« Ce soir, nous célébrons tous les collectionneurs qui achètent leur montre en se disant que, cette fois, c’est la dernière ». Aurel Bacs a gardé intact son sens de la formule. En ouvrant, aux côtés de son collègue de Phillips, Alex Ghotbi, la seconde édition du Louis Vuitton Watch Prize for Independent Creatives, le commissaire-priseur a salué l’essor des horlogers indépendants.
Le mouvement qui les porte n’est pas récent. Il remonte aux années 2000 lorsque le marché s’est entiché des jeunes marques indépendantes (MB&F, Richard Mille, Greubel Forsey, etc.). Progressivement, la focale s’est déplacée sur les nouveaux créateurs indépendants, fussent-ils plus expérimentés : les Dufour, Voutilainen, F.P. Journe, Ballouard et consorts. Jusqu’à ce que, dans les cinq dernières années, leurs héritiers soient à leur tour au centre de toutes les attentions : Théo Auffret, Aaron Becsei, Cyril Brivet-Naudot, Sylvain Pinaud, Raúl Pagès, etc.
L’objet du prix Louis Vuitton Watch ? Aller encore plus loin et célébrer, dès aujourd’hui, les talents de demain. Ceux de la quatrième génération, en quelque sorte.
« Nous allons chercher tous les talents »
« L’horlogerie indépendante est singulière », souligne Jean Arnault. « Prenons le cas des montres vintage, par exemple. Si, une année, un modèle fonctionne bien et pas l’année suivante, cela sera sans effet sur la marque. Mais pour un jeune horloger indépendant, s’il traverse une mauvaise passe pendant un an, cela peut devenir critique. Il peut ne plus être en mesure de livrer ses montres, perdre ses clients et finalement disparaître. L’objet de cette initiative Louis Vuitton, c’est de les porter pendant leurs débuts pour qu’ils se lancent », poursuit le directeur de l’horlogerie Louis Vuitton. « C’est un projet auquel nous pensions depuis 2021, et que nous avons souhaité le plus ouvert possible sur le monde. L’horlogerie est traditionnellement centrée sur la Suisse, à tout le moins européenne. Nous voulions aller chercher de nouveaux talents bien au-delà, et qui n’utilisent pas nécessairement les procédés conventionnels de fabrication de montres.
Plus de 100 postulants, un seul primé
Un brief parfaitement rempli avec plus d’une centaine de montres soumises, même si l’on peut sourciller devant la présence, côte à côte, de très jeunes candidats n’ayant fait qu’une seule montre...aux côtés d’une référence absolue de la haute horlogerie depuis 45 ans comme Bernhard Lederer.
Un comité de 64 experts s’est chargé de la présélection. Cinq jurés ont ensuite attribué le seul et unique prix - le « Louis Vuitton Watch Prize » ne comporte pas de deuxième ni de troisième place - à l’un des cinq finalistes (de Chine, France, Suisse et deux fois du Japon).
Un match très serré
« Cela n’a pas été simple », explique Carole Forestier-Kasapi, directrice des développements TAG Heuer. « La délibération du matin a duré deux heures. Nous étions tous d’accord pour enlever le même des cinq finalistes. Puis un autre. Mais pour les trois derniers, c’était beaucoup plus compliqué ! Nous avons décidé d’opérer non plus par élimination comme pour les deux précédents, mais d’attribuer des points aux trois finalistes restants. Le match était très serré jusqu’au bout ».
C’est en fin de compte le tandem Hazemann & Monnin qui a gagné le prix avec sa montre d’école à heure sautante et sonnerie au passage. Le jeune atelier procède de la rencontre du binôme éponyme il y a 10 ans, sur les bancs de l’école d’horlogerie de Morteau. Mais, malgré ce que peut laisser penser l’intitulé « School Watch », Hazemann & Monnin est en réalité une entreprise déjà établie d’une quinzaine de collaborateurs. La marque s’est vue remettre une dotation de 150'000 euros, ainsi qu’une année de mentorat auprès de l’horlogerie LVMH, assurée par La Fabrique du Temps et par Louis Vuitton. La prochaine cérémonie devrait avoir lieu en 2028.