Les icônes ne se construisent jamais instantanément. Dans l’horlogerie, elles naissent de l’excellence, de la créativité et surtout de la constance. C’est ainsi que, malgré des débuts parfois mitigés, des modèles comme la Nautilus ou la Royal Oak ont fini par entrer dans la légende. Au fil des décennies, ils se sont imposés dans notre imaginaire collectif.
Mais qu’est-ce qui permet d’accélérer ce processus ? En un peu plus de dix ans, la Bvlgari Octo Finissimo est passée du statut d’objet horloger spectaculaire à celui de référence incontournable, apparaissant chaque année parmi les créations qui poussent à se demander jusqu’où la marque pourra aller. Année après année, elle a poursuivi sa transformation de curiosité à classique contemporain, et tout laisse penser qu’elle a désormais atteint ce statut.
Lorsque l’Octo Finissimo est apparue en 2014, elle semblait presque venue d’ailleurs. Alors que les montres sportives de luxe restaient encore fortement influencées par les codes des bracelets intégrés des années 1970, Bvlgari proposait une vision plus radicale, plus architecturale et plus singulière. Son boîtier octogonal facetté, inspiré de la géométrie romaine et nourri par l’héritage de Gérald Genta, évoquait une sculpture industrielle pensée à l’échelle du poignet.
Mais son design seul n’explique pas son statut. Ce qui a véritablement fait de l’Octo Finissimo une icône, c’est sa capacité à évoluer constamment sans jamais perdre son identité. Cette faculté caméléon lui a permis d’enchaîner records de finesse et récompenses au GPHG, consacrant progressivement Bvlgari comme une véritable référence horlogère. Plus encore, ces prouesses techniques étaient intégrées dans une esthétique immédiatement reconnaissable, même à distance, sans doute le véritable signe d’une montre appelée à durer.
Le signe le plus évident du statut d’icône reste probablement l’imitation. Aujourd’hui, l’esthétique monochrome en titane et la silhouette ultra-fine de l’Octo Finissimo ont influencé toute une génération de montres sportives contemporaines. Les collectionneurs en parlent avec passion, certains critiquent son confort au poignet tandis que d’autres la défendent avec une ferveur presque militante. Et c’est précisément cette tension qui compte. Les véritables icônes ne font jamais l’unanimité ; elles deviennent simplement impossibles à ignorer culturellement.
Alors, à quel moment une montre devient-elle véritablement une icône ? Face à la Royal Oak ou à la Nautilus, l’Octo Finissimo reste encore jeune, mais elle possède déjà cette qualité rare dans l’horlogerie moderne : une identité forte. Sa silhouette est devenue emblématique d’une époque, et son évolution est loin d’être terminée, comme le montre l’engouement suscité par la nouvelle version 37 mm dévoilée cette année à Watches and Wonders. Désormais libérée de la seule quête de finesse extrême, l’Octo Finissimo peut explorer des territoires créatifs bien plus larges. Mais surtout, l’Octo Finissimo n’est pas devenue une icône parce que Bvlgari l’a décrété : c’est elle qui a permis à la Maison de devenir une véritable référence horlogère. Et cela restera inscrit dans l’histoire.
Conversations
Depuis près de dix ans, l’Octo Finissimo occupe une place centrale dans les conversations horlogères. Mais qu’en pensent réellement collectionneurs et experts ? WorldTempus a interrogé plusieurs spécialistes internationaux afin de recueillir leurs impressions.
Benoît Colson, Genève
Responsable du département horloger chez Sotheby’s à Genève
« Je me souviens avoir découvert la Finissimo à Baselworld en 2014. Elle établissait alors un nouveau record du mouvement tourbillon le plus fin au monde. Mais, pour moi, le véritable tournant est arrivé avec l’Octo Finissimo Automatique lancée en 2017. Dès le premier regard, j’ai eu le sentiment que cette montre avait un avenir immense car elle apportait quelque chose de véritablement nouveau dans le paysage horloger.
L’Octo Finissimo, et plus particulièrement sa version automatique trois aiguilles, a introduit une nouvelle esthétique dans l’univers des montres. C’est une pièce sportive, contemporaine et audacieuse, qui démontre une réelle volonté de créer une montre révolutionnaire tout en conservant les ingrédients qui ont fait le succès des grandes sportives iconiques : un boîtier en métal non précieux, un bracelet assorti, un format large mais portable et une grande finesse. Le véritable exploit, selon moi, réside dans le fait que Bvlgari a réussi cela sans chercher à réinterpréter le passé mais en regardant vers l’avenir. Le choix du titane plutôt que de l’acier s’inscrit parfaitement dans cette logique.
Avec son nouveau diamètre de 37 mm présenté cette année, l’Octo Finissimo rejoint définitivement le cercle restreint des meilleures montres sportives. Concernant son statut iconique, je pense cependant que seule la prochaine génération pourra réellement le confirmer. Cette réduction de taille est un choix très pertinent car elle permet à davantage de personnes de porter la montre. Comme pour la Nautilus ou la Royal Oak, les versions intermédiaires ont toujours rencontré un immense succès et ont rapidement trouvé leur place dans l’histoire de ces modèles majeurs.
Je pourrais tout à fait imaginer une Octo Finissimo dans ma propre collection. Je n’ai pas encore essayé la nouvelle version 37 mm, mais elle correspondrait probablement mieux à mon poignet. Parmi les nombreuses variations apparues ces douze dernières années, certaines me viennent immédiatement à l’esprit, notamment les versions Sketch et Ultra COSC. »
Katia Jundi, Dubaï
Fondatrice de KatsBling.com, collectionneuse et experte horlogère au Moyen-Orient
« Ma relation avec la Bvlgari Octo Finissimo n’a clairement pas été un coup de foudre, et je pense que cela révèle beaucoup de choses sur cette montre. Elle m’a séduite progressivement. Au départ, je la respectais davantage que je ne ressentais un véritable attachement émotionnel. Mais année après année, à mesure qu’elle battait des records et affinait son identité, j’ai commencé à apprécier profondément ce qu’elle représentait. C’est une montre qui gagne votre admiration avec le temps plutôt que de l’imposer immédiatement.
Pourquoi ? Très honnêtement, c’est la clarté de son langage esthétique. L’Octo Finissimo n’essaie pas de plaire à tout le monde ; elle sait exactement ce qu’elle est. Ses lignes architecturales acérées, ses finitions mates, sa manière de jouer avec la lumière… elle est immédiatement identifiable. Et dans un monde où tant de montres finissent par se ressembler, parvenir à créer puis maintenir une telle identité est extrêmement difficile.
Quand j’ai découvert cette année la version 37 mm, ma première réaction a été de penser qu’elle arrivait enfin pour quelqu’un comme moi. En tant que collectionneuse, j’ai toujours admiré l’Octo Finissimo, mais elle restait davantage une montre que j’aimais observer qu’une pièce que je pouvais réellement porter. Elle semblait simplement un peu trop grande à mon poignet. Avec l’arrivée du 37 mm à Watches and Wonders, j’ai été sincèrement enthousiaste. Cela rend enfin cette montre accessible sans trahir son ADN.
Concernant son statut d’icône, je pense qu’elle a déjà franchi cette étape depuis quelque temps. Mais cette nouvelle taille la rend encore plus pertinente, plus portable et plus complète en tant que collection. Bvlgari a construit l’histoire de l’Octo Finissimo avec beaucoup d’intelligence. Mais soyons honnêtes : des montres comme la Patek Philippe Nautilus ou l’Audemars Piguet Royal Oak ne sont pas devenues mythiques instantanément. Il existe une dimension culturelle et générationnelle que seul le temps peut créer. Les fondations sont là, mais devenir une véritable “licorne” horlogère reste quelque chose que seul le temps peut confirmer.
Est-ce que j’en ajouterais une à ma collection ? Avec cette version 37 mm, absolument. Avant, elle ne me semblait simplement pas être une montre faite pour moi. Aujourd’hui, c’est différent. Je possède déjà trois pièces Bvlgari et, honnêtement, je placerais l’Octo Finissimo juste derrière ma Serpenti. La Serpenti représente quelque chose de très émotionnel pour moi : elle est féminine, iconique et raconte une histoire. L’Octo est différente. Elle est plus intellectuelle, davantage liée au design et à l’ingénierie. Je l’aime pour des raisons totalement différentes. Elle s’en approche énormément… mais la Serpenti reste celle qui occupe une place particulière dans mon cœur.
Et s’il fallait choisir une édition favorite, je reviendrais toujours à la Sketch. Elle possède quelque chose d’intime, comme si l’on voyait le dessin avant que l’objet final n’existe réellement. Elle brouille la frontière entre design et horlogerie, et c’est précisément à ce moment qu’une montre devient une véritable œuvre d’art. »
Sara Sandmeier, Suisse
Directrice artistique et ancienne designeuse horlogère chez Baume & Mercier
« En tant que designer horlogère, j’assistais chaque année au SIHH, aujourd’hui devenu Watches & Wonders. Entre deux rendez-vous, l’Octo Finissimo a immédiatement attiré mon attention lors de son lancement. Je me suis simplement dit : “wow”. Son élégance sans genre est particulièrement forte. Au premier regard, on remarque le cadran rond, le design monochrome épuré et le bracelet parfaitement intégré, mais plus on la regarde, plus on découvre ses détails et la finesse de ses facettes sculptées.
Selon moi, ce qui rend son esthétique si durable, c’est son architecture : immédiatement identifiable sans jamais être trop démonstrative. Elle laisse au porteur l’espace nécessaire pour se l’approprier et projeter sa propre personnalité. Cela a toujours été, pour moi, un critère fondamental dans le design. Le titane mat accentue encore cette sensation, donnant à la montre une légèreté tactile et une forme de puissance discrète qui renforcent son identité.
Sa capacité à exister à la fois comme objet de design et comme bijou lui donne une dimension intemporelle. Elle ne suit pas les tendances ; elle crée son propre territoire, ce qui explique sans doute pourquoi elle reste aussi pertinente aujourd’hui. Ce qui m’est resté en mémoire, c’est surtout la sensation incroyable ressentie au poignet — même après un simple essai. Et cela veut tout dire.
Concernant la version 37 mm dévoilée cette année, réduire le diamètre tout en intégrant une telle complexité technique sans perdre l’équilibre des proportions représente toujours un véritable défi d’un point de vue design. Ils ont réalisé un travail remarquable. Cela dit, la version 40 mm demeure selon moi la plus aboutie. Elle possède davantage de respiration et une certaine générosité visuelle. La 37 mm paraît plus compacte, presque légèrement rectangulaire, même si elle est évidemment plus facile à porter.
Quant à savoir si l’Octo Finissimo pourra un jour atteindre le statut historique de la Nautilus ou de la Royal Oak, je dirais : pourquoi pas ? D’un point de vue design, cette collection est tout aussi convaincante. Mais je pense que cela dépend moins de la montre elle-même que de l’univers qui entoure l’image de Bvlgari. La Maison vient du monde de la joaillerie et a construit tout un empire autour du savoir-faire italien, du style et d’une certaine opulence. Cette montre se distingue tout en restant profondément liée à cet ADN. Savoir si elle deviendra un véritable jalon de l’histoire horlogère… seul le temps le dira.
Mais oui, je pourrais totalement craquer pour une Octo Finissimo entièrement en titane — surtout si elle croisait ma route. Son élégance, sa finesse alliée à sa légèreté ainsi que son caractère sans genre me séduisent énormément. Ma favorite absolue reste la Bvlgari Octo Finissimo Tadao Ando Limited de 2019, une automatique 40 mm en titane. Je la porterais comme une véritable pièce manifeste, associée à un manteau Yohji Yamamoto vert olive. »
Peter Chong, Singapour
Éditeur et rédacteur en chef de Deployant.com, collectionneur de montres
« Pour moi, c’est l’héritage du design de Genta qui rend l’Octo Finissimo aussi réussie esthétiquement. Les bases étaient déjà excellentes et le fait d’avoir poussé le concept encore plus loin — en la rendant extrêmement fine et en laissant le design s’étirer presque comme une feuille — explique tout son attrait.
Je pense que le passage à 37 mm cette année s’inscrit parfaitement dans la tendance actuelle des montres plus compactes. Cela correspond non seulement au goût du moment, mais aussi à l’identité même de l’Octo Finissimo en tant qu’icône. Ma version favorite reste sans hésitation la référence 102713 en titane avec bracelet titane : ultra-fine et ultra-légère. »