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Effectifs doublés

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La marque genevoise travaille sur les entrées de gamme. La Chine comme relais de croissance. Interview de son patron, Olivier Bernheim.

L'Agefi - 14 avril 2010

Propos recueillis par Bastien BussRaymond Weil_328099_0





Bastien Buss: Quelle analyse pouvez-vous faire de l'exercice 2009?
Olivier Bernheim: L'an passé fut un exercice indéniablement très chahuté, qui a occasionné des changements importants pour la plupart des acteurs de la branche. Il s'est notamment caractérisé par des difficultés sur le marché américain - où nous réalisons environ 24% de nos ventes - à cause de la faiblesse et des ennuis de notre ancien partenaire et suite à la faillite de nombreux détaillants locaux. Nous avons ainsi pris ce marché sous notre aile, en créant en octobre dernier, notre propre filiale - RW USA Corp. - et tout est maintenant rentré dans l'ordre, voire s'est même beaucoup amélioré.

Quels types de mesures anticrise avez-vous prises?
Depuis deux ans et demi, mes fils et moi sentions venir quelque chose, sans toutefois pouvoir le définir. Très vite, nous avons donc travaillé sur nos collections «d'entrée de gamme», avec un positionnement prix allant de 800 à 2500 francs. Des produits élégants et horlogers parfaitement adaptés pour les périodes de grosse tempête. De manière générale, nous avons traversé cette période ni mieux ni moins bien que l'industrie, mais en ressortons avec une situation financière saine. Pour une entreprise familiale comme la nôtre, dont l'approche se fait sur le très long terme, cet aspect s'avère crucial.

Et au niveau du personnel?
Nous avons dû procéder à quelques ajustements mais n'avons pas recouru au chômage partiel. Cela dit la société est désormais clairement en phase de réembauche, notamment au niveau du service logistique, du service après vente et du service administratif. A l'étranger, nous avons ouvert nos propres filiales aux Etats- Unis, en Inde et récemment au Canada. Par ailleurs, et c'est un changement fondamental pour Raymond Weil, nous venons d'acquérir un atelier d'assemblage dans l'arc jurassien. Au final, nos effectifs ont plus que doublé en six mois, avec 140 collaborateurs au total.

Quelles sont vos perspectives pour 2010?
Je suis quelqu'un de très mesuré. Etant plus jeune, j'avais demandé à mon grand-père, pourquoi Rockefeller était aussi riche. Sa réponse m'a profondément marquée: parce qu'il a su investir au pire moment de la crise. C'est un principe que nous appliquons maintenant. Pour aujourd'hui mais surtout pour demain.

Et plus concrètement?
Je pense que le pire de la crise est désormais derrière nous. Je ne partage toutefois pas du tout l'euphorie, ou même l'euphorisme, des grands groupes cotés. Ces déclarations tapageuses m'indiffèrent. Dans une structure familiale, il n'est pas possible de se raconter des histoires. Toujours est-il que nous évoluons aujourd'hui à un niveau très supérieur à celui de 2008, année de tous les superlatifs. Si les indicateurs économiques restent ce qu'ils sont et qu'aucune catastrophe conjoncturelle n'intervient, il est possible de nourrir un optimisme prudent. Dans le contexte actuel et futur, nous estimons que le marché sera porté par des produits de notre gamme de prix. C'est-à-dire le luxe abordable. Ce qui est bon signe pour notre entreprise.

Quelle est la répartition de vos ventes par marché?
Nous bénéficions d'un ensemble cohérent et équilibré. Comme déjà évoqué, les Etats-Unis génèrent le quart de nos ventes. L'Europe un autre 25%, l'Asie également. Le dernier quart émane du Moyen-Orient et du reste du monde.

Des projets de boutiques?
Tout à fait. En juin, nous ouvrirons la plus grande boutique Raymond Weil au monde, en plein centre de New-Delhi. Récemment, nous l'avons fait par deux fois en Arabie Saoudite, à Djeddah et à Al-Khobar. Sont encore annoncées pour cette année: Alger, Chennaï et Mumbaï en Inde et Nantong en Chine. Raymond Weil disposera ainsi de 25 boutiques en propre ou franchisées. Mais toujours avec ce souci de rentabilité propre à notre entreprise familiale et indépendante. Nous n'ouvrons que si cela est intéressant en termes d'image et de perspectives positives au niveau du retour sur investissement.

Où se situent vos relais de croissance potentiels?

Le premier qui me vient automatiquement à l'esprit est la Chine. La question est de savoir si ce pays deviendra cette année déjà notre deuxième marché ou si ce sera pour l'année prochaine. L'Empire du Milieu constitue aujourd'hui déjà notre troisième pourvoyeur de ventes. Nous y possédons 88 points de vente. Un chiffre qui devrait monter à 135 d'ici à la fin de l'année et à 150 en 2011.

Vous avez aussi une inclination particulière pour l'Inde?
Tout à fait. Tout me fascine dans ce pays. C'est d'ailleurs le seul marché dont je m'occupe en direct, déléguant les autres à mes deux fils, qui ont rejoint l'entreprise il y a quatre ans. Notre présence y remonte à 1980 déjà, grâce à notre fondateur, mon beau-père, Raymond Weil. Ce qui peut expliquer notre avance par rapport à d'autres marques. L'Inde pourrait bientôt devenir un marché important pour nous, même s'il n'a pas, à court terme, le même potentiel que la Chine.

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