WORLDTEMPUS 26 mars 2010
Louis Nardin
L'Opus 10 d'Harry Winston se laissait admirer dans un luxueux stand, le premier modèle de Ressens, la Type 1001, ou 1002 pour la version avec cadran clair, dans une tente à quelques encablures de là. L'une marquait l'achèvement d'une décennie entière d'innovations devenue au fil du temps des rendez-vous attendus de Baselworld. L'autre est née de l'imagination de Benoît Mintiens, un designer industriel belge féru d'horlogerie qui s'est attelé seul à matérialiser son idée. Au final, une conjonction rare avec deux montres siamoises qui éclosent de concert. D'avis de professionnel, chacun a dû travailler en secret et sans connaître l'existence de l'autre projet. Seule certitude: les deux marques ont appris la nouvelle avec surprise et étonnement lors du salon!
David et GoliathDu côté de Ressens, Benoît Mintiens a pris les mesures nécessaires pour protéger son invention. Et Harry Winston a dû également faire de même. Ceci étant, les deux modèles font appels à une architecture de type planétaire, un genre de construction connu dans l'horlogerie. Ainsi donc, les deux montres se réfèrent à un même patrimoine interprété de façon différente mais pour un résultat identique dans son esprit. Reste donc l'étonnant hasard de voir deux idées nouvelles émerger en même temps, et au même endroit. Au-delà du mystère se confirme donc un trend lancé il y a plus de dix ans par de jeunes créateurs indépendants et qui vise à indiquer l'heure autrement. L'Opus 10 et la première Ressens en ouvrent un nouveau chapitre. Et même si c'est un Goliath qui partage la scène avec un David, leurs destins ne suivent de loin pas les mêmes caps.
La Type 1001 affiche un cadran anthracite (rendu). © Ressens
Du TGV à la montre De l'autre côté, la mèche virevoltante repoussée sur le côté, se tient Benoît Mintiens. Employé d'un bureau de design d'Anvers, en Belgique, il a dessiné les TGV Thalys, ou la tente-caravane de luxe Opéra. Depuis 2007, il travaille à donner vie à la Type 1001-1002, sa première montre. Amoureux des garde-temps depuis son plus jeune âge, il goûte particulièrement aux horlogers «expérimentaux» tels Urwerk ou Ikepod qu'il adule. Taquiné par un ami diamantaire qui lui demande de créer une montre pour homme avec diamants, il se lance dans son projet, pour le moment dans des versions sans gemmes. «Le principe du mécanisme était clair dès le début, raconte-t-il. Le plus difficile a été de rassembler les composants pour réaliser le module.» Après avoir essuyé un refus de nombreux fabricants, il se tourne vers Hong Kong, dont il reviendra bredouille également. «J'aurai perdu une année avant de commencer à réaliser la construction moi-même.» Pour des questions de prix des aiguilles à coudre deviendront des axes, des seringues médicales les tubes indispensables. Pour ne pas influencer la demande de dépôt de brevet qui est en cours, il évite de s'adresser à des fournisseurs helvétiques. Des entreprises belges et hollandaises les remplaceront maintenant que le projet est bien avancé. Deux horlogers, Daniel Van Riet et Olaf Côme, l'aident pour le montage et la mise au point.
La Type 1001-1002 s'annonce comme une réussite. Encore à l'état de prototype, il lui faudra subir des tests au porté avant de passer à la phase d'industrialisation. Reste que ses formes, ses rondeurs et son volume la rendent déjà irrésistible. Deux glaces saphir bombées se prolongent jusqu'à couvrir la carrure. Vissée, celle du fond dévoile un rotor plein. Les attaches pour le bracelet ont la forme de boucles, comme sur les premières montres-bracelets qui étaient, aux commencements, des montres de poches transformées. Mécaniquement, un calibre ETA, également ardu à obtenir, entraîne le module dont les disques sont en titane pour des questions de poids.
Entre l'Opus 10 et la Type 100-1002 la comparaison ne vaut pas. L'une incarne l'achèvement d'une décennie de pièces maîtresses, l'autre l'accomplissement d'un rêve solitaire – et autofinancé. Entre les deux subsiste néanmoins le lien unique de la passion.
