L'Agefi - 27 mars 2012
Stéphane Gachet
Depuis le départ de Norbert Platt, en 2009, le marché ne cesse de s'interroger et de spéculer sur les modalités du renouvellement. La nouvelle, annoncée hier du changement à la présidence de Cartier, en fin de cette année, relance indirectement la question. Depuis 2009, il n'est pas une nomination qui n'ait été discutée en ces termes.
Les premières personnalités à avoir été mises en exergue ont été Richard Lepeu, actuel président exécutif adjoint, et Georges Kern, actuel président des montres IWC à Schaffhouse, également responsable de Baume & Mercier et Roger Dubuis. On peut s'attendre à ce que Stanislas de Quercize, futur dirigeant de Cartier alimente la prochaine vague de présomptions. Quelles que soient les rumeurs, force est de constater qu'une nouvelle génération de managers est poussée en avant. Stanislas de Quercize aura 51 ans cette année, Georges Kern 47 ans.
Contrairement à Swatch Group, qui tend à laisser aux directeurs de marque le choix dans la date de sortie, Richemont semble attaché à la règle de la retraite de l'opérationnel à 65 ans. C'était presque le cas de Norbert Platt, qui s'est retiré de la présidence exécutive du groupe en 2009, à 62 ans. C'est le cas de Bernard Fornas, qui a atteint ses 65 ans cette année - il conserve néanmoins ses fonctions au sein du management commitee, dont sera aussi membre Stanislas de Quercize.
D'autres personnalités clé du directoire étendu ont aussi atteint ou atteindront ce seuil, dont Albert Kaufmann, directeur du cabinet juridique, également né en 1947, ou Eloy Michotte, corporate finance director, de 1948. Si l'on étend cette logique au top management actuel, on peut penser que le duo Johann Rupert (62 ans), actuel président exécutif, et Richard Lepeu (60 ans) reste en place sur les prochaines trois à cinq années.

De quoi passer l'étape du challenge pour Stanislas de Quercize et Georges Kern, qui se retrouve tous deux face à un mandat intense. Pour Georges Kern, les paramètres sont déjà bien dessinés: accélérer la montée en puissance, commerciale et industrielle d'IWC; redonner son souffle à Baume & Mercier et reconstruire Roger Dubuis. Stanislas de Quercize devra également délivrer des performances de très haut niveau en reprenant la destinée du vaisseau amiral de Richemont. Cartier pourrait représenter près des trois quart du chiffre d'affaires consolidé du groupe. Dans une interview (L'Agefi du 14 novembre 2011), Alessandro Migliorini de Helvea déclarait: «Quand on achète Richemont, en réalité, on achète Cartier.» Il devra aussi, de manière indirecte, démontrer la bonne mise en place de sa propre succession à la tête de Van Cleef & Arpels.
Qui plus est, Stanislas de Quercize prend la suite d'une personnalité charismatique et bien en vue. Le choix du nouveau dirigeant tient parfaitement compte de tous ces paramètres. Stanislas de Quercize, probablement plus connu en France et à l'international qu'en Suisse, présente une certaine familiarité de style avec Bernard Fornas, dans un genre très parisien. En termes opérationnels, le passage de témoin parait encore plus logique. Son arrivée chez Cartier est presque un retour aux sources pour Stanislas de Quercize.
Comme beaucoup de directeur de marques au sein de Richemont, il présente un parcours épais au sein du groupe, qu'il rejoint en 1990. Il y exerce d'abord la direction des sociétés Alfred Dunhill et Montblanc France, avant de devenir président de Montblanc pour l'Amérique du Nord de 1994 à 1997. Il est ensuite directeur marketing international d'Alfred Dunhill, à Londres. Puis directeur de Cartier France, avant la direction de Cartier Amérique du Nord à partir de 2002. En 2005, il est enfin nommé à la présidence exécutive de Van Cleef & Arpels International. Son passage chez Van Cleef & Arpels est en soi un défi pour le prochain dirigeant, Nicolas Bos, l'actuel directeur artistique et président Amérique du Nord.
Avec l'arrivée de Stanislas de Quercize, la maison a franchi plusieurs étapes décisives, de l'internationalisation à l'entrée dans le sérail de la haute horlogerie masculine. Un défi conséquent pour une marque avant tout joaillière. Un défi que Cartier a d'ailleurs relevé en pionnier et qu'il s'agira de poursuivre à un niveau très élevé. Bernard Fornas aura passé dix ans à la tête de Cartier. Son successeur pourrait parfaitement suivre le même exemple. Personne n'en douterait aujourd'hui si la question de la succession à la présidence du groupe n'était pas ouverte. Mais la question est ouverte et plusieurs rocades sont imaginables à ce stade. On peut toujours formuler des hypothèses en observant le style Richemont. On en vient alors forcément à la conclusion que le renouvellement se jouera à l'interne et que le prochain dirigeant a toutes les chances de venir de la base, c'est-à-dire de la direction de marque, après avoir fait toutes ses preuves. C'est exactement le profil qu'affichait Norbert Platt, qui a accédé à la présidence exécutive du groupe après 17 ans à la tête de Montblanc. Une nouvelle succession par l'opérationnel paraît d'autant plus pertinente que Jan Rupert, cousin de Johann, a annoncé la semaine dernière son retrait du conseil, fermant apparemment la voie à une relève familiale.
