Réaliser le nec plus ultra de l'horlogerie compliquée est un exercice réservé à quelques élus. Ils se scrutent, se jaugent et se disputent les faveurs d'un petit cercle de collectionneurs. Extrêmement fortunés et connaisseurs, ces derniers sont les clients des montres ultra compliquées. Livrée à coups de brevets, la bataille d'orgueil détermine qui a sa place au Panthéon de l'horlogerie. Elle constitue une preuve de maîtrise des techniques du métier, mais aussi de détermination. Celle qui consiste à ne jamais abandonner ces projets extrêmement complexes, longs, coûteux et pas nécessairement très rentables.
Simplicité
Pour faire partie de ce petit club, la recette est simple... sur le papier. Il suffit de cumuler dans une même boîte un tourbillon, une sonne-rie, un calendrier perpétuel, des indications astronomiques diverses et quelques raffinements. Ce peut être un chronographe, un réveil, une variante de sonnerie, ce petit quelque chose en plus qui sera la signature unique du modèle. Ces édifices reposent sur l'interaction dans quelques centimètres cubes de plus de 1000 composants... car il s'agit aussi de rendre l'objet portable au poignet. Un résultat tout relatif, puisqu'il faut accepter des diamètres et épaisseurs conséquents.
Ancêtres
La compétition connaît actuellement sa quatrième grande vague. La première avait vu naître des pièces telles que la Henry Graves ou la Calibre 89 de Patek Philippe. Etalée sur plus d'un siècle, elle constitue la préhistoire de la spécialité, et elle portait uniquement sur des montres de poche. Quelques montres de poignet avaient ensuite fait leur apparition, suivant l'exemple de la Blancpain 1735, pionnière du genre en 1991. Puis, au début des années 2010, Franck Muller avait réalisé l'Aeternitas Mega IV, suivie de près par la première Hybris Mechanica de Jaeger-LeCoultre. Il a ensuite fallu attendre 2014 pour voir émerger une pièce véritablement folle, qui a fait changer l'échelle de la très grande complication: la Grand-master Chime de Patek Philippe. Réversible, automatique, avec une incroyable répétition de la date, elle a rendu la grande sonnerie quasi indispensable à toute pièce superlative.
Renaissance
Puis, dans le court espace de ces deux dernières années, les marques Audemars Piguet, Vacheron Constantin et Blancain ont toutes introduit des monstres d'horlogerie. Plus que de lister leurs complications à coups de paragraphes, il est intéressant de mettre en avant ce qui les distingue. La Solaria Ultra Grand Complication de Vacheron Constantin cumule 17 indications astronomiques, dont 5 inédites. La Grande Double Sonnerie de Blancain sonne l'heure sur quatre timbres et selon deux séquences, pour deux mélodies diffé-rentes. La Code 11.59 Ultra-Complication Universelle d'Audemars Piguet réalise l'exploit non moins contraignant de loger 40 fonctions dans un diamètre de seulement 42mm. Ces pièces de poignet cumulent des sommes à peine croyables de composants, de complexité, d'effort et, bien entendu, avec à la clé des tarifs atteignant les 5 millions de francs.
Grand final
Ce festival est en réalité l'acte de clôture d'une période de prospérité, de désirabilité et d'expansion telle que l'horlogerie n'en avait jamais vécue. L'alignement des planètes était parfait: marques motivées, clients affamés, explosion de la fortune des 0,01 % les plus riches, progrès technologiques, esprit de compétition aiguisé. Un âge d'or dont les réalisations exemplaires feront date.