Technique, multiple, évolutive, la connaissance horlogère est un sujet de communication aussi ardu que nécessaire. Chaque acteur de l'horlogerie développe progressivement sa propre stratégie, avec des résultats parfois contrastés.
WORLDTEMPUS - 22 novembre 2011
Olivier Müller
«Derrière une montre, il y a une grande histoire, celle d'un créateur. Mais il y a aussi une origine géographique comme Genève, et son très bon vin. Avec mes clients, nous visitons certains domaines. Dès lors, ils suivront la marque à laquelle il seront ainsi liés». Créatif, iconoclaste, Ludovic Ballouard a développé une approche atypique pour former ses clients. Il favorise une vision extensive de la culture horlogère, qui dépasse le strict cadre technique pour atteindre, in fine, ses valeurs.
Mission culturelleCe sont ces mêmes valeurs que la Fondation de la Haute Horlogerie – FHH -, a également placées au cœur de ses formations: «Notre mission est avant tout culturelle et historique», indique Emmanuel Schneider, Responsable études et veille. La «Culture Horlogère» est d'ailleurs fortement valorisée sur son site. Le «grand public» en est le destinataire prioritaire. Doit-on parler de vulgarisation? «Plus vraiment. Le grand public a atteint un niveau de connaissance impressionnant. Il nous adresse certaines demandes qui requièrent parfois de notre part des recherches conséquentes!».
Un modèle de diffusion
La fondation, dans sa mission, utilise la plupart des canaux de diffusion de la culture horlogère: conférences, expositions, stages techniques, publications, et bien sûr son propre site Internet. Les plus récents développements se focalisent sur les réseaux sociaux (facebook, Twitter), sur les tablettes tactiles (avec une application pour les professionnels, la Watch Tablet). A terme, Emmanuel Schneider évoque le développement de l'e-learning. En recourant à plusieurs canaux d'information, l'approche de la FHH représente aujourd'hui le modèle de diffusion de la culture horlogère le plus abouti qui soit.

La Fondation de la haute horlogerie a comme mission d'informer le grand public sur l'histoire et la culture horlogère. Ici, l'un des ateliers d'initiation. © Worldtempus/Louis Nardin
Mise en pratiquePour leur part, les grandes manufactures adoptent une approche plus raisonnée, probablement moins émotive. Jaeger-LeCoultre est l'un des pionniers des stages techniques ouverts à ses clients finaux. Quelques dizaines d'heureux élus ont ainsi la possibilité de se mettre derrière l'établi pour démonter et remonter, sous l'encadrement de deux horlogers maison, le calibre 875. A cet égard, «les master class de Jaeger-LeCoultre n'ont pas vraiment d'équivalent», concède Jacques Thomas, Directeur Europe de l'ouest chez A. Lange & Söhne. «Outre la portée pédagogique, elles offrent à nos clients la possibilité de mieux comprendre la valeur de nos pièces», poursuit Isabelle Gervais, Directrice internationale des relations publiques.Un devoir pour le futurNéanmoins, toutes les maisons horlogères n'ont pas la possibilité de recourir à ces coûteux dispositifs. «Nous ne sommes pas très bons en communication ni en événementiel», reconnaît ainsi Emmanuel Vuille, CEO de Greubel Forsey. Avec 100 pièces par an, la manufacture récemment couronnée au Concours international de chronométrie reste donc concentrée quasi exclusivement sur ses clients – une fonction qui occupe une large partie de l'agenda de Stephen Forsey, dévolu à cette tâche. Pour autant, en expliquant le travail de R&D de sa manufacture, il rend intelligibles les grands principes qui gouvernent l'horlogerie moderne. Une mission d'évangélisation qui fait partie, selon Emmanuel Vuille, de la responsabilité des grandes maisons horlogères, évoquant «un devoir pour les générations futures».

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