À partir de quand une idée, appliquée avec constance, devient-elle presque une marque de fabrique ? On peut se poser la question pour les séries Lumen d’A. Lange & Söhne. Sur le principe, ce n’est rien d’autre que l’usage de Super-LumiNova en certaines parties du cadran. Le procédé n’a rien de nouveau. Il est presque systématique sur les aiguilles et index de la quasi-totalité des montres depuis un siècle.
En montres sportives, Panerai en a fait l’une de ses signatures esthétiques (modèles Luminor et Radiomir). En pièces de gala, (feu) De Grisogono en faisait resplendir ses Tondo by Night. Chez les indépendants, Sarpaneva, MB&F, et leur acolyte Black Badger ont osé des paris assez fous. En horlogerie d’art, Bovet faisait briller les ailes de ses nocturnes papillons (collection Château de Môtiers). Et la liste est loin, très loin d’être exhaustive. Dès lors, pourquoi considérer les Lumen d’A. Lange & Söhne comme un cas à part ? La réponse tient en trois mots : constance, complication et limitation.
Constance
La régularité avec laquelle paraissent les A. Lange & Söhne « Lumen » a fini par ancrer le procédé dans l’estime des collectionneurs. Avec une régularité métronomique, la manufacture allemande distille ses Lumen presque tous les trois ans : Grande Lange 1 Phases de Lune Lumen en 2016, puis Datograph Up/Down Lumen en 2018, Zeitwerk Honeygold Lumen en 2021, et aujourd’hui Datograph Perpetual Tourbillon Honeygold Lumen, révélé en 2024 à Watches and Wonders il y a quelques semaines. Chaque modèle a eu sa propre application du Lumen : chrono, date et réhaut dans le premier cas, grande date uniquement dans le deuxième, et toutes les mentions du QP dans le dernier, phase de Lune comprise.
Complication
Le Lumen est donc toujours utilisé pour souligner une complication. Il n’illumine pas simplement des éléments inertes (comme le cadran), ou de simples indicateurs (comme les aiguilles ou les index). Chez A. Lange & Söhne, le Lumen est un procédé qui se met au service de la mécanique. Il en souligne la spécificité. Dans les modèles 2016, 2018 et 2024, la Grande Date est en majesté (avec la phase de Lune pour le premier). Positionnée à midi ou 1h, elle domine le cadran. C’est elle que l’on ajuste par le poussoir à 10h, suivant un brevet Jaeger-LeCoultre des années 90 et depuis cédé à la manufacture allemande, les deux maisons appartenant au même groupe.
Dans la Zeitwerk de 2021, le choix se fait par défaut : la pièce ne comporte à proprement parler qu’une seule complication, cette grande heure décimale qui s’étire horizontalement, de 9h à 3h. C’est elle que le Lumen vient faire briller aux astres levés. On peut aussi apercevoir les unités non affichées directement au cœur du mouvement, ce dernier étant voilé d’un simple verre saphir fumé. Le Datograph Perpetual Tourbillon Honeygold Lumen est quant à lui le plus expressif durant la nuit : jour, date, mois, années bissextiles, phases de Lune et grande date. Un phare !
Limitation
La rareté est un élément constitutif de la valeur d’une montre. A. Lange & Söhne l’a bien compris. Les trois pièces dévoilées entre 2016 et 2024 furent toutes limitées à respectivement 200 exemplaires, à l’exception de la toute dernière Datograph Perpetual Tourbillon Honeygold Lumen, limitée à 50 exemplaires. Leurs prix se sont passablement envolés : environ 69'000 euros pour la première édition, 95'000 pour la deuxième, 100'000 euros pour la troisième, et 620'000 euros pour la toute dernière de 2024. « Ce qui est rare est cher », confirme l’adage.