30°, les récents travaux de Greubel-Forsey ou de Jaeger-LeCoultre. Claret indique pour sa part avoir privilégié le rendu visuel: au porté, le regard plonge littéralement dans le tourbillon à chaque consultation de la montre.
Pièce expérimentale? Non, répond le maître horloger, mais pièce aboutie, commercialisable de suite, en 3 finitions de boîtes de 8 exemplaires chacune. Une prouesse technique hors norme, qui reclasse les récentes tentatives de maîtrise du magnétisme (notamment sur les organes réglants) au rang de travaux de R&D théorique.

La première H1 fonctionnelle, N° 00 appartenant à Vincent Perriard, CEO HYT © WorldTempus/Olivier Müller
HYT fluidifie le temps
Dans la même perspective, Vincent Perriard, CEO de HYT, a présenté les premiers exemplaires de sa H1. Son approche est unique: réunir en une même pièce mécanique horlogère et mécanique des fluides. Au final, la H1 associe un échappement traditionnel avec un système de vérins hydrauliques qui 'poussent'un fluide coloré dans un tube de verre gradué, indiquant ainsi l'heure.
De prime abord, on croit à un fluide vert qui progresse dans un tube vide. Il n'en est rien: ce fluide avance en réalité en repoussant devant lui un autre fluide totalement translucide. Le tube en verre est donc en permanence plein de deux liquides d'un total 53 mm cubes, dont la formule chimique fait qu'ils ne se mélangent jamais.

Trois défis se sont posés aux concepteurs: inventer des fluides non dilatables, non évaporables, et créer un système de poussée hydraulique dotée d'une force considérable pour les mettre en mouvements opposés l'un contre l'autre. Pour se figurer le couple requis, l'on peut se rappeler la pression requise par une main pour actionner une seringue médicale. Le principe est ici le même, mais avec l'exigence d'une force constante, et pour au moins 40 heures consécutives - proprement inconcevable pour une simple montre, jusqu'à ce que Jean-François Mojon et son équipe s'attellent au problème. Les solutions trouvées viennent principalement de l'aérospatiale (composants mécaniques) et du secteur médical (fluides).
Au final, la H1 est non seulement finalisée, mais ses 160 premiers modèles entièrement vendus! Pour mémoire, seules deux marques avaient réussi le pari de partir de zéro et de vendre la totalité de leur production prévisionnelle avant même de sortir la Numéro 0: MB & F et Richard Mille. Vincent Perriard n'a pas réussi un simple lancement, mais une véritable mise sur orbite. Un second tour de table est d'ailleurs presque finalisé, qui permettra à la H1 de se décliner en H2, H3 et H4 d'ici 2015.