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Polarisation

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Le groupe genevois a largement dépassé les attentes sur neuf mois. Les analystes sont forcés d'adopter des positions toujours plus tranchées.

L'Agefi - 15 novembre 2010

Stéphane Gachet



Le secteur du luxe a atteint un nouveau palier de contrariété pour le marché. Les investisseurs ont réagi très positivement à la publication des résultats de Richemont au premier semestre. Signe que les expectatives restent importantes et beaucoup pensent encore que le potentiel de croissance est toujours sous-estimé. A preuve, la capacité de Richemont à surprendre et dépasser (largement) toutes les attentes. A contrario, la communauté des analystes se montrent toujours plus polarisées, sur Richemont et sur les valeurs luxe en général. D'un côté l'achat, de l'autre la neutralité. Une décantation à l'image de la reprise spectaculaire de l'univers d'investissement. Les niveaux atteints aujourd'hui remettent à nouveau le marché face à l'interrogation: la tendance positive peut-elle se poursuivre, les titres ont-ils encore un potentiel de croissance?

A noter que le phénomène de décantation reflète avant tout des positions à considérer de manière isolée. Le consensus n'a en réalité évolué de manière unanime que pendant quelques mois, entre le début de l'année et l'été. Auparavant, les brokers se montraient encore très divisés quant à l'attitude à adopter. Les groupes de luxe affichaient déjà des croissances fortes. Toute la question était de savoir si le mouvement allait être durable. En Suisse, les exportations horlogères ont permis d'anticiper de manière statistique le phénomène, sans pour rallier les brokers de manière unanime. Les deux cas les plus représentatifs sont sans doute Helvea et Vontobel. Vendredi, Vontobel a révisé sa recommandation sur Richemont de l'achat à neutre. Helvea est resté à l'achat. Sur quel élément rationnel repose cette divergence? A priori aucun. La lecture est positive dans les deux cas de figure. En revanche, une différence majeure apparaît dans l'historique des recommandations. Alessandro Migliorini, Helvea, est revenu très tôt à l'achat, dès avril 2009, lorsque le titre était encore à 22 francs et que la tendance positive était loin de se dessiner clairement. Vontobel en revanche, n'est revenu à l'achat sur Richemont qu'en novembre 2009. Le titre était déjà fortement remonté. Réduisant d'autant la marge de risque sur le titre.

 

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L'explication paraît évidente. Mais ce n'est pas l'axe de réflexion principal des brokers. Selon Rene Weber, de Vontobel, la révision se justifie essentiellement sur le niveau de la valorisation. Le titre étant déjà très haut. Un avis partagé, le marché s'attend à une correction technique. L'analyste estime également que le prix actuel reflète la position de Richemont et que les tendances positives sont toutes intégrées. Contrairement au mouvement repéré sur les valeurs françaises du luxe après l'avancée de LVMH dans Hermès, les spécialistes de l'horlogerie ne profitent d'aucun élan spéculatif.


Etant donné les positions cash (1,8 milliard d'euros pour Richemont), on anticipe toujours un rééquilibrage majeur entre Swatch Group et Richemont, qui devrait s'opérer à travers une acquisition majeure, genre Patek, Audemars Piguet, peut-être Chopard. Mais aucune maison n'est à vendre. Le secteur ne présente pas non plus d'ouverture déterminante en matière de capacités industrielles, toujours verrouillées par Swatch Group. Ce qui justifie une focalisation des groupes sur une croissance organique par essence plus prévisible (ce qui n'empêche pas de surprendre avec des leviers opérationnels plus efficients que prévu, cf Richemont). De même, le marché ne projette aucune perspective de rachats d'actions (logique étant donné les niveaux de valorisation) ni de hausse conséquente de dividende. Vontobel relève toutefois que la gestion très conservative repérées chez Richemont, comme chez Swatch Group, reste une force majeure en basse conjoncture et que les réserves de cash demeure un élément très positif.



Le résultat d'exploitation quasi doublé

 

Le groupe genevois d'horlogerie, bijouterie et autres articles de luxe Richemont affiche des ventes en forte croissance ces derniers mois. Elles ont généré un bénéfice net de 644 millions d'euros (860 millions de francs), en hausse de 87% sur un an. Son résultat d'exploitation pour le premier semestre 2010/11, clos fin septembre, a pratiquement doublé, avec une croissance de 95% par rapport au premier semestre 2009, à 760 millions d'euros (un milliard de francs). Le chiffre d'affaires a augmenté de 37%, à 3,2 milliards d'euros (4,2 milliards de francs). La hausse a été de 27% à taux de change constant.

La bonne performance réalisée au premier semestre tranche avec les chiffres de l'an dernier et reflète l'amélioration marquée de toutes les activités et de tous les marchés. Les principales marques ont tiré parti de l'embellie économique. Le restockage a joué à plein après la période de crise vécue en 2009. Le chiffre d'affaires d'octobre confirme cette progression, avec une hausse de 36% par rapport à octobre 2009 en taux de change réels.

«Ces résultats ne nous étonnent pas, mais les prochains mois seront plus difficiles», a affirmé le directeur financier du groupe Gary Saage. «Nous sommes confiants, mais restons vigilants par rapport à des facteurs extérieurs», comme les incertitudes monétaires, a-t-il déclaré.

Pour le deuxième semestre, des taux de change moins favorables et une base de comparaison plus élevée devraient se traduire par un ralentissement de la croissance des ventes, a fait savoir le président exécutif du groupe Johann Rupert. – (ats)

 

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