Designers et motoristes, l'entente renforcée

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HM10 Bulldog © MB&F
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Il en va du designer et du motoriste comme de l’œuf et de la poule : on ne sait pas qui vient en premier, mais l’un ne peut aller sans l’autre. Leur collaboration s’avère essentielle lors du développement d’une montre. Elle se cristallise aujourd’hui sur un point : la nécessité de raconter une histoire.

La naissance d’une montre résulte de deux parents : le directeur artistique et le bureau technique. Le premier dessine la montre. Le second, son moteur. Et comme tout collectionneur se soucie autant de l’esthétique de sa pièce que de la bienfacture de son calibre, le designer et l’horloger doivent s’entendre… quoiqu’il en coûte. 

« La difficulté d’un designer, c’est de cadrer un constructeur qui part du principe que l’on ne peut pas vendre une montre sans mouvement et donc que le calibre doit primer », explique Antoine Tschumi, figure indépendante du design horloger. « En réalité, c’est un tout qui doit capter l’ADN de la marque ». L’affirmation semble relever du bon sens, mais elle n’est pas toujours allée de soi. « Il y a 10 ans, on cherchait avant tout la prouesse technique », se souvient Cos Hayret, collaborateur de Bremont qui a précédemment œuvré pour Van Cleef & Arpels et Montblanc. « On est allé du PVD au CVD, du carbone au carbone forgé, en passant par la céramique, le titane céramisé, etc. Il fallait faire le buzz. À présent, on doit susciter l’intérêt. Ce n’est pas la même démarche, car elle ne passe pas que par la technique ou le design, mais par le récit qui englobe les deux ». Jean-François Mojon, fondateur de Chronode (Cyrus, Hermès, MB&F, Czapek, Harry Winston, etc.) abonde dans son sens : « Il y a 20 ans, un nouveau tourbillon faisait un nouveau produit. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. La technique doit aussi raconter une histoire, celle de la montre et de la marque ».

Jean-François Mojon, Fondateur de Chronode © Chronode
Jean-François Mojon, Fondateur de Chronode © Chronode

Création à quatre mains

Les concertations entre le designer et le motoriste sont donc essentielles. Chacun doit composer avec les contraintes de l’autre. « Il ne se passe pas une journée sans que je n’échange avec notre Directeur Artistique », confirme Carole Kasapi, Directrice Haute Horlogerie et Stratégie Mouvement chez TAG Heuer. « La collaboration entre designers et horlogers s’accroît », ajoute Michel Navas, de La Manufacture du Temps Louis Vuitton.

Carrera Chronograph and Tourbillon Extreme © TAG Heuer
Carrera Chronograph and Tourbillon Extreme © TAG Heuer

Mais lorsqu’il n’y a ni « D.A » ni motoriste interne, les cabinets indépendants entrent en scène. Comme Agenhor qui a travaillé pour H. Moser & Cie., Parmigiani ou Hermès et qui doit lui aussi dépasser son rôle de motoriste pour embrasser le design. « Les marques ont besoin de se projeter. Aujourd’hui, nous devons arriver avec un mouvement dessiné au sein d’un de leurs propres modèles, tout en y allant doucement : le design, c’est leur identité de marque. Savoir séduire, mais sans empiéter sur leurs plates-bandes », précise Nicolas Wiederrecht, copropriétaire d’Agenhor. Les associations font parfois des étincelles, comme lorsque Bulgari et Concepto se sont associés pour créer les Octo Finissimo, monuments de l’horlogerie extra-plate, à l’instar de l’Altiplano imaginée par Piaget, portée à son paroxysme en version Ultimate.

 Altiplano Ultimate Concept Tourbillon 150e anniversaire © Piaget
 Altiplano Ultimate Concept Tourbillon 150e anniversaire © Piaget

Une créativité raisonnable

Les marques indépendantes affichent néanmoins quelques singularités. Par exemple, « chez MB&F, le design prime, à de rares exceptions près », explique la marque. « Max (Büsser, fondateur, ndlr) a une idée, fait un dessin et le mouvement doit s’adapter. Mais ce n’est pas toujours possible. En ce cas, le projet est abandonné ou laissé de côté, le temps que les progrès techniques permettent de le reprendre. Nous avons dessiné le saphir de notre HM10 Bulldog en 2011, mais notre partenaire n’a su le réaliser qu’en 2020 ». Mais le cas de MB&F reste à part, la marque ne prêtant pas véritablement attention à ses tarifs finaux. « Car dans une marque grand public, il faut surveiller les marges. Parfois, les choix des designers sont lourds de conséquences en termes de construction, de finition. Leurs dessins sont magnifiques, mais s’il fallait les exécuter en l’état, les prix exploseraient ! », avertit Cos Hayret.

L’équilibre parfait semble être atteint chez Urwerk. Design et technique y sont à parité. Et pour cause : l’un des deux fondateurs, Felix Baumgartner, est horloger, tandis que l’autre, Martin Frei, est designer. Un cas inédit en horlogerie, et même une exception selon Valérien Jaquet, CEO de Concepto, « car de moins en moins, les marques savent ce qu’elles veulent. Cela dit, le brief qui repose sur un unique cahier des charges technique n’existe plus ». Un verrou a donc sauté : on laisse dorénavant aux motoristes la possibilité de prendre quelques libertés créatives. Au risque, parfois, que la marque se dessaisisse de sa propre narration. « Une fois, j’ai reçu pour seul brief : “faire un effet wow” », sourit Jean-François Mojon. De quoi animer encore de longues discussions entre designers et motoristes.

Martin Frei, co-Fondateur et Designer Urwerk, UR-150 Scorpion © Urwerk
Martin Frei, co-Fondateur et Designer Urwerk, UR-150 Scorpion © Urwerk

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"GMT 90" © GMT Magazine
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