"C'est très important de sensibiliser les gens au patrimoine horloger neuchâtelois. On est là pour leur faire comprendre pourquoi les montres de haute horlogerie coûtent si cher et pourquoi certaines nécessitent plus de cent heures de travail". Philippe, 26 ans, de La Sagne - "horloger de père en fils", souligne-t-il non sans une pointe de fierté - est à son établi, ce samedi matin, dans l'atelier des tourbillons de la Manufacture Girard-Perregaux. Comme la petite dizaine de ses collègues, il est venu bénévolement pour rencontrer les visiteurs qui arrivent par groupes de quinze personnes, répondre à leurs questions et les encourager à regarder dans les binoculaires les minuscules pièces sur lesquelles il travaille.

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La visite avait commencé à l'étage du dessus à 10 heures précises. Il avait fallu montrer patte blanche et produire une pièce d'identité. Après avoir revêtu d'indispensable blouse blanche, les hôtes de Girard Perregaux avaient suivi le guide et écouté ses explications historiques et techniques sur le tourbillon avant de pénétrer dans l'atelier.
Trois visiteurs sont penchés par-dessus l'épaule de Claudia. La jeune femme est spécialisée dans le polissage et l'anglage des ponts. Devant elle, 4 petits godets de la taille d'un dé à coudre contiennent de la pâte diamantine de couleurs différentes et des petits bâtonnets de bois de sureau sont alignés à côté. "Deux jours de travail sont nécessaires pour polir et angler un pont", explique-t-elle à une dame impressionnée.
Opal et les coffrets de luxeDirection la sortie de La Chaux-de-Fonds, sur la route qui mène au Locle. C'est dans cette zone industrielle, peu avenante sous le ciel gris et bas de la fin de matinée, qu'a emmenagé l'entreprise Opal. Abritée dans un bâtiment métallique, Opal est spécialisée dans la fabrication d'écrins, de coffrets et de moteurs pour montres mécaniques.
La tournée débute avec la cave à placage, une pièce sombre de petite dimension, dont les murs sont recouverts d'étagères. C'est là que sont entreposés les bois sous forme de feuilles d'une épaisseur de 0,6 à 0,9 mm, qui serviront pour le placage des objets précieux. Camphrier, érable, noyer, peroba, acajou, buis des Andes, madrona; les étiquettes collées sur les rayonnages déclinent une centaine d'essences provenant d'Europe, d'Asie et d'Amérique.

Sous la conduite du guide Stéphane Matthey, les visiteurs aura passé par l'entrepôt de débitage des bois, par les ateliers d'usinage et de façonnage des écrins de luxe - où "le bois est travaillé comme de la mécanique, avec une précision extrême", commente le guide - par les ateliers de giclage, de décoration et marqueterie, pour finalement s'arrêter dans la pièce de montage. Posé sur une table, un coffre rectangulaire noir Bulgari reçoit les dernières finitions. Il est destiné à héberger la montre mécanique à dés Gioccatore Veneziano. En face, une autre objet pour la marque Perrelet, très design, comprend deux petits haut-parleurs et une platforme de lecture pour iPod. Le clou du spectacle est cependant un coffre cubique d'une quarantaine de centimètres, en métal et en verre, que dévoile le responsable de l'atelier avec un art du mystère propre à exciter la curiosité et l'imagination de ses spectateurs: "Je ne peux malheureusement pas vous dire quelle marque nous l'a commandé, ni même son prix. Mais disons que c'est celui d'une belle voiture..." Et chacun de former un chiffre muet dans sa tête: 70'000, 100'000, 120'000 francs? Pour un coffre de montre? Oui, mais un écrin à reconnaissance biométique dont la partie supérieure s'ouvre et fait s'élever, tel un ascenseur de vaisseau spatial, le présentoir destiné à recevoir la montre... que l'on ne verra pas!
Greubel Forsey, la recherche en point de mire
A quelques centaines de mètres de là, au milieu d'un pâturage, il est impossible de manquer la Manufacture Greubel Forsey avec sa partie moderne pentue et toute en vitres, accolée à une ancienne ferme neuchâteloise du 17e siècle complètement rénovée. L'ensemble a été inauguré en 2009. "Nous avons voulu une architecture en adéquation avec nos montres, faite de transparence", explique Emmanuel Vuille CEO de Greubel Forsey. Pari réussi. "Elle est claire, pas chargée du tout, magnifique", murmure de son côté, en écho, comme pour lui donner raison, une dame devant la vitrine abritant le Double Tourbillon 30° édition historique.
Le parcours de découverte de la manufacture commence au rez-de chaussée avec le parc à machines pour l'usinage des pièces. L'ensemble des mouvements est fait en interne et la production annuelle s'élève à une centaine montres dont les prix s'échelonnent entre 350'000.- francs et 800'000 francs. Greubel Forsey s'inscrit dans l'ultra haut de gamme et l'un de ses buts est d'améliorer la chronométrie - la mise au point du tourbillon incliné en est un exemple. La recherche scientifique revêt dès lors une importance prépondérante: 6 inventions ont été déposées autour du tourbillon.

A l'étage supérieur, l'atelier de décoration est lumineux et impeccablement rangé. Ici, les pièces brutes passent par des mains expertes qui en éliminent les traces d'usinage. Au-dessus, en prenant l'ascenseur dont la cage noire est décorée par des dessins reproduits de Stephen Forsey, on atteint le "nirvana de Greubel Forsey". Guide du jour, Marc Amiguet, fait pénétrer les visiteurs dans l'atelier d'assemblage. Trônant au sommet de la manufacture, dans un vaste espace vitré et paisible, les horlogers assemblent ici les montres. Chaque pièce est montée "à blanc", passe ensuite au contrôle et est remontée une seconde fois. Dans l'horlogerie, rien n'est laissé au hasard et tout a un prix.