Concentration dans le sertissage

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Salanitro a démarré il y a quinze ans et n'a connu que des repositionnements. Spécialisée à l'origine dans les pièces de joaillerie. Elle fabrique aujourd'hui des montres de A à Z. Ou à peu près.

Près de 150 personnes sont actives dans le groupe Salanitro, aux Acacias (GE). «Nous travaillons pour 80 marques horlogères, suisses principalement, mais aussi américaines et anglaises», indique Pierre Salanitro, 40 ans, fondateur et directeur de la société. Spécialisée dans les pièces de joaillerie, cetteentreprise discrète enregistre des succès impressionnants. Depuis 2001, elle est même en mesure de fabriquer une montre à peu près complète.

«Nous jugeons cette diversification indispensable. Elle nous permet d'avoir une visibilité de commandes sur quasiment deux ans, grâce à la fabrication. Le sertissage reste notre vocation, activité pour laquelle nous sommes sollicités dans le monde entier. Mais son inconvénient est un fonctionnement au rythme des salons horlogers, afin que les marques puissent exposer leurs nouveautés. Ce problème est renforcé encore du fait que les clients ne stockent plus. Il faut travailler de plus en plus en flux tendus.»

VERTICALISATION

 La croissance débute réellement en 1998. La clientèle demande alors d'effectuer du sertissage sur acier, d'où la nécessité d'investir dans un atelier mécanique. En 1999, pour renforcer l'équipe de 25 sertisseurs, Salanitro acquiert par autofinancement Serti Concept, petite structure dotée entre autres de deux machines à commandes numériques (CNC). «Depuis le début, en 1992, j'ai toujours réinvesti l'intégralité des marges dans mon outil de travail, pour ne pas dépendre des banques.» Pierre Salanitro sait de quoi il parle. N'a-t-il pas été lui-même chef d'un groupe en charge du contrôle et de la gestion des limites de crédits et des garanties dans un groupe bancaire?

Devant faire face à un accroissement de ses charges de structure, Pierre Salanitro a eu l'idée de développer la fabrication, puis d'intervenir le plus en amont possible. Il recrute Claudio Spagnol, alors responsable de la fabrication des boîtes de montres pour Piaget et Cartier chez Prodor. Comme un autre de ses clients importants le sollicite pour qu'il se charge aussi du polissage, il reprend l'entreprise Polifer. Cette acquisition lui met le pied à l'étrier. L'entreprise peut désormais effectuer les opérations de polissage et de terminaison jusqu'au produit fini. En 2003, voulant grandir plus vite et développer encore la production, il absorbe Serti Créations et Technor. «Nous avions alors une taille inconfortable: nous étions trop grands pour être petits et trop petits pour être parmi les grands.» A la tête de 200 collaborateurs, dont certains étaient au chômage technique, il supprime alors une bonne vingtaine d'emplois. La société ayant aussi recruté en 2004 son propre designer, elle dispose désormais d'un outil qui lui permet d'étudier, de développer et fabriquer des montres, des bracelets et des bijoux. Cette intégration verticale permet de proposer des créations aux clients et de travailler ainsi en partenariat avec eux. D'où d'importants gains de temps et l'étude immédiate de la faisabilité du modèle serti.

COMMANDE NUMÉRIQUE

Pour y parvenir, Salanitro s'est équipé d'un atelier mécanique CNC performant. Vingt-deux machines y tournent jour et nuit, trois équipes se succédant. Ce rythme permet de fabriquer les boîtes.

«Nous ne faisons que de la fabrication par fraisage. Nos plus grosses commandes vont jusqu'à près d'un millier de pièces par commande pour un même modèle. Au-delà, il vaut mieux utiliser l'étampage et investir dans un moule. Les pièces fabriquées sur les sites des Acacias (1500m2) et de Carouge (800 m2) sont soit en platine, soit en or.

Outre cet atelier mécanique, ses équipes se répartissent entre le prototypage de cire, la fabrication de prototypes en métal, la fabrication de pièces exceptionnelles et de séries limitées, un bureau technique doté de six ingénieurs, l'achat et la vente de pierres précieuses, le rhodiage, le visitage (collage de glaces, montage des bracelets, contrôle d'étanchéité) ou encore la fabrication de bracelets et de cadrans.

Les activités liées au sertissage, soit le sertissage de pièces préparées mécaniquement., le sertissage traditionnel et un atelier spécialisé sur le sertissage de baguettes rectangulaires, comprennent tout de même 60 personnes. Fait rare dans le métier, Salanitro est quasiment la seule entreprise suisse à former encore des apprentis sertisseurs pour le CFC. «J'estime que nous avons le devoir d'assurer la relève.» Il lui arrive évidemment d'être victime d'une surenchère entre concurrents, et d'assister impuissant au départ de certains jeunes qu'il a formés durant quatre ans. «Nous avons eu jusqu'à 180 collaborateurs fixes, auxquels s'ajoutaient encore des temporaires. Aujourd'hui, je n'ai plus de personnel temporaire et du fait que de nombreuses grandes séries sont désormais fabriquées en Chine par des concurrents, surtout pour le bas et le moyen de gamme en acier, les effectifs ont été réduits.»

Pierre Salanitro n'a pas voulu ouvrir de filiale délocalisée en Asie, contrairement à ses concurrents. Une décision qui a été prise avec son team de directeurs: Claudio Spagnol chapeaute le département production et logistique, Ismaël Buclin gère tout le département produits exceptionnels, Tania Antunes est en charge des finances et de l'administration, Nathalie Di Giuseppe dirige les ressources humaines, et le dernier arrivé, Victor Masip, arrivé de la vallée de Joux, a pris la tête du département production sertissage.

A ce jour, Pierre Salanitro et ses équipes ont d'ores et déjà créé entièrement pour quatre clients suisses et étrangers pas moins de six montres différentes. Des montres haut de gamme en joaillerie vendues entre 30 000 et 600.000 euros. «Nous travaillons actuellement pour huit autres marques, dont deux en train de ressusciter, dont certains modèles seront visibles lors de la prochaine édition de Baselworid.»

Toujours prompt à réagir pour s'adapter aux demandes de la clientèle, le dirigeant vient de recruter également Alfonso Diana, un ancien d'Audemars Piguet, pour faire face à un important mandat. Salanitro a été chargéde gérer le service après vente (SAV) au niveau mondial pour un de ses nouveaux clients. Cet important contrat lui confie aussi la formation du personnel de cette marque positionnée dans le haut de gamme pour le volet SAV.

De la banque à l'industrie

Pierre Salanitro n'était pas vraiment destiné à diriger une entreprise de sertissage. Après son école de commerce, il entre à la SBS de Genève en 1984. Dès 1987, il dirige une cellule de quatre personnes aux crédits. «Mais ce n'était pas ma voie.» Un jour qu'il rend visite à un ami actif dans le petit atelier de sertissage de son  père, Enrique Lorenzo, il a le coup de foudre. Ce dernier accepte de l'engager à une condition: qu'il se forme en dehors des heures de travail. Le cadre bancaire ne va pas ménager ses efforts. Pendant plus d'une année, il va de 5 à 8 heures du matin, puis de 18 à 21 heures dans cet atelier de sertissage. En 1989, il quitte la SBS et fait le saut. Le jeune homme restera trois ans au service d'Enrique Lorenzo, tout en apprenant en parallèle différentes techniques de sertissage pour répondre à des commandes de bijoutiers de la place. Lorsque le sertissage entre dans une nouvelle crise, le voilà au chômage. Ne supportant pas cette situation, il se met à son compte dès février 1992.

Pendant les deux premières années, Pierre Salanitro n'a pas d'atelier et travaille chez lui, sans employé, essentiellement pour le compte de soustraitants. Enfin, en 1993, il décroche son premier client horloger, Piaget. Etabli alors dans un petit atelier, il engage en avril 1994 un premier collaborateur, puis deux autres en quelques fois.

Pierre Salanitro n'est pas autorisé à mentionner ses clients, tous attachés à la discrétion. Quasiment toutes les marques horlogères ont travaillé avec lui. Actuellement en phase de recrutement, le groupe Salanitro, formé de trois entités juridiques, comprend un peu plus de 140 personnes. Quant au chiffre d'affaires, le directeur ne le communique pas. On peut l'estimer à quelque 20 millions de francs.

 

PME Magazine / SERGE GUERTCHAKOFF / www.pme.ch

 

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