L'Agefi - 8 avril 2010
Propos recueillis pas Bastien Buss
«Le quart de la moitié du commencement », aimait à déclamer Cyrano de Bergerac. C'est apparemment ce qui est en train de se produire sur le marché du travail horloger. Les indices d'esquisse de redressement semblent en effet se multiplier ces dernières semaines, avec des offres d'emploi qui resurgissent, après une vingtaine de mois de disette, et des annonces de licenciements en net ralentissement. Durant la récession, le secteur n'en aura pas moins perdu environ 4000 emplois. Un chiffre toutefois moins significatif que les premières estimations, qui évoquaient la disparition de 5000 postes de travail. François Matile, secrétaire général de la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse (CP), fait le point sur la question.

Quels ont été les effets de la crise sur l'emploi horloger?
Il est indéniable que le marché du travail dans le secteur a payé un lourd tribut au marasme conjoncturel. Et ce n'est peut-être pas fini. Lors de nos premières estimations, à fin septembre 2009, nous prévoyions la disparition de quelque 5000 emplois, soit environ 10% des effectifs totaux. Ce qui aurait ramené la branche aux niveaux de 2007. Un recul très conséquent mais à replacer dans un contexte de très forte progression durant les années précédentes. En quatre ans, le secteur avait créé 13.300 emplois. Ou autrement dit une progression de 33,2%.
La situation serait donc moins grave que prévu?
Oui. C'est ce qui semble ressortir en tout cas des données préliminaires dont nous disposons. Sur la base de notre recensement qui s'arrête à l'automne de l'an passé, il apparaît que l'horlogerie a perdu environ 4000 postes de travail au final. Pour moitié par licenciements et pour l'autre suite au non-remplacement des départs. Il s'agit d'emplois fixes, les temporaires n'étant pas compris dans les statistiques. Un écart avec les premières estimations qui s'explique notamment par l'usage massif de réductions de l'horaire de travail et par une accalmie relative au niveau de la rafale de licenciements par rapport à il y a douze mois.
Il semble désormais que certaines entreprises réengagent, comme Cartier à la Chaux-de- Fonds, qui cherche une centaine de collaborateurs. Votre avis?
C'est en effet l'impression que l'on peut avoir. Les offres d'emplois ressurgissent depuis le début de l'année et les contacts que nous avons avec diverses sociétés corroborent ce sentiment. A ce sujet, la CP vient d'ailleurs de faire un tour d'horizon qui l'atteste. Les salons horlogers de Genève et Bâle semblent avoir donné des signaux positifs, tant au niveau des contacts que des prise de commandes. Avec comme conséquence, des licenciements devenus limités et un très léger frémissement de l'embauche. Toujours est-il que le taux de chômage dans certaines régions horlogères demeure élevé. Et que la situation reste très hétérogène entre les grands groupes et les structures plus modestes.
Qu'en est-il des sous-traitants?
Les fournisseurs continuent malheureusement de souffrir de la faiblesse des commandes et du manque de visibilité y afférent. Il existe d'ailleurs toujours un décalage d'environ six mois entre la reprise des affaires pour les horlogers et celle des sous-traitants.
A quoi faut-il s'attendre pour l'année en cours?
Nous partons du principe que 2010 sera une année de consolidation, mais à un haut niveau. Peut-être assisterons-nous même à une augmentation de l'emploi. Toutefois, il convient de rester prudent. Malheureusement, le potentiel de licenciements existe toujours. Notamment auprès des entreprises qui arriveront à la fin de leur durée de chômage partiel, même si le délai a été allongé de 18 à 24 mois par la Confédération, comme nous le demandions. Plus de 130 des 436 entreprises affiliées à la CP ont recouru au chômage partiel dès la fin 2008. Cette mesure a certes contribué à réduire le nombre de licenciements, mais le chômage partiel demeure toujours nécessaire aujourd'hui. Même si une reprise semble s'esquisser.
