WORLDTEMPUS - 28 janvier 2010
Michel Béziat
En arpentant les allées du SIHH, le visiteur attentif constatera la présence de plusieurs marques, et de Cartier. Signe d'une confiance inébranlable – et justifiée si l'on en juge par les mines réjouies et les commentaires off de nombreux collaborateurs - dans la reprise qui se dessine, la marque parisienne a paru plus que jamais hégémonique au sein du salon genevois, et sa collection de nouveautés très à l'image de son stand: monumentale. Classique, complication, sport, masculin, féminin, joaillier, entrée de gamme ou hors de prix, pas un seul segment de marché qui n'ait été oublié. Il se dégage de l'ensemble une force créative aussi vertigineuse que maîtrisée, mise au service d'une puissance commerciale face à laquelle on voit mal qui pourrait se dresser.

Devant une telle machine de guerre, Van Cleef & Arpels fait figure de parenthèse enchantée. Le message, simple, s'appelle «Le Temps poétique». C'est le fil rouge qui guide toutes les créations de la marque. Cette année, le sujet est traité avec autant de talent que de cohérence. Oiseaux de paradis, papillons, paysages enchanteurs, mouvements compliqués et complices de la rencontre de deux amants sur un pont de Paris, on quitte l'univers Van Cleef & Arpels comme on referme un livre de contes, avec le sentiment que tout a été dit, et de quelle façon.

Chez A.Lange & Söhne, l'émotion esthétique passe par la mécanique. Alors que toutes les marques du SIHH nous parlent de finitions haut de gamme, c'est en examinant les calibres de la manufacture saxonne que l'expression «haute horlogerie» prend tout son sens. Même ses pièces les plus simples arborent des mouvements dans lesquels l'art de la décoration est porté à son apogée. Epoustouflant.

Du côté de Vacheron Constantin, l'émotion vient d'un travail de mémoire et de conservation du patrimoine, tant artistique qu'humain à travers la mise en avant d'une technique de laque japonaise ancestrale dans la collection Métiers d'Arts. Voir travailler en direct le maître artisan de la maison Zôhiko, fondée à Kyoto en 1661, suivre ses gestes lorsqu'il décore son cadran en maki-e - «image semée» - de poudre d'or est proprement magique.
Mention spéciale enfin à Ralph Lauren. En 2010, la marque cultive la discrétion: pas de montres en vitrines, peu de conférences de presse: face à un marché hésitant, ses collaborateurs continuent de creuser avec courage le sillon amorcé en 2009, en déclinant ses modèles dans des tailles plus adaptées aux clients cibles. Alors qu'on a tout entendu sur ces montres (trop chères, illégitimes, sans unité esthétique…), rappelons juste l'essentiel, et ce qui pousse à y croire encore avec eux: toutes restent de très belles pièces, équipées d'authentiques mouvements manufacturés.