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La Suisse qui gagne dit adieu à Nicolas Hayek

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De la présidente de la Confédération à l'astronaute Claude Nicollier, plus de 1500 personnes ont salué la mémoire de celui qui était devenu le symbole même de l'esprit d'entreprise.

Le Matin Dimanche - 4 juillet 2010Ivan Radja

De longues tentures rouges, et, disposés au pied de l'estrade où ont défilé les orateurs, quatre grands bouquets de tournesols. Une fleur qui suit le soleil, et donc la marche du temps, le symbole était bien choisi. Il constituait le seul décor de la salle du Kursaal de Berne où plus de 1500 personnes ont rendu hier un dernier hommage à Nicolas Hayek, décédé lundi à l'âge de 82 ans.

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«Il croyait à la possibilité d'un monde meilleur. Le patriarche s'est éteint,mais son empreinte demeurera pour toujours»
Claude Nicollier, astronaute et membre du CA du Swatch Group.
DR


De grands noms de la politique et de l'économie, la présence de l'acteur George Clooney, mais aussi des anonymes, employés du Swatch Group venus témoigner leur gratitude envers celui qu'ils qualifient de «vrai patron». Sobre, la cérémonie, qui s'est tenue hors de portée des photographes de presse pour respecter les voeux de la famille, a su habilement éviter l'écueil du pathos, atteignant un juste équilibre entre sourire et recueillement. «Il a cru en ce pays, a déclaré Doris Leuthard. Et toute sa vie il y a vécu avec la conviction que l'homme devait toujours être placé au centre de la société et de l'économie. La Suisse perd un esprit indépendant et libre, qui a influencé la politique sans en faire.» La présidente de la Confédération a aussi souligné la sensibilité que cet «ingénieur manifestait à l'égard de la nature et de l'environnement», traduite dans «la conception en collaboration avec l'Institut Paul Scherrer d'une pile plus légère et d'une durée de vie plus longue. Il était riche, mais investissait dans ses visions, ses innovations, et dans l'homme.» A l'intérieur de la salle, trois écrans géants diffusaient des photos et séquences vidéo, clins d'oeil souvent humoristiques qui ont évoqué le parcours exceptionnel de Nicolas Hayek.

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Continuer son oeuvre


Le ton était donné dès la première image du sauveur de l'horlogerie, grimé en supporter suisse de foot, casque à cornes inclus. «Hop Suisse!» était son credo, et il était le premier supporter de ce pays, a déclaré son fils Nick Hayek.
Son petit-fils Marc, à la tête de Blancpain, s'est souvenu avec une tendresse amusée de ses premiers cours sur l'établissement d'un budget, alors qu'il était un petit garçon jouant dans le bureau du patriarche, tandis que sa mère Nayla, désormais présidente du conseil d'administration du Swatch Group, «fière d'avoir eu un tel père», a dit sa conviction que «si son corps n'est plus là, son esprit demeure avec nous. Avec votre aide et votre confiance, j'espère pouvoir continuer son oeuvre.» L'émotion est montée d'un cran lorsqu'ont retenti des airs de Mozart, commentés par le disparu lors d'une ultime émission radio enregistrée peu avant sa mort. Emotion aussi lors de l'extrait où Nicolas Hayek reçoit un Swiss Award des mains d‘Adolf Ogi avant de l'attribuer à tous les Suisses. Présente à ses côtés depuis les années 80, membre du conseil d'administration du SwatchGroup, Esther Grether a relativisé ces honneurs unanimes en rappelant que les débuts ne furent pas toujours faciles, et les milieux horlogers ayant été d'abord méfiants: «Longtemps, il n'a pas eu la reconnaissance de ses concitoyens, qui ne voyaient pas un étranger sauver l'horlogerie suisse.»

Nicolas Hayek lançant un vibrant plaidoyer pour la planète en 1992, en plein lancement de la Smart, ou serrant la main d'employées, posant devant le Cervin ou testant un prototype de voiture électrique, les petits films diffusés lors de la cérémonie ont évoqué diverses facettes du personnage, où l'entrepreneur le disputait au créateur. «C'était un artiste, a déclaré le président du Comité international olympique Jacques Rogge. Tous ceux qui l'ont vu présenter à Bâle la montre Breguet de Marie-Antoinette ont pu constater à quel point il était avant tout un créateur.» Son goût pour la science, moins connu, a été rappelé par l'astronaute Claude Nicollier, aujourd'hui membre du conseil d'administration du Swatch Group: «Il était fasciné par le big bang, par ce qu'il y avait juste avant le big bang, par la création des galaxies et les questions existentielles. Détenteur à vingt ans seulement d'une licence en physique et mathématique, il était pleinement conscient que le temps est un paramètre relatif.»

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L'acteur avait fait le déplacement pour assister aux obsèques. DR

George Clooney était là

Pierce Brosnan, Cindy Crawford, Nicole Kidman: les égéries des marques du Swatch Group ne manquent pas, mais une seule star a fait le déplacement hier, George Clooney. Discret, protégé par une ceinture de gardes du corps, il n'a pas pris la parole et s'est éclipsé aussitôt la cérémonie terminée. Si George Clooney était présent, ce n'est pas uniquement parce qu'il a assisté cette semaine à une soirée en hommage à sa tante, Rosemary Clooney, chanteuse de jazz des années 50, qui s'est tenue au Festival d'Ascona. Sa fibre verte le distingue des autres ambassadeurs d'Omega. Il est avant tout, et grâce aux liens tissés avec Nicolas Hayek, membre du conseil d'administration de la société Belenos Cleanpower, active dans la recherche de nouvelles énergies. La présence hier à Berne de l'acteur et producteur aux côtés de Johann Schneider-Ammann (membre du Swatch Group) et du président de la Deutsche Bank Josef Ackermann n'est pas incongrue. Impliqué dans plusieurs projets d'envergure aux Etats- Unis, passionné de mobilité douce, il possède en outre l'un des rares roadsters électriques Tesla. «Si j'ai pris George Clooney dans le conseil d'administration de Belenos, ce n'est pas pour me faire prendre en photo avec lui, mais bien parce que j'ai besoin, aux Etats-Unis, d'un ambassadeur dont la crédibilité en matière écologique est connue de tous», disait Nicolas Hayek à L'Hebdo en septembre 2008.Swatch Group_328572_3

"C'était un vrai patron, il n'y en a plus beaucoup…»

Ils ne le connaissaient pas personnellement, ne lui avaient jamais serré la main, pas même approché. C'est pourtant avec une réelle émotion qu'ils évoquent Nicolas Hayek, sans qui, ils en sont sûrs, ils seraient aujourd'hui tous au chômage. «Nous travaillons tous les quatre chez ETA à Moutier (BE), qui a été racheté par Swatch Group il y a deux ans, juste avant la crise. C'est grâce à Nicolas Hayek, et à sa volonté de ne pas licencier, que l'usine est encore là.. C'était un vrai patron, il n'y en a plus beaucoup», explique Martial Bon. «Je ne l'ai jamais vu, mais il a sauvé beaucoup d'emplois. S'il ne nous avait pas rachetés, on aurait coulé, c'est sûr. C'est donc normal de venir lui dire merci.» Dans l'horlogerie depuis 36 ans, Fredy Spoerri a «même travaillé sous l'ère de Ernts Thomke (inventeur de la Swatch, brouillé depuis vingt ans avec Nicolas Hayek, ndlr). Peu importent ces brouilles, Nicolas Hayek était un grand homme, un vrai novateur». «Il méritait bien que nous fassions le déplacement pour lui rendre un dernier hommage, estime pour sa part Gisèle Romy. Il s'est beaucoup investi pour ses employés. C'était un grand personnage, le père de l'horlogerie et le fondateur du Swatch Group.»

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