Des garde-temps insensibles aux chocs

Etre né sous le signe du taureau n'est pas une gageure pour l'entourage

Fabrice Eschmann

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Fonceur et travailleur, il délaisse parfois ses proches et ne fait pas grand cas de ses affaires. Les montres qu'il choisit doivent être résistantes à toute épreuve.

Le natif du Taureau respire la stabilité, la fidélité et l'endurance. Sa force tranquille de terrien le dote d'étonnantes capacités pour les affaires et le labeur. Un grand travailleur, qui n'hésite pas à foncer pour atteindre ses buts, oubliant parfois sa santé, mettant au second plan ses humeurs, négligeant son attirail de parfait bosseur. Intransigeant avec lui-même comme avec son entourage, il ne supporte pas que les choses se grippent, que l'action se bloque, qu'une panne survienne. Avec le temps, il a pris l'habitude de ne plus faire vraiment attention à sa montre. Chutes, chocs ou mouvements brusques n'ont plus de conséquences sur les garde-temps. Mais cela n'a pas toujours été ainsi.

Depuis que la montre se porte au poignet, les horlogers n'ont eu de cesse d'améliorer la résistance aux chocs et aux accélérations des pièces les plus fragiles. Car les gestes les plus courants de la vie quotidienne infligent parfois aux garde-temps des contraintes insoupçonnées. Un simple applaudissement les soumet à une accélération de 100 G, faisant subir à chaque composant une force de 100 fois leur poids. Le tennis, le footing ou le golf font atteindre au poignet des vitesses allant jusqu'à 250 km/h en quelques centièmes de seconde. Enfin, lâcher par mégarde sa montre d'une hauteur d'un mètre sur un sol en bois fait subir au balancier une force de 5000 fois son poids.

Pour protéger certaines pièces des chocs, l'une des premières solutions fut logiquement de les soustraire aux chocs. C'est l'idée qu'eurent Jacques-David LeCoultre et René-Alfred Chauvot en 1931 lorsque, à la demande de joueurs de polo, ils proposèrent la désormais célèbre Reverso. Un mécanisme simple permet de faire pivoter l'ensemble du boîtier, protégeant ainsi le verre de tout accident.

Mais c'est à l'intérieur du boîtier que prendront place les innovations les plus significatives. En 1927, Paul Wyler, fondateur de ce qui est devenu Wyler Genève, invente le balancier Incaflex. Doté de bras élastiques, il absorbe les chocs comme aucun autre à l'époque. Pour le prouver, la marque n'hésite pas, en 1956 et 1962, à lancer quelques montres, respectivement du haut de la Tour Eiffel et du sommet de la Seattle Tower. Des tests qui s'avéreront convaincants.

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Mais le balancier Incaflex n'explique pas à lui seul cette extraordinaire résistance. En 1937, deux ingénieurs de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) mettent au point une invention qui révolutionnera l'horlogerie : un amortisseur de chocs complet, connu maintenant sous le nom d'Incabloc. Chaque mouvement contient plusieurs dizaines de rubis, coussinets aujourd'hui synthétiques dans lesquels viennent se loger les pivots des axes des roues et du balancier. Une construction à l'époque très fragile, qui ne ressortait pratiquement jamais indemne d'une chute.

Les deux ingénieurs vont alors penser à confiner le rubis dans un bloc, à l'intérieur duquel un ressort plat absorbe les chocs aussi bien latéraux que verticaux. Relativement simple et adaptable à tous les mouvements, le système connaît un succès immédiat, jamais démenti. Toujours à la pointe de la technologie, Rolex a quant à elle développé son propre système de pare-chocs, baptisé Paraflex.

En plus de toutes ces inventions organiques, certains vont développer des innovations squelettiques. En d'autres termes, quelques marques vont s'évertuer à protéger l'ensemble du mouvement à l'intérieur du boîtier en l'isolant de ce dernier. C'est le cas encore une fois de Wyler Genève. Perpétuant la volonté de son fondateur de réaliser des montres parmi les plus solides au monde, la société a développé un système unique. A l'image des essieux de voiture suspendus sur le châssis par des amortisseurs, le mouvement est suspendu dans le boîtier et amorti par des ressorts. De son côté, Jaeger-LeCoultre, pour sa ligne Master Compressor Extreme, a monté ses calibres sur silenblocs. En polyuréthane souple, ces éléments isolent mécaniquement le boîtier du mouvement, ce dernier devenant flottant.

D'autres nouveautés, comme la masse oscillante périphérique montée sur amortisseurs DSA (Dynamic Shock Absorption) du tout récent calibre CFB A1000 entièrement conçu par Carl F. Bucherer, mériterait de compléter ce panorama non exhaustif des systèmes anti-chocs. Aujourd'hui, rares sont ceux qui paniquent après avoir laissé tomber leur montre ; de même que plus personne ne penserait à enlever son garde-temps avant de faire du sport. Toutes ces inventions ont contribué à notre insouciance actuelle ; et rendu le natif du taureau particulièrement désagréable lorsque survient tout de même la panne.

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#2 - Décembre 2008

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