C’est un réflexe pavlovien : opposer le quartz et la mécanique. Un reliquat mémoriel des années 70 lorsque le premier a laminé la seconde. Un fossé culturel s’est alors creusé. Mais les jeunes générations actuelles l’ont allègrement enjambé. Dans leur mémoire collective, la crise du quartz relève de l’antiquité. Et n’importe quel collectionneur actuel possède, dans son tiroir, des montres de chaque technologie.
Toutefois, le milieu sportif est l’exception qui confirme la règle. La suprématie du quartz, aujourd’hui atomique, a définitivement supplanté le chronographe mécanique. Si l’on omettait le facteur humain, on pourrait s’en étonner : la plupart des mesures de performances se font au 1/10e de seconde, une précision que certains chronos mécaniques peuvent atteindre sans problème, de même que le 1/100e.
L’exemple type est d’ailleurs le plus ancien : Zenith. La manufacture du Locle a commis, avec son El Primero de 1969, le premier chronographe mécanique cadencé à 36’000 alt./h, donc capable de mesurer le dixième de seconde. Un magnifique mouvement intégré qui n’a pas pu s’imposer en terres olympiques, déjà conquises par Omega.
Quarante ans plus tard, en 2009, TAG Heuer prend la relève. C’est l’avènement du Mikrograph : une montre, deux mouvements indépendants. Celui du chronographe est cadencé 10 fois plus vite que chez Zenith : 360'000 alt./h. Son aiguille centrale fait un tour de cadran en une seconde. Sa lecture du 1/100e de seconde est donc directe. Les deux marques appartenant au même groupe, cette technologie duale reviendra chez Zenith, où elle est toujours exploitée (collection Defy).
Depuis, la tendance aux hautes, voire très hautes fréquences, n’a plus vraiment la cote. Peu de marques les ont travaillées. On assiste à une course allant plutôt vers la décroissance, avec des cadences de plus en plus basses. Après les 100 Hz de TAG Heuer, Breguet est revenu à 10 Hz avec un remarquable Type XXII 3880, donc capable de mesurer le 1/20e de seconde.
Puis on est revenu au 5 Hz d’antan, notamment chez Patek Philippe, avec la Ref. 5470 parue en 2022. Aujourd’hui, l’écrasante majorité des marques tourne à 4 Hz, voire 3 Hz. Minerva, pourtant empereur du chronographe sportif (aujourd’hui propriété de Montblanc), met même un point d’honneur à rester à sa fréquence d’antan, soit 2,5 Hz.
La course à la haute fréquence semble donc mise en pause. La mode du vintage n’y est pas pour rien. On ne recherche plus l’ultra performance, mais l’âme des années 60 et 70 – un contresens historique puisque c’est précisément durant cette période que les chronographes les plus rapides et disruptifs ont été inventés. En 2024, à Paris, la chronométrie des épreuves restera donc l’apanage de l’atome, de la société Swiss Timing (Swatch Group), drapée du rouge d’Omega. Ce qui n’empêchera pas les collectionneurs, en gradin, de faire vivre leur belle mécanique, chrono au poignet.