L'Agefi - 30 juin 2010
Une différence par rapport à ses concurrents reste un portefeuille de marques reposant sur un énorme et puissant appareil de production, qui sert de fondement à l'entreprise, grâce à des investissements durables, principalement en Suisse, à une recherche et un développement intenses, et à une créativité dynamiques aux facettes extrêmement variées, de façon toujours plus rationnelle.
Cet appareil de production garantit la qualité élevée et la quantité, le volume des produits et, du même coup, assure la continuité et la dynamique de la croissance de Swatch Group. Un tel appareil, de cette dimension, doté de structures de coûts aussi rationnelles, n'est possible au niveau de la production qu'à condition que le segment de base lui assure, par des millions de pièces, une occupation et une utilisation régulières à plein rendement, expliquait souvent Nicolas Hayek.
Les marques horlogère qui n'évoluent pas dans le segment du luxe (telles Tissot, Balmain, Hamilton, Certina, Longines ou Mido, par exemple) sont-elles un point faible ou un obstacle pour Swatch Group? Non, car elles sont précisément celles, qui, avec les marques de luxe (Breguet, Blancpain, Glasshütte Original, Jaquet Droz, Omega, etc.), constituent le facteur décuplant la solidité des fondements de Swatch Group. Une forte croissance des grandes marques du segment de base (Swatch, Tissot, ck watch & jewelry) est synonyme de sécurité et de dynamisme, assure la hausse des chiffres d'affaires et des bénéfices. Ce qui garantit l'avenir de Swatch Group.
Une des tâches de Nick Hayek sera de conserver une allocation disciplinée du capital ainsi qu'une maîtrise permanente des coûts. Le solide bilan et la capacité à générer des flux de trésorerie importants permettront à Swatch Group de sortir renforcé de la crise de 2008/2009.
Le taux d'autofinancement de Swatch Group était de 77,6% à fin 2009. Le groupe a dégagé l'an dernier des flux de trésorerie liés aux activités opérationnelles de 890 millions de francs, comparativement à des investissements en actifs corporels et incorporels (hors acquisition) de 252 millions de francs. Ce niveau est légèrement supérieur aux amortissements et dépréciations d'actifs du groupe. Précédemment, les investissements corporels et incorporels se sont situés entre 300 et 400 millions de francs annuels. (PR)
LE PORTEFEUILLE DE MARQUES REPOSE SUR UN PUISSANT APPAREIL DE PRODUCTION QUI SERT DE FONDEMENT
La tendance reste haussière
En 2008, Nicolas Hayek affirmait que la vraie valeur de Swatch Group demeurait supérieure à 22 milliards de francs. Sa capitalisation boursière se monte actuellement à 16,4 milliards de francs, après une baisse de 5,6% hier de l'action au porteur et de 5,9% pour la nominative, certes dans un marché plus faible. Fondamentalement, Swatch Group demeure orienté à long terme sur le marché boursier, même si des baisses intermédiaires surviennent. Cette évolution n'ira certainement pas sans volatilité! Néanmoins, volatilité ne signifie pas risque,mais parfois des opportunités d'achat en procurant des prix plus avantageux à un investisseur qui raisonne à long terme et indépendamment du bruit ambiant. Les capitaux propres de Swatch Group se montaient à 6 milliards de francs à la fin de 2009. Ceux-ci sécrètent un rendement de l'ordre de 15% en moyenne, conjointement à un taux d'autofinancement (equity ratio) élevé et à un taux de distribution relativement modeste, compte tenu des possibilités de réinvestissement au sein du groupe.A près de 3 fois ses fonds propres publiés et à plus de 10 fois l'EBITDA (excédent brut d'exploitation) pour 2010, Swatch Group n'est pas forcément un achat dans une optique à court terme. Le meilleur moment pour acquérir de tels titres est lors d'une crise ou dislocation comme à l'automne 2008 et en mars 2009. Swatch Group est par excellence un investissement à long terme, de façon à pouvoir bénéficier d'un taux de rendement annuel composé élevé sur une longue durée, fruit à la fois d'une bonne affaire, intrinsèquement, et d'une vision industrielle à long terme, alliée à une excellente allocation des ressources. (PR)
«Il a tout essayé pour être juste»

NICOLAS HAYEK. C'est ce qu'il souhaitait comme épitaphe lors de l'une de ses dernières interviews dans notre mensuel «Indices».
En novembre dernier, «Indices» dressait, sous la plume de Laurence Huet de la Cour, psychologue indépendante, un portrait de Nicolas G. Hayek. On y évoquait, entre autres choses, ses passions, ses loisirs, ses rêves, ses projets. Et, en fin de rencontre, l'après- Nicolas G. Hayek. Extraits.
Comment ne pas demander à cet homme sur qui tout a été dit, écrit à tort, à raison ou de travers, quel héritage il aimerait laisser derrière lui (…) Il répond sans ambages: «Je voudrais transmettre des tas d'idées, expliquer encore et encore pourquoi je ne veux pas que la Suisse entre dans l'Europe, en particulier, mais c'est réducteur ici, parce que nous achetons plus de biens à l'Europe que nous ne lui en vendons et ce serait une grosse erreur si l'un des deux partenaires essayait d'exercer un chantage portant sur cet échange économique très positif. Après tout, la Suisse n'est-elle pas considérée dans le monde entier comme une perle? Nous, citoyens suisses qui voyageons, le savons.
Partout au monde, nous sommes respectés pour notre citoyenneté, notre ordre, nos universités réputées, notre armée… J'aimerais que les institutions suisses continuent de bien fonctionner. Je voudrais dire en tant qu'homme, citoyen et entrepreneur: conservons nos vertus, évitons à tout prix la violence, continuons d'être un modèle à améliorer, je voudrais partir avec l'assurance d'un monde plus pacifique, moins cruel.»
L'entretien tire à sa fin. Candide, l'intervieweuse lance: «Un jour lointain, espérons-le, tout au moins à Bienne, une place portera votre nom, une statue de vous immortalisera un certain Nicolas G. Hayek, grand entrepreneur visionnaire du XXe siècle, déterminé, défenseur acharné de la démocratie et citoyen bardé de titres et distinctions internationales. Un homme qui n'aura voulu vraiment qu'une chose pour les générations à venir: la paix, la fin des civilisations opprimées, la liberté pour tous et l'égalité des peuples. Quelle épitaphe aimeriez-vous voir figurer au pied de votre statue? »
Et Nicolas Hayek d'avouer que la mort a toujours joué un grand rôle dans sa vie. Pensif, il ajoute: «La mort, c'est aussi essentiel et inévitable que de boire, manger, respirer et… vivre.» Je n'en saurai pas plus sur le sujet mais mon compagnon de vaisseau spatial me confie humblement: «Je voudrais qu'il soit écrit sur cette plaque: «Il a tout essayé pour être juste».
Nous sommes trois dans la pièce, un ange passe. Même pas le bruit d'un tic tac pour perturber l'instant. L'émotion est palpable.
