Bvlgari au GPHG : itinéraire d’une marque établie

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Mike Powell & Carl Lewis © Delos Communications
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Lire entre les lignes des présélections du GPHG révèle quelques pépites. Il faut dépasser le choix des montres pour y décoder l’histoire des marques. L’exemple de Bvlgari est particulièrement riche d’enseignements.

C’est l’une des monographies les plus imposantes de la littérature horlogère de ces dernières années. L’ouvrage « Beyond Time », paru chez Assouline, retrace la vie de la maison Bvlgari. Il déborde d’icônes, de paillettes, de monuments romains XXL, de pierres précieuses. Un livre exubérant de près de 6 kilos qui explose tous les formats traditionnels, et s’engage à l’opposé du « quiet luxury » qui semble s’édicter pour les prochaines années. 

Et ? Et rien. Sans commentaire. Parce que c’est Bvlgari. Parce que la marque ne s’exprime qu’avec une prestance éclairée. Toujours dans la joie, la démesure assumée. Cette ineffable touche italienne qui, parce qu’elle maîtrise les codes du design, s’autorise à en pousser tous les curseurs à 10, 11, voire 12. On passe tout à Bvlgari car, quoi qu’elle fasse, elle le fait avec panache.

C’est par cette stratégie du débordement perpétuel que Bvlgari a marqué le paysage du luxe. Les pièces finalistes du GPHG en témoignent. En joaillerie, la maison place son inusable Serpenti. C’est un cas d’école. Aucune marque n’a réussi à exploiter durablement le vocabulaire animalier. La seule exception, c’est Bvlgari avec la Serpenti. L’animal à langue fourchue se prête à toutes les fantaisies depuis 75 ans. Et rappelle le premier métier de la maison : joaillier. 

Bvlgari Serpenti Aeterna © Bvlgari

Two for (Serpen)ti

C’est pour une raison identique que la collaboration avec MB&F sur la même Serpenti est notable. Unir une pièce joaillière romaine de 75 ans et la montre suisse ultra-moderne d’une jeune pousse indépendante était une gageure. Leur univers, leur territoire d’expression, leur vécu : tout opposait MB&F à Bvlgari. Tout, sauf leur designer respectif. Max Büsser pour la première, Fabrizio Buonamassa pour la seconde. Deux esprits libres et inventifs, hors de toute convention. 

La cas Octo

C’est donc par cette porte que les deux marques se sont rapprochées. Une histoire d’hommes plus que de produit. Le résultat est ébouriffant. Et c’est pour cela que la Bvlgari x MB&F Serpenti doit être célébrée comme il se doit : elle rappelle que les montres ont des territoires, des enjeux, des limites. Pas les hommes. Encore moins les amitiés. 

Reste la troisième pièce présélectionnée : l’Octo Finissimo Ultra Tourbillon. Au chapitre de la montre extra-plate, Bvlgari (avec Concepto) a atomisé tous les codes du genre. Raflé tous les prix possibles et imaginables. À tel point que l’on commençait à envisager que le filon était tari. 

Bvlgari X MB&F Serpenti © Bvlgari

L’analogie est celle au saut en longueur. Il y a 20 ans, un chercheur a démontré que, compte tenu de sa grandeur de jambe, de sa vitesse maximale et de l’impulsion qu’il peut donner à ses tendons, l’être humain ne pourrait pas physiquement dépasser certaines longueurs de saut. L’histoire semble lui donner raison : le record de 8,95 m est imbattu depuis...34 ans.

Il en irait de même pour la montre extra-plate. Les limites physiques de résistance des matériaux font que l’on ne pourra pas réduire indéfiniment l’épaisseur d’un mouvement. L’Octo Finissimo Ultra Tourbillon ne mesure déjà que 1,85 mm d’épaisseur. Par cette taille de guêpe comme par son prix (635'000 CHF), elle ne pourra être portée par presque personne (20 personnes). La limite du saut (en finesse) semble elle aussi être atteinte. L’Octo Finissimo Ultra Tourbillon est au sommet. Qu’y a-t-il au-dessus d’un sommet ? Les designers italiens trouveront bien quelque chose ! 

Bvlgari Octofinissimo Ultra Tourbillon © Bvlgari
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