Déterminer la nature de la reprise

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Jérôme Lambert, CEO, constate un redémarrage mais reste circonspect. Dans l'intervalle, la marque prépare un digne anniversaire à la Reverso qui aura 80 ans en 2011.


WORLDTEMPUS – 9 septembre 2010

Propos recueillis par Louis Nardin

Pour Jérôme Lambert, CEO de Jaeger-LeCoultre, la longue histoire de la manufacture dans la création et la fabrication de calibres – plus de 1'100 depuis sa fondation – explique pourquoi la marque est l'une des rares à pouvoir surprendre son public année après année avec des produits aussi différents que complexes. Souhaitant délaisser rapidement la crise que l'horlogerie vient de connaître, il souligne l'importance centrale du capital humain, surtout parmi les métiers liés à la fabrication des montres. Homme d'endurance - Jérôme Lambert s'entraîne en vue de sa participation au marathon de Berlin les 25 et 26 septembre prochain -, il confirme l'arrêt d'ici trois ans des livraisons de mouvements à des tiers, y compris au sein du groupe Richemont (Jaeger-LeCoultre appartient). Déclarant produire 50'000 montres par an en moyenne, le CEO se réjouit du succès de la ligne Duomètre qui sera renforcée l'année prochaine et annonce que la plus grande attention est portée au modèle Reverso qui aura 80 ans en 2011.

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Louis Nardin: Les signes de reprises se confirment pour l'industrie horlogère mais vous restez circonspect face aux hausses des exportations par exemple. Pourquoi cette réserve?
Jérôme Lambert: Je suis soulagé que les effets de la crise se dissipent. Et comme l'ensemble des marques, Jaeger-LeCoultre renoue avec la croissance; je suis d'ailleurs surpris par la vigueur de cette reprise. Ces cycles d'embellie et de baisses des ventes touchent systématiquement l'intégralité des acteurs de la branche, avec des rythmes de reprise qui, eux, varient. Ceci étant, il faut faire preuve de rigueur et de prudence car les causes exactes de ce redémarrage restent floues. S'agit-il de détaillants qui réassortissent leurs stocks, de l'arrivée d'une nouvelle clientèle? Il faudra analyser les origines de ce nouveau souffle et tenter de tracer les grandes lignes de son évolution. Comme l'horlogerie évolue selon des cycles d'environ 5 ans, le tout est d'en tenir compte et de pouvoir coordonner le développement de la marque en fonction. Par ailleurs, cette périodicité est souvent visible physiquement à travers les bâtiments construits par les marques et qui émergent lors des phases de croissance. La manufacture Jaeger-LeCoultre n'y échappe pas et une partie de son histoire est inscrite dans la pierre.

 


Comment avez-vous réagi à la crise?
Le capital d'une manufacture repose pour beaucoup sur le savoir-faire de ses horlogers; leur formation par exemple dure longtemps. Nous avons donc tout fait pour maintenir les emplois. Nous en avons même profité pour recruter et Jaeger-LeCoultre comptera sous peu plus de 1'000 employés. Cette période nous a également permis de finaliser un plan de sortie dans la production de mouvements pour des marques tierces, y compris au sein du groupe Richemont comme Cartier, Vacheron Constantin et à l'extérieur avec Audemars Piguet. D'ici trois ans, tous les calibres produits seront intégrés dans nos modèles uniquement. Les collaborations avec des prestataires extérieurs ont également été réétudiées pour devenir au maximum maîtres de notre propre production. Jaeger-LeCoultre reste néanmoins en contact avec plusieurs fournisseurs, par exemple pour les bracelets en cuir ou les glaces saphir.

Le Calibre 978 Master Tourbillon a remporté le Concours international de chronométrie en décembre dernier. Est-ce-que Jaeger-LeCoultre sera présente à la prochaine édition?
Tout à fait; c'est un événement majeur pour la branche et il est important d'y participer. Nous allons en revanche travailler sur axe totalement différent et qui mettra en avant l'aptitude de Jaeger-LeCoultre à savoir marier technicité et qualité esthétique.

 

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Quels sont les axes de développements techniques suivis par Jaeger-LeCoultre aujourd'hui?
Nos calibres sont mis au point par familles entières avec plusieurs variations autour d'une base commune. Le temps de développement et de finalisation varie de 3 ans pour un calibre simple, à 5 ans pour un mouvement à complication et même 7 à 8 ans pour une grande complication. Il s'agit donc d'abord d'une culture de création qui est perpétuellement présente. Ceci étant, le succès de la collection Duomètre avec ses codes techniques et esthétiques forts a fortement occupé nos bureaux techniques récemment, tout comme la ligne Reverso avec son boîtier servant également de platine et qui fêtera ses 80 ans en 2011. D'une manière générale, l'accent est donné sur les complications et les grandes complications.

Quelle attention portez-vous au service après-vente?
Le catalogue actuel compte 60 mouvements différents et notre culture du mouvement permet d'éviter les effets de vague en traitant le flux des pièces à réparer de manière continue. A la Vallée de Joux, le siège de la marque, 50 horlogers y sont attribués, un chiffre qui dépasse les 100 personnes au niveau mondial. Ce sont souvent des équipes très stables car ils font partie des meilleurs artisans de la manufacture.

Jaeger-LeCoultre a été parmi les premières marques horlogères à développer une application pour iPhone réellement innovante avec, par exemple, un jeu permettant d'assembler un calibre. La communication digitale est-elle devenue une priorité?
La culture digitale et les moyens de communication qui lui sont propres ont fortement augmenté la richesse des informations disponibles. Avec leur dimension internationale par exemple, les réseaux sociaux donnent un retour en direct et global à travers les témoignages des clients qui postent textes, photos ou vidéos. Cette nouvelle ère permet à Jaeger-LeCoultre de renforcer sa légitimité en mettant à disposition un maximum d'informations sur la marque. D'ailleurs, une application pour iPad sera disponible d'ici quelques jours. Très innovante, elle s'appliquera au domaine de l'expertise d'une montre. Mais si les technologies du web offrent de nouvelles voies médiatiques, elles ne se substituent pas aux canaux historiques comme le papier par exemple.

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