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Dans les coulisses de la Foire de Bâle

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Le bal des camions internationaux a débuté dans le quartier de la "Messe", le centre de Foire de Bâle. Dans quelques jours, les premiers visiteurs de Baselworld, le Salon mondial de l'Horlogerie et de la Bijouterie, découvriront les dernières tendances. Donnez-nous la main, nous vous entraînons derrière le décor…
Tribune des Arts - Mars 2010Catherine De VincentiBaselworld_328004_0"Baselworld", c'est l'anglicisme qui sied à la mondialisation. Pourtant, lorsque vous approchez de Bâle, des trois côtés de la frontière (Suisse, Allemagne, France), les panneaux sur les autoroutes ne signalent que le mot "Messe" sur fond d'ailes stylisées. C'est que la Suisse met toujours un peu de retenue à faire "internationally show off ". Il n'y a que Zürich pour oser un "Unique airport"! Pourtant, si vous suivez la direction des petites ailes, vous atteindrez un salon vraiment unique et incomparable, vers lequel le monde entier tournera son regard du 18 au 25 mars 2010.

De la MUBA à Baselworld

L'ancienne Foire Suisse aux Echantillons de Bâle, dite aussi MUBA, créée en 1917, intégrait déjà un secteur dédié à l'horlogerie et à la bijouterie. Jusqu'en 1971, accessoires empierrés et garde-temps encore mécaniques étaient associés, au milieu des stands de saucisses grillées, à une foule d'objets et de machines divers et variés. Pour se démarquer, la première Foire Européenne de l'Horlogerie et de la Bijouterie (FEHB) voit le jour en 1973. En 1986, Bâle s'ouvre au monde et accepte des exposants extra-européens. En 1999, c'est la ruée des entreprises asiatiques. Bâle est submergée mais se retrouve au centre de l'univers avec ce que cela comporte de formidable et de… formidablement inquiétant. Marketing aidant, il faut trouver une autre appellation à cette grand' messe du temps et des bijoux: Baselworld, The Watch and Jewellery Show souligne, en 2003, sa position de leader mondial. L'année suivante, elle poursuit sa mue internationale en créant la halle 6, dite "of Universe", pour accueillir les pavillons lointains… qui le sont également lorsqu'il faut s'y rendre à pied! Alors que tout va encore sublimement bien dans le meilleur des mondes, Baselworld dépasse, en 2007, les 100 000 visiteurs. Record absolu!

Des milliers de petites mains

Avant, pendant et immédiatement après, Bâle est une ruche grouillante. L'organisation du Salon communique volontiers sur les chiffres. On comprend alors mieux que Baselworld est une locomotive lancée à grande vitesse que l'on ne peut ni ne veut freiner. 90 000 visiteurs attendus pour cette année post-crise, venant d'une centaine de pays; 1900 exposants de 45 nationalités; 2900 journalistes du monde entier et 160 000 mètres carrés offerts à l'exposition. Pour que cette mécanique soit parfaitement huilée, il faut encore: des transporteurs internationaux, des déménageurs, des agents de sécurité spécialisés, des architectes, des monteurs, des graphistes, des décorateurs, des étalagistes, des fabricants de coffres-forts, des douaniers, des agents de dédouanement, des contrôleurs des métaux précieux, des électriciens, des rallonges, du scotch, des agrafes, de l'eau minérale et du champagne pour remplir les minibars des stands. Tout ce petit monde doit trouver à se loger, à se nourrir et… à parquer son véhicule. Bref, la quadrature du cercle!Baselworld_328004_1
Les cow-boys de la sécurité

Toutes les entreprises de sécurité de Suisse, d'Allemagne, de France et de Navarre sont sur le pied de guerre. Les armes sont fourbies, graissées, testées. Les blindages vérifiés. Les chiens aux aguets. Les permis de port d'armes contrôlés. Rien n'est laissé au hasard. Des millions d'euros, de dollars, de francs vont transiter vers Bâle. "Ça n'est pas la première fois que nous allons ‘livrer' la collection d'une très grande marque de haute horlogerie, sourit M. C.B., responsable d'une importante entreprise de sécurité vaudoise. Nous savons qu'il y a des modifications sur la liste de livraison jusqu'à la dernière minute. A nous d'être attentifs! Tout doit être contrôlé par une personne de la manufacture et quelqu'un de chez nous. Nos horaires et déplacements sont tenus secrets même pour notre personnel. Il y a des plans B, C, D et même Z!". Une fois la marchandise remise au stand de la Halle 1, la plus prestigieuse, c'est la police, les "sécus" et les chiens qui veilleront à ce que rien ne puisse être dérobé dans l'enceinte de la Foire. Quoi que parfois, certains tentent tout de même leur chance. Une marque européenne d'horlogerie s'est déjà fait soustraire plusieurs modèles empierrés… deux années de suite. Probablement la faute "à pas de chance"!

Nostalgie, nostalgie

"Bâle a bien changé!, narre avec nostalgie cette gemmologue, ancienne exposante. Maintenant dans la halle de la bijouterie, c'est pratiquement Hollywood sur le Rhin. Plus que des marques haut de gamme bâties à coup de marketing! Il y a moins de nouveautés à découvrir qu'il y a une vingtaine d'années. Dans ce même bâtiment, au dernier étage, on ne voyait arriver les visiteurs qu'à partir de midi, le temps qu'ils montent les escaliers à pieds. C'est en haut de ces marches que certaines griffes qui sont devenues connues, voire célèbres, ont débuté sur des tréteaux et avec pour seul décor un carrousel à diapositives!" Dans son effort de globalisation et pour maintenir son rang, c'est justement ce que la coordination de Baselworld ne veut plus. À grands frais, la halle 1 de l'horlogerie et 2 de la bijouterie ont été embellies, aérées, illuminées avec des LEDS. La grandeur des stands a été augmentée, attaquant férocement le budget des candidats à la liste d'attente. Les petits stands horlogers qui ne pouvaient se payer des "étages" ont été relégués vers les halles 4 et 5. Mais attention! C'est là qu'il faut désormais aller user ses chaussures pour découvrir créativité, tendance et nouvelles signatures.Baselworld_328004_2
Les bouchons de carafe d'Elie Top

Il faut néanmoins bien relever que dans First Avenue (2.2), il n'y a pas que du bling-bling. Une très ancienne manufacture comme la cristallerie de Baccarat (F), continue à faire vivre un artisanat de luxe grâce à l'alliance de la créativité et du savoir-faire unique d'un des plus importants contingents de "meilleurs ouvriers de France". Aujourd'hui, Baccarat fabrique toujours verres, vases, carafes et lustres imposants. Mais c'est dans le domaine des bijoux qu'elle veut tendre maintenant vers l'excellence. Les bijoux Baccarat ne sont réalisés que sur des supports de métaux précieux et certaines collections antérieures ont déjà été conduites par des designers célèbres. Celle qui sera présentée à Bâle, sous le nom de "Bouchons de carafe", est due au couturier Elie Top inspiré par les bouchons incontournables des tables luxueuses et des nécessaires de toilette sophistiqués. "Pour moi, Baccarat évoque les lustres, les facettes et la brillance, un luxe à la française. J'ai eu envie de reprendre ces codes avec l'humour d'un jeu de mots. On dit d'un diamant qu'il est ‘gros comme un bouchon de carafe', j'ai donc parodié cette image tout en rendant hommage à Baccarat", raconte l'ancien assistant d'Yves Saint Laurent au sein de son studio de création. Chaque pièce de cristal est taillée et/ou gravée à la main. Une collection de caractère! Baccarat a également déjà travaillé en coordination avec Jaeger-LeCoultre et Patek Philippe pour la réalisation d'une Atmos exclusive et de pendulettes Patek en séries limitées. C'est grâce au développement entre maisons de luxe que Bâle continuera à “titiller” les visiteurs curieux.

Des rangs clairsemés

Cette année, dans la bijouterie, les rangs sont certainement plus clairsemés. De grands fabricants ou grossistes allemands, italiens ou français ne reviendront pas à Bâle. La crise de l'année 2008-2009 leur a été fatale. Mais le paysage du monde du bijou se modifie à vue, de semestre en semestre, depuis bientôt dix ans. La crise, ce monde-là la subit en faisant le dos rond, Foire de Bâle après Foire de Bâle. Elle en a donc une plus longue expérience. Les horlogers n'en sont encore qu'à recoudre les boutons de chemises qu'ils ont fait sauter alors que telle la grenouille, ils se gonflaient comme un boeuf…

La plupart des noms sont inconnus du public non averti mais ceux qui sont morts au front n'en sont pas moins importants. Le "perlier" Golay (anc. Golay Buchel) dont le siège international était à Lausanne, a mis définitivement la clé sous la porte. D'autres, dit-on, sont au bord de l'asphyxie. D'autres encore ont limité les expositions, tiennent salon chez eux ou dans des lieux insolites, mais moins onéreux.

Mais il y a également des retours dans la ‘clôture'de Bâle. La marque Marvin, vétéran de l'horlogerie avec une belle histoire et des modèles mémorables, a racheté son nom et propose une jolie collection, essentiellement masculine, avec des clins d'oeil aux femmes. Elle fête son retour dans la halle 4.1. avec une ligne inédite Malton 160, réalisée pour son 160e anniversaire. Et un buzz qui se répand à la vitesse grand V: Marvin s'est associé au pilote de rallye Sébastien Loeb pour réaliser un petit bijou mécanique avec des aspects techniques visuellement inusités. Bien dans son temps, Marvin est passionné d'internet et lance en ‘pré-Bâle' un nouveau blog et surtout la possibilité d'acheter sa montre sur le site en bénéficiant d'un conseil personnalisé dans les 24 heures. Aux détaillants de bien soigner leurs clients, faute de quoi ces derniers leur feront des infidélités aux quatre coins de la toile!Baselworld_328004_3
Là où vous n'allez pas forcément

Bâle, ce n'est pourtant pas que l'horlogerie et la bijouterie de luxe! Ce sont aussi des machines, du packaging, des fournitures, des instruments de gemmologie, des laboratoires internationaux d'expertise de pierres précieuses, des instituts de formation, des éditeurs de revues spécialisées et j'en oublie. Des exposants du monde entier venus avec des pierres précieuses, des diamants, des perles exceptionnelles (chez certains Chinois) et d'autres tellement bon marché que l'on n'y croit même pas (chez d'autres Chinois). Des montres aux logos improbables, au look “Swiss Made” en passant vite, avec des tourbillons pour ‘faire joli', vantées par des vendeurs asiatiques, indous ou russes. L'envers du décor, c'est un peu un inventaire “à la Prévert”… où le dépaysement est garanti.

Terminez votre visite chez les aristocrates de la Halle 3: les marchands de bijoux anciens. L'Histoire vous saute au cou, s'épingle au revers de votre tailleur, enserre vos poignets. “La belle marchandise de raréfie, note Thomas Färber, spécialiste, entre autres, des perles fines. Savoir bien acheter est aussi important que de vendre”. Ici, on “brasse” les stocks. Les premiers acheteurs sont les autres exposants. De main en main, un bijou historique peut faire le tour du monde en faisant le tour de la halle. “Il n'y a plus une période privilégiée. Le bijou des années 70 est déjà recherché, convoité, sourit-il, mais je reste un amateur du bijou XIXe ou du “vrai” XVIIIe, mais c'est tellement rare!”. La signature la plus prestigieuse? “Toutes!… et même quelques marques suisses comme Gübelin ou Meister. Bien sûr, Van Cleef & Arpels, Boucheron, Cartier ou Harry Winston se tailleront toujours la part du lion.”

Mais en quittant les bijoux d'hier et les magnifiques pierres précieuses de toujours, ne flânez pas le nez en l'air! L'année dernière, un exposant de la Halle 3 a laissé échapper de sa poche un “pli” qui ne contenait rien moins qu'un exceptionnel saphir birman de plus de 20 carats, valant la bagatelle de 300 000 dollars. Un confrère honnête l'a trouvé et rapporté aux policiers en faction. On ne sait jamais… mais il doit y avoir autant de probabilités que de gagner à l'Euro-million.

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