Interview de Pierre Rainero

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Interview with Pierre Rainero - Cartier
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WorldTempus s’est entretenu avec le Directeur Image et Style, responsable d’assurer la cohésion de style et de stratégie chez l'une des plus grande marques de luxe mondiales.

2015 sera une année importante en terme de patrimoine, avec l’ouverture de la ferme restaurée de La Chaux-de-Fonds, qui abritera désormais les métiers d’arts Cartier et ses artisans…
Ca me fait toujours plaisir qu’on relie les métiers d’art avec le patrimoine. Ce n’est pas nécessairement la définition de mon rôle en termes de patrimoine, mais c’est pourtant aussi ma vision des choses. Nous construisons aujourd’hui le patrimoine de demain, et c’est précisément ce que sont les métiers d’art. Les richesses d’aujourd’hui sont le patrimoine de demain.
On considère souvent le patrimoine comme une notion tournée vers le passé et uniquement liée à la préservation. Ce n’est pourtant pas cela l’aspect principal de mon travail. Ma tâche consiste à préserver le travail d’aujourd’hui. En d’autres termes, je dois décider de ce qu’il faut garder pour les générations futures, sur la base de l’expérience que nous avons déjà acquise.

Comment abordez-vous ce défi, en particulier dans un domaine où la technologie évolue rapidement ?
Prenons un exemple : la photographie. Depuis 1906, nous photographions systématiquement toutes nos créations. Donc, l’évolution des techniques photographiques fait également partie de notre patrimoine. Bien sûr, aujourd’hui, nous sommes dans l’ère digitale et nous photographions tout en digital. Nous disposons de notre propre studio en interne et aussi de nos propres photographes.

 

« La création contemporaine est au cœur de mes responsabilités et fait partie d’une vision stylistique globale »

Est-ce une grande équipe ?
Une quarantaine de personnes travaillent dans les studios de design, et le département patrimoine comprend trois sections. Les archives se répartissent sur trois sites : Paris, Londres et New York, où travaillent une dizaine de personnes. La documentation est basée uniquement à Paris et 5 collaborateurs travaillent sur tout ce qui n’est pas des archives, mais relève cependant de notre histoire. Les archives englobent tout ce qui va de la création à la production, ainsi que la vente de nos produits, par nature un sujet confidentiel auquel seuls nos designers ont librement accès. En revanche, la documentation est accessible à tous car il s’agit soit de matériel que la marque a rendu public au fil des ans, ou de documents appartenant au domaine public qui font référence à la marque, comme des publicités, des mentions dans la littérature ou des apparitions dans des films, par exemple. La troisième section est la collection, gardée dans un coffre-fort à Genève, et qui emploie cinq collaborateurs.

 

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Comment abordez-vous la stratégie pour Cartier ?
J’ai régulièrement des séances interdépartementales où nous discutons de style, de tendances et des orientations à prendre. J’apprécie de les faire en dehors du travail quotidien, où nous travaillons sur des dossiers spécifiques et sur un rythme soutenu. J’aime y ajouter un petit plus et tenter de créer des objets liées à des dossiers qui n’existent pas. Mais c’est une bataille contre le temps. J’organise des séminaires culturels au moins une fois par mois, où, avec nos designers, nous rencontrons d’autres artistes, ou visitons des musées et des expositions. C’est primordial pour développer de nouvelles idées et pour éviter d’être trop absorbés par les développements qu’on nous a demandés. Il faut sortir du cadre pour pouvoir inventer. Et puis c’est intéressant de voir les différentes réactions des gens, confrontés en même temps à la même chose : cela nous aide à partager les visions globales de la marque.

Quel est votre plus gros défi ?
Devoir dire non. Il est très facile de dire oui. Mais certains créateurs sont très sensibles et lorsque je dis non à quelque chose, je dois pouvoir m’expliquer et me justifier.

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