L'industrie horlogère suisse en péril
Contrefaçon - Quelque 40 millions de fausses montres circulent aujourd'hui dans le monde. Internet rend la tentation encore plus grande.
De tous les produits contrefaits, ce sont les montres suisses qui attirent surtout la convoitise des consommateurs. Les montres de luxe évidemment. Il faut dire qu'avec internet, la tentation est grande. Rolex, Chopard, Cartier, Bulgari, autant de montres prestigieuses à des prix nettement plus bas et la portée de tous en un seul clic.
Bien que les estimations soient très difficiles à effectuer, il y aurait environ 40 millions de montres contrefaites dans le monde chaque année. Parallèlement, les exportations horlogères suisses devraient atteindre plus de 25 millions de pièces cette année.
Â
Autant dire qu'il y a donc à ce jour bien plus de fausses montres que de vraies… Ces contrefaçons concernent essentiellement des marques helvétiques et, selon les experts, entraînent un préjudice de l'ordre de 800 millions de francs pour la branche horlogère suisse. Une situation qui, si elle n'est pas rapidement enrayée, pourrait mettre en péril l'industrie dans son entier. Entretien avec Jean-Daniel Pasche, docteur en droit et président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse.
Â
La contrefaçon horlogère est-elle en augmentation?
Sans que nous puissions réellement la chiffrer, il nous semble en effet que ce fléau grandit. L'émergence d'internet lui a surtout donné une plus grande visibilité.
Â
Où sont produites les copies?
En majorité en Asie, surtout en Chine. Mais l'on trouve aujourd'hui une production de contrefaçons ailleurs, y compris en Europe, dans des pays qui maîtrisent les métaux précieux. Je veux parler de l'Espagne, l'Italie ou encore de la Turquie. Il s'agit alors de contrefaçons de haut de gamme.
Â
C'est-à-dire?
Certaines copies de montres sont de bonne facture quant à l'apparence et donc très difficiles à repérer. Ces produits sont plus chers et souvent fabriqués en Europe. Ils n'en restent pas moins de vulgaires copies, en particulier au niveau du mouvement, de piètre qualité.
Â
A terme, ce fléau menace-t-il l'industrie horlogère suisse?
Assurément. L'achat de plusieurs contrefaçons entraîne une certaine dilution de la marque. Une société horlogère submergée par les copies perdra de sa valeur auprès des consommateurs qui s'en détourneront. Ceci provoque également des pertes en termes de vente et de crédibilité. Si rien n'est fait pour lutter contre ce phénomène, l'industrie horlogère devra compenser ces pertes. Ceci se traduira notamment au niveau des places de travail qui devront être supprimées.
Â
Comment organisez-vousla bataille contre les contrefacteurs?
La lutte se situe à plusieurs niveaux. Nous tentons d'abord de sensibiliser les pays concernés et encourageons au respect des normes en matière de propriété intellectuelle. Nous organisons également la formation des douaniers par le biais de séminaires lors desquels nous les entraînons à repérer les contrefaçons. Enfin, nous mettons sur pied des opérations de saisies en vue de détruire ces copies.
Â
Et le consommateur dans tout cela?
Nous essayons par le biais de campagnes de l'encourager à ne pas acheter de copies. Cela contribue à solidifier ces organisations criminelles qui, rappelons-le, participe à l'exploitation des enfants. Récemment, nous avons participé au démantèlement d'ateliers clandestins en Toscane qui utilisaient des ressortissants chinois mineurs pour la fabrication de fausses montres. Un achat d'une fausse montre, même unique, pendant ses vacances, n'a donc rien d'anodin…
Â
Qu'en est-il de la loi suisse tolérant jusqu'à présent l'importation d'une montre contrefaite pour l'usage privé?
En 2006, le Parlement a été saisi de la loi sur les brevets qui devrait bientôt être modifiée.
A l'avenir, les touristes seront donc dépossédés de leurs biens contrefaits acquis à l'étranger. Ces confiscations ne devraient toutefois pas être assorties de sanctions. Reste que l'effet sera dissuasif. La modification de cette loi devrait être approuvée par les Chambres cette année.
florence noël
 le 22 janvier 2007
Watchmakers face increasing threat from counterfeits
Â
Swiss watchmakers, and in particular makers of luxury watches, are seeing increased traffic in counterfeit timepieces, according to Jean-Daniel Pasche, president of the Swiss Watchmaking Industry Federation. The Internet plays a crucial role in helping sell the estimated 40 million fake watches on the international market. Swiss watchmakers expect to export 25 million watches this year but losses to fakes could come to SFr800 million.Â
Â
Most of the counterfeit activity is in Asia and in particular in China, but European countries with precious metals industries – Spain, Italy and Turkey – are a source of what on the surface appear to be high-quality counterfeits that are expensive to buy. The working parts, says Pasche, are of inferior parts, however.