Apothéose des réunions de fin d‘année, la soirée du Grand Prix d‘horlogerie prend de plus en plus l‘allure d‘une cérémonie des Césars pour tout le petit monde du métier. Chacun sait qu‘il faut en être car c‘est l‘occasion de révéler une star montante, une invention géniale ou de saluer un succès construit pendant des années. Pour cette huitième édition, l‘élite de la profession, de nombreuses personnalités ainsi que des journalistes suisses et étrangers se retrouveront donc au Grand Théâtre de Genève le 13 novembre prochain.
Les montres présélectionnées sont exposées à l‘Espace Corraterie de l‘UBS jusqu‘au 21 novembre (photo L. Guiraud)
Comme l‘an dernier, un jury international et indépendant - qui a quelque peu revu ses règles de fonctionnement - remettra onze récompenses, dont la plus prestigieuse, l‘Aiguille d‘or. Le vainqueur de l‘an dernier, Richard Mille, est d‘ailleurs parfaitement emblématique du parcours idéal. Le créateur français, qui ne fait rien comme tout le monde, a su s‘établir au sommet de la pyramide en un temps record et convaincre au passage Audemars Piguet d‘entrer dans le capital de sa société.
Le public votera
D‘autres figures marquantes du métier, comme François-Paul Journe, et des fleurons de la branche, comme Patek Philippe ou Vacheron Constantin, figurent également au palmarès des éditions précédentes. Ajoutons enfin qu‘une nouvelle catégorie de prix, lancée l‘an dernier, rend hommage aux concepteurs horlogers qui resteraient, sans cela, trop souvent dans l‘ombre. Ainsi, le gagnant de l‘an dernier, Jean-Marc Wiederrecht, patron d‘Agenhor, travaille pour les plus grands, mais son nom reste peu connu, sauf dans la branche.

Carlos Lamprecht, Pierre-François Unger et Jean-Pierre Beausoleil, managing director UBS Genève (photo L. Guiraud)
Depuis le vernissage, jeudi dernier, les belles «bêtes» présélectionnées sont donc exposées dans des vitrines à l‘UBS Corraterie, jusqu‘au 21 novembre prochain. Le public, qui peut les voir quand il le veut, est d‘ailleurs invité à élire son gagnant toutes catégories, sur place ou via le site worldtempus.com. Pour l‘amateur, c‘est aussi l‘occasion de se pencher sur les tendances les plus récentes et de mieux comprendre l‘évolution du métier.
Ainsi, l‘horloger et détaillant Denis Asch, propriétaire du commerce l‘Heure Asch, en Vieille-Ville de Genève, pose sur la compétition son oeil d‘expert avisé: «C‘est vrai que le Grand Prix d‘horlogerie a de plus en plus d‘impact. Je constate qu‘il influence le choix des collectionneurs. A titre d‘exemple, après la publication des résultats, j‘ai compté qu‘un passage de clients par jour amène des questions sur les modèles vainqueurs.»

D‘ailleurs, Denis Asch est particulièrement bien positionné pour évaluer l‘effet dynamisant du prix puisqu‘il représente la marque Richard Mille ainsi qu‘un autre lauréat ultraspécialisé, H. Moser Cie, primé dans la catégorie «Montre compliquée» en 2006. «Il y a eu un véritable engouement pour ce garde-temps, même s‘il était déjà recherché avant. Car l‘amateur d‘objets mécaniques et manufacturés a besoin de voir son choix confirmé par la crème des professionnels.»
Candidats et connaisseurs
Le Grand Prix a donc aussi l‘ambition de promouvoir la créativité et l‘innovation avec un brin de provocation. «Je suis très attentif à la technicité et au design, explique encore Denis Asch, pourvu qu‘on reste dans les valeurs du métier. Ainsi, parmi les modèles exposés cette année, je suis interpellé par celui de Greubel Forsey, marque fondée par deux inventeurs incroyables. C‘est le seul garde-temps à ne pas avoir d‘aiguilles au centre du cadran, sans parler de son tourbillon exceptionnel.»
Richard Mille, le vainqueur de l‘an dernier (photo L. Guiraud)
Connue aussi pour son positionnement avant-gardiste, TAG Heuer a vécu l‘an dernier une petite anecdote révélatrice: la marque s‘était inscrite avec un calibre à la fois électronique et mécanique dans une catégorie qui aura été supprimée à la dernière minute... faute d‘autres concurrents. «Heureusement, le simple fait de l‘évoquer lors de la soirée du Grand Prix nous a apporté une reconnaissance indirecte», explique Moreno Volpi, responsable de la communication chez TAG Heuer. D‘ailleurs, la marque persiste et signe, en ayant mis au concours en 2008 un modèle avec le même calibre (sélectionné) et même... un téléphone portable travaillé comme une montre (pas retenu, cependant)!
Une position unique
Directeur d‘Edipresse Luxe - entité partenaire pour l‘organisation du Grand Prix -, Marco Cattaneo entend d‘ailleurs accroître la notoriété de l‘événement qui s‘exporte désormais loin de la Suisse: «Pour la première fois cet été, nous nous sommes rendus à Singapour afin d‘y roder nos nouvelles procédures. J‘entends surtout apporter encore une plus grande transparence au Prix. Sans entrer dans les détails, disons que nous avons peaufiné le système de vote, toujours contrôlé par un huissier, qui va encore être perfectionné.»
Pour conclure, Marco Catteneo relève d‘ailleurs le rôle essentiel que jouent également les autorités de la Ville et du canton, qui patronnent l‘organisation du Grand Prix. Mais il paraît logique aux observateurs étrangers que Genève sache exploiter sa position unique dans cette industrie!
Exposition: les montres présélectionnées sont exposées à l‘Espace Corraterie de l‘UBS jusqu‘au 21 novembre.
FLAVIA GIOVANNELLI