WORLDTEMPUS - 9 juin 2011
Olivier Müller
Le premier, maître horloger, est principalement connu pour des réalisations comme le Tourbillon Triple Axe et ses montres blasons sur-mesure. La seconde a débuté sa carrière comme apprentie chez lui, et vole maintenant de ses propres ailes. Sa première réalisation, «Ari», fut l'une des principales attractions de la dernière édition de BaselWorld.
Aujourd'hui, Eva est en Australie, et Thomas est toujours à Twann, en Suisse. En exclusivité, nous leur avons posé les mêmes questions, indépendamment l'un de l'autre!
Worldtempus: Quel est le plus grand défi d'une première réalisation?
Eva Leube: Dessiner la pièce, et fabriquer tous les outils et supports nécessaires, pour ensuite passer au prototypage, le tout sans bénéficier de revenus réguliers! Le plus souvent, cela implique de faire une croix sur ces petits plaisirs que sont les week-ends, les soirées ou encore les vacances pour pouvoir avancer sur son projet.
Thomas Prescher: La première pièce est un peu comme un virus que vous avez en tête. Vous savez que vous devez la faire, mais en raison d'une profonde inexpérience, la voie pour y arriver est tout sauf évidente. Au final, la plus grande difficulté pour une première pièce consiste à tenir bon jusqu'au bout. Un échec n'est rien d'autre qu'une voie de plus que l'on a explorée et qui n'a pas fonctionné. Il n'y a alors qu'à recommencer.

Quelle est l'importance de la toute première réaction de la presse ou du public?
Eva Leube: C'est important. Cette année il me fallait exposer à Bâle et avoir un feedback positif. Imaginez ce que cela représente que de travailler 4 ans, seule, sur un projet, sans que personne ne sache de quoi il s'agit, si ce n'est une «montre»!
Thomas Prescher: Après plusieurs années à réaliser des montres sur-mesure, je me rends compte que je me sens plus proche d'un artiste que d'un artisan. Et tout le monde sait que les applaudissements, pour un artiste, ça compte. Quoi qu'il en soit, je pense que n'importe quelle personne sensée apprécie qu'on lui signifie que son travail est bon et a du sens! Cela dit, quand j'ai réalisé le premier Tourbillon Triple Axe, c'est parce que certaines personnes m'avaient assuré que c'était chose impossible quand je leur ai présenté la montre de poche à tourbillon double axe.

Qu'avez-vous appris l'un de l'autre?
Eva Leube: Thomas m'a réellement appris le monde de l'horlogerie indépendante. Dès le départ, il s'est montré très généreux, partageant son savoir et son expérience autant que ses nouvelles idées. Je n'aurais pas pu trouver meilleur mentor!
Thomas Prescher: Avant que nous ne travaillions ensemble, Eva était déjà passée par différentes marques bien établies. Elle avait également une solide expérience dans la restauration de pièces anciennes. C'est toujours un plus d'avoir quelqu'un d'expérimenté comme Eva à ses côtés.

Comment imaginez-vous votre avenir à long terme?
Eva Leube: Toujours dans la création de montres faites main, en série limitée. J'ai suffisamment d'idées pour m'occuper toute une vie!
Thomas Prescher: L'horlogerie est ce qui m'est de plus cher après ma famille. C'est ma passion et je suis certain que je continuerai à faire des montres sur mesure.
Votre regard sur l'horlogerie change-t-il à mesure que votre pratique évolue?
Eva Leube: Non. J'aime toujours autant mon métier, avec ce qu'il représente de défis et de créativité. Il y a des réalisations d'une telle beauté qu'elles peuvent littéralement vous arracher des larmes.
Thomas Prescher: Bien sûr que mon opinion sur le métier évolue! L'horlogerie est en constante mutation, il y a des marques qui vont, qui viennent, il y a des nouveaux matériaux qui apparaissent en permanence. Tout cela fait qu'il est difficile de se projeter à long terme. Je vais tout faire pour garder ma philosophie de montres sur-mesure, avec la part de travail manuel la plus élevée possible, afin de créer la montre rêvée de mes clients.
