Quatre pièces qui ont changé le destin de leur créateur

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History in the making
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Beaucoup d’essais, de tentatives. Et un jour survient la montre, parfaite, que tout le monde attendait et qui va propulser sa marque créatrice dans une autre dimension

Louis Moinet – Memoris

Lorsque Jean-Marie Schaller crée la marque Louis Moinet, d’après le patronyme de l’horloger éponyme, la voie s’annonce ardue. Déjà, parce que seul un nombre restreint de passionnés ont entendu parler de cet horloger contemporain de Breguet. Ensuite, parce qu’il n’a laissé que très peu de réalisations. Enfin, l’homme a été actif aussi bien en horlogerie, qu’en astronomie, en peinture, ou en sculpture.

Lorsque Jean-Marie Schaller parvient à faire officiellement attester que Louis Moinet est l’inventeur du chronographe, un boulevard créatif s’ouvre pour lui rendre hommage. Mais comment ? Une fois n’est pas coutume, la réponse va venir très rapidement, en 2015. Elle s’appelle Memoris. Particularité : la totalité de la complication du chronographe est basculée côté cadran. Le reste de la mécanique demeure abritée par le fond saphir de la montre. Développé avec Concepto, le mouvement est expressif, inventif, créatif, démonstratif. Il inspirera quelques belles créations très proches, notamment l’Antarctique Rattrapante chez Czapek.

Memoris © Louis Moinet
Memoris © Louis Moinet

Maurice Lacroix – Aikon

Nous sommes en 2016. Cela fait deux ans que Stéphane Waser est à la tête de Maurice Lacroix. La marque n’est pas dans une forme olympique, appartenant au mastodonte DKSH (32'000 collaborateurs), qui ne cache pas son intention de la céder. Mais le nouveau patron ne l’entend pas de la sorte. Pour se remettre en selle, l’homme choisit de réinterpréter un succès passé, la Calypso qui, avouons-le, n’a pas laissé une empreinte horlogère indélébile. Stéphane Waser le sait et a donc le flair de la renommer : ce sera l’Aikon.

C’est tout simplement la bonne idée, au bon moment, avec la bonne pièce, au bon prix. L’esthétique est parfaite, les proportions sont maîtrisées. L’Aikon ne fait pas l’erreur de vouloir se positionner comme une référence « intemporelle incontournable de la Haute Horlogerie », adage éculé et contre-productif. Avec ses faux airs de Royal Oak, l’Aikon ne promet rien d’autre que d’être une belle montre, classique et classieuse, moderne. Les versions automatiques, notamment en 39 mm, sont unisexes. Avec elle, Maurice Lacroix fait son retour sur le devant de la scène, avec autant de simplicité que d’efficacité. Une belle leçon.

Aikon © Maurice Lacroix
Aikon © Maurice Lacroix

Doxa – SUB 300 T

Nous sommes en 2019. Jan Edöcs reprend la direction de Doxa. La tâche n’est pas aisée. La célèbre marque de montres de plongée a disparu des sonars depuis la fin des années 70, coulée par le quartz.

Elle se relève en 1997 avec l’arrivée de la famille Jenny et du groupe Walca. Jan Edöcs a conscience d’avoir sous le coude une marque riche, des pièces de légende, des égéries connues (Robert Redford), mais il faut redémarrer le moteur et se (re)faire une place au soleil, quelque part entre Blancpain, Omega ou Rolex.

Pour y parvenir, l’homme fait trois choix. Le premier : remettre en avant la SUB 300T. C’est une pure plongeuse, certifiée à 300 mètres. Il faut cela pour être crédible. Le deuxième : une réinterprétation d’époque qui fait la part belle au bracelet « grain de riz », véritable griffe de Doxa, très vintage et donc en phase avec l’air du temps.

Enfin, troisième choix : afficher ostensiblement l’orange vif comme principale couleur de cadran. Le choix est peu consensuel, mais c’est précisément ce que recherche Jan Edöcs : sortir du lot pour sortir de l’eau. Le parti pris est audacieux, voire risqué, mais soutenu par des prix très abordables. Les médias lui font une large couverture, la pièce étant particulièrement photogénique. Le public suit. C’est un succès. Doxa is back !

SUB 300 T © Doxa
SUB 300 T © Doxa

Armin Strom – Resonance

Il faut l’avouer sans rougir : sans la marque qui porte aujourd’hui son nom, bien peu connaîtraient M. Armin Strom, maître de la montre squelette il y a près de 50 ans. De facto, la marque Armin Strom a un triple défi : se faire connaître en tant que maison horlogère, créer un modèle qui l’identifiera, et se dégager d’un bel héritage mais sur une technique, le squelettage, devenue passablement embouteillée.

Les deux repreneurs de l’enseigne, Serge Michel et Claude Greisler, ne choisissent pas la voie la plus simple : intégrer totalement la conception, le développement et la production de leurs montres. En somme, recréer une manufacture intégrée. L’investissement est colossal. Les attentes sont à la mesure du projet : que va-t-il accoucher de cette débauche d’ambition et de moyens ?

La réponse arrive en 2016. Elle se nomme Resonance. L’idée est d’offrir, côté cadran, deux oscillateurs reliés par un ressort flexible. Ce n’est pas la première tentative de la sorte – on pense à l’Oscillateur Harmonieux de Rudis Sylva, entre autres – mais Armin Strom déploie pour son invention de multiples modèles qui affirment progressivement sa viabilité : Dual Time, Minute Repeater, Pure, etc. Un joli coup technique, resté sans équivalent.

Resonance © Armin Strom
Resonance © Armin Strom