On lui reprochait de ne pas avoir bougé depuis 1976, et de se limiter au calibre. Le Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres s’apprête à faire évoluer la norme de l’excellence horlogère suisse. Gardien historique de la certification chronomètre selon l’ISO 3159, le COSC – association à but non-lucratif reconnue d’utilité publique – annonce une mue attendue: le Super-COSC (nom encore officieux). Déploiement prévu mi-2026, après une présentation complète d’ici fin 2025.
Objectif ? Renforcer la réassurance du client final, avec des tests toujours neutres, indépendants… mais désormais réalisés sur la tête de montre et en conditions proches du quotidien. Parmi les nouveautés, un contrôle de la précision en position dynamique, plus fidèle aux conditions de porter d’une montre. Entretien avec Andreas Wyss, CEO.
Un supplément d’excellence
Le Super-COSC remplacera-t-il la norme ISO 3159, datant de 1976, ou s’y ajoutera-t-il? «Il s’agira d’une batterie de tests supplémentaires, explique Andreas Wyss. La norme ISO 3159 reste la base. Pour obtenir la certification Super-COSC, un mouvement devra d’abord avoir passé les tests chronométriques classiques. Puis, la montre entière sera soumise à une batterie de tests reflétant une utilisation réelle.»
Dans la peau d’une montre
La vraie nouveauté? Un protocole de tests simulant le port quotidien d’une montre. Fini les mesures sur positions fixes. Place à des cycles dynamiques, ou semi-dynamiques – «nous devrons rester raisonnables, puisqu’il s’agit de les réaliser sur un grand nombre de montres [le COSC a certifié 2'376’987 pièces en 2024 ndrl], en garantissant leur sécurité» précise Andreas Wyss. Les mouvements reflèteront les gestes d’un utilisateur moyen. Un homme ou une femme qui travaille, dort, enlève sa montre le week-end… Bref, une montre qui vit, mais sans excès. «Cette approche ne va pas jusqu’à reproduire les mouvements des bras de Rafa Nadal pendant 4 heures de match à Roland-Garros». De plus, les chocs extrêmes ou les accidents ne seront pas pris en compte. «Nous ne garantirons pas l’impossible, mais le raisonnable. Le propriétaire d’une montre doit comprendre que si sa montre subit un accident, elle aura de possibles séquelles».
Réserve de marche, magnétisme…
Le Super-COSC couvrira aussi la réserve de marche – et vérifiera que la montre possède l’autonomie annoncée. Quant à la résistance au magnétisme, elle devrait être intégrée, avec des seuils réalistes. En effet, face aux Master Chronometer de METAS (Institut fédéral de métrologie) ou Chronomètre Superlatif de Rolex, la certification Super-COSC souhaite se positionner comme plus accessible. «Les 15’000 Gauss du Master Chronometer METAS correspondent à un passage dans un IRM, ce que personne ne fait au quotidien. Nous visons plutôt une protection suffisante pour résister aux champs rencontrés au quotidien – téléphone, fermoir aimanté de sac à main, ordinateur…».
D’une part, atteindre une telle résistance au magnétisme implique d’avoir accès à des technologies encore brevetées ou à des matériaux ultra-spécifiques. «Nous voulons éviter l’élitisme pour offrir un challenge supérieur, mais atteignable, qui reflète les efforts des marques suisses.»
Étanchéité, la grande question
Sujet sensible. «La méthode actuelle de certification de l’étanchétié est difficile à industrialiser de manière fiable», reconnaît le CEO. «Si de l’eau pénètre dans une montre, il faut immédiatement intervenir, ce que les marques peuvent faire en interne, mais pas le COSC. En tant qu’organisme neutre, nous ne touchons jamais à la montre. Un test d’étanchéité impliquerait la présence d’un horloger de la marque sur site, ou un protocole très encadré – sur lequel nous n’avons pas encore tranché.» Affaire à suivre fin 2025, lorsque les modalités exactes de ce Super-COSC seront dévoilées.
Suisse et neutre, le combo gagnant!
Le COSC insiste également sur sa neutralité et son expérience pour traiter de gros volumes, de façon traçable et rigoureuse. «Même si les tests du Chronomètre Superlatif de Rolex sont réalisés dans les règles de l’art, ils sont réalisés en interne, et non pas par un organisme neutre et indépendant tel que le COSC. Quant au METAS, «il fait les choses très bien, mais n’oublions pas que de notre côté nous nous appuyons tout de même sur 50 ans d’expérience.»
Une certification également déployée… chez les marques
Le COSC prévoit deux modes de fonctionnement pour ce Super-COSC. Le modèle classique, dans ses propres laboratoires, pour les marques sans infrastructure dédiée. Et un modèle déporté, réalisé chez les marques elles-mêmes, avec audits ponctuels et instruments connectés aux systèmes du COSC pour garantir l’intégrité des données – d’ailleurs conservées dix ans. «Les marques préfèrent éviter d’expédier leurs têtes de montre, car cela implique toujours certains risques. Un laboratoire déporté constitue une réponse adaptée» souligne Andreas Wyss.
Nouveau président, nouvel élan
Enfin, ce tournant stratégique du COSC coïncide avec l’arrivée d’un nouveau président, Sébastien Cretegny, élu à l’unanimité en mai 2025. Âgé de 45 ans, entrepreneur dans le domaine de la durabilité, et ancien de l’horlogerie, il incarne une nouvelle génération. L’une de ses missions: faire rayonner le COSC, comme un partenaire exigeant et visible au service des marques suisses.
Le Super-COSC ne cherche pas à réinventer l’horlogerie, mais à redonner du sens à la promesse «Swiss Excellence Certified». Celle d’une montre fiable, performante et testée de manière indépendante. Une promesse à comprendre, ressentir… et porter.
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