Samedi, 6 septembre, Pavillon des Geneva Watch Days, espace COSC. A la course entre deux rendez-vous, l’heure est à un peu d’action horlogère: tenter le réglage de précision d’un calibre Sellita SW 200-1 dans le cadre du Calibership Challenge. Celui-ci sera ensuite soumis aux tests de certification chronomètre d’un mouvement mécanique.
Le destin – et mes éternels 25 ans – m’ont confié le calibre numéro 25. Un signe? Probablement. Après passage des tests, le verdict tombe: ce ne seront heureusement pas 25 secondes de différence de marche par jour, mais seulement 0,14142 seconde. Un résultat largement dans les marges de tolérances (-4/+6 secondes) mesurées dans le cadre du protocole ISO 3159 et qui permet d’obtenir le titre suprême: «Certified Chronometer», gage d’excellence suisse.
Pour mériter ce label, un mouvement doit être soumis à sept critères: la marche diurne moyenne, le plus grand écart des marches, la variation moyenne des marches, la reprise de marche, la plus grande variation des marches, la variation de la marche en fonction de la température, la différence entre les marches en positions horizontale et verticale. Au total, le mouvement est testé pendant 15 jours, dans cinq positions et à trois températures différentes (8°, 23° et 38°). De quoi donner de vrais coups de chaud aux participants – voguant de haut en bas dans le classement au gré des différents tests.
L’une des étapes les plus stressantes? La reprise de marche, qui évalue l’influence des 14 jours de «stress tests» sur le mouvement par rapport à sa précision initiale. «C’est à ce moment-là que tout peut basculer» m’avertissait Sylvain Broillet du COSC, modérant mes ardeurs face à ma première place avant cette épreuve fatidique. Finalement, mon calibre numéro 25 devait faire preuve d’une patience exemplaire face à cette vague de stress et se maintenir en tête.
Les dessous d’un exploit
Comment obtenir, et reproduire, une telle prouesse, se demandent certainement, à l’unisson, tous les régleurs? Mon secret: inspirer et expirer avant chaque manipulation, et tourner trois fois autour de l’établi en invoquant Chronos en grec ancien. Autre atout de choc: l’assistance d’étudiants de l’école d’horlogerie, m’indiquant sur quels composants jouer la carte de la précision – et m’évitant ainsi de démembrer le calibre. N’y voyez aucun favoritisme, je précise que tous les participants ont bénéficié de cette aide – limitée aux consignes.
Pour garder l’œil sur l’efficacité des réglages, le calcul de la précision se fait en quasi instantané, grâce à la mesure acoustique du tic tac. Expérience faite, mieux vaut ne pas se précipiter, pour laisser le temps à l’instrument d’afficher l’effet du réglage en cours.
Le réglage est réalisé en deux étapes. D’abord un «dégrossissage», consistant à pousser délicatement la raquette du spiral avec un stylet, dans un sens ou dans l’autre. C’est à ce moment-là que j’ai constaté avec effroi qu’il fallait faire preuve d’une délicatesse infinie, sous peine de creuser des écarts de marche surréalistes. Techniquement, cette raquette fait office de levier pour modifier la longueur effective du spiral, et ainsi ajuster la vitesse du balancier. Certains régleurs atteignent déjà d’excellents scores à cette étape et n’ont pas besoin de régler davantage le mouvement.
Mais pour l’affiner, si nécessaire (et ce fut mon cas), intervient ensuite le réglage de précision. Un fin tournevis permet de jouer sur la vis de réglage, et de se rapprocher du zéro absolu (auquel le calibre ne gèle heureusement pas !).
Au final, je dois avouer que l’expérience s’est avérée très agréable. D’une part, il s’agissait de se concentrer, physiquement et mentalement, alors que je fusais de marque en marque par créneaux de 30 minutes depuis quelques jours – démontrant de plus en plus de symptômes d’hyperactivité et peut-être même quelques tocs. Par ailleurs, l’opération fut entrecoupée de conversations ma foi passionnantes avec les membres du COSC et les étudiants.
Ce résultat final – pour la gloire – tombe comme la cerise sur le gâteau (ou le rubis sur le pivot), d’une belle expérience, permettant surtout de faire connaître le réglage du balancier assemblé, ainsi que la rigueur des tests du COSC. Un protocole d’ailleurs amené à évoluer, puisque, rappelez-vous le bureau annonçait un « Super-COSC »… Affaire à suivre !