Tribune de Genève - 3 mai 2012
Katarzyna Gornik
Le groupe de luxe français Hermès vient de remporter une manche dans sa bataille contre la contrefaçon. En mars, le groupe avait déposé plainte contre un groupe de sociétés et d'individus chinois. Il a obtenu du tribunal de Manhattan 100 millions (90 millions de francs) de dommages-intérêts, et, surtout, un ordre intimant aux moteurs de recherche et aux réseaux sociaux de cesser d'exécuter des commandes pour les accusés, qui ne sont pas formellement identifiés et qui ne se sont pas présentés au procès.
Selon le texte du jugement, le groupe de luxe a démontré que les accusés sont des entités ou des individus opérant au sein d'un vaste réseau de sites Internet et de sociétés commercialisant aux Etats-Unis des produits portant des sigles Hermès contrefaits, ou qui imitent les modèles de la marque. Le jugement stipule également que tous les fournisseurs de services, y compris les moteurs de recherche tels que Google, Bing et Yahoo! ainsi que les réseaux sociaux comme Facebook, Google?+?ou Twitter, doivent cesser d'exécuter des commandes pour les accusés.
En Suisse, cette nouvelle résonne tout particulièrement. En effet, selon les statistiques publiées la semaine dernière par le Département fédéral des finances, les douanes suisses ont saisi des contrefaçons pour une valeur atteignant 8,4 millions de francs. Les objets saisis auprès des touristes sont en majorité des sacs à main, des montres et des bijoux.

Les marques les plus prestigieuses sont les plus visées et les contrefacteurs font la part belle aux montres de luxe. D'où les déclarations et les actions musclées de sociétés comme Hermès, Cartier et Louis Vuitton. Ce dernier a d'ailleurs mis sur pied une «cellule Internet», avec pour mission de traquer la vente de contrefaçons en ligne.
De même que la Fédération de l'industrie horlogère suisse, qui évalue à 800 millions de francs les dommages causés à la branche par ce commerce illégal. «La lutte contre la contrefaçon est une activité prioritaire», indique Jean-Daniel Pasche, son président. Des efforts qui s'illustrent par la saisie d'un million de copies, en Asie (principalement en Chine), au Moyen-Orient, dans les pays de l'Est, en Italie et en Espagne. Sur le Net, quelque 280 000 enchères ont été stoppées l'année dernière, précise encore Jean-Daniel Pasche.
La bataille contre les contrefaçons mobilise aussi l'association d'utilité publique Stop à la piraterie, réunissant les autorités et les représentants des diverses branches de l'économie. Car le thème dépasse le simple coût économique, rappelle Iris Sidler, secrétaire centrale de l'organisme. L'enjeu est plus important qu'il n'y paraît. Car, en achetant des copies, sur le Net ou en voyage, les consommateurs soutiennent en effet le crime organisé international.
