Sédentaire et voyageur, rigoureux et plein d'humour, Patrick Schwarz, CEO d'Eterna depuis un peu plus de quatre ans, marie les contraires avec élégance et prépare avec méthode le développement de sa maison, appuyé sur Eterna et sur Porsche Design qu'il produit sous licence.

Quand il en reprend les rênes, Eterna sort d'une période turbulente, marquée par la fermeture de nombreux marchés et par des collections qui n'ont pratiquement plus évolué pendant dix ou quinze ans. Qu'importe, dès son arrivée, Patrick Schwarz retrousse ses manches et entame les réformes de façon méthodique. Le travail n'impressionne pas cet ancien sportif, qui courait le 800 mètres sous la barre des 49 secondes.
Bientôt un huitième calibre
Il consacre l'année 2006 à la refonte de l'outil. "J'ai changé presque toute l'équipe, remis l'organisation à plat, rénové les bâtiments. Nous avons évacué 16 tonnes de matériel qui s'était entassées là." Il repense aussi le système informatique. Pour ce passionné de nouvelles technologies qui a installé, à la maison, son propre réseau interne, reliant ses huit ordinateurs domestiques protégés par toutes sortes de firewalls, c'est presque un hobby. Ne profite-t-il pas de son temps libre pour développer lui-même de nouvelles applications pour iPad et pour iPhone ?
Une fois la manufacture réorganisée, il passe dès 2007 au produit lui-même et travaille les collections d'Eterna. "Nous voulons vraiment offrir des mouvements propriétaires à un prix qu'on ne trouve pas sur le marché aujourd'hui." De fait, la maison propose déjà sept calibres - 3 pour Porsche Design et quatre pour Eterna - et concentre désormais ses efforts sur la création d'un nouveau calibre, le 38XX, imaginé pour un chronographe. Le maître mot, c'est l'optimisation. Des étapes d'assemblage au nombre d'outils nécessaires, tout est pensé pour être ultra-compétitif.
Après l'outil de production et la gamme de produits, le dernier défi à relever est celui du marketing. "Ajouter de l'émotion à Eterna", et aussi rouvrir des marchés là où la marque était historiquement forte, en Scandinavie, en Afrique du Sud, dans le Golfe. Sans négliger, évidemment, Hong Kong et la Chine. Là aussi, Patrick Schwarz qui a rencontré son épouse à Singapour, a quelques atouts personnels dans sa manche. Grâce à sa belle-famille, il comprend le mandarin, le parle même un peu et connaît bien la culture chinoise.
Voyageur téméraire
Son parcours démarre à Schaffhouse, mais c'est à La Nouvelle-Orléans qu'on le retrouve, au tout début de sa carrière; lorsqu'il y repense, ses yeux brillent et il rit rétrospectivement. "Il y avait beaucoup de fêtes", commence-t-il laconiquement. On n'en saura pas plus… revenu en Suisse où il boucle ses études, Patrick Schwarz rejoint Unilever, passe en cinq ans de l'audit aux finances, découvre l'entier de la vie d'un produit, de la fabrication à la vente.
L'homme est ouvert aux aventures, et lorsque se présente l'occasion de travailler à Singapour, il n'hésite pas. Il quitte son Schaffhouse natal qu'il a retrouvé depuis et s'envole pour l'Asie du Sud-Est. "C'était mon premier pas en direction de l'horlogerie", se souvient-il. Il est en effet responsable de la distribution de produits de luxe pour le compte de Siber Hegner, une société suisse installée en Asie, qui compte dans son portefeuille des marques comme Ebel, Roger Dubuis et Cartier.
Il restera là cinq ans, de 1995 à 2000, et traitera aussi quelques dossiers inattendus. "J'ai notamment préparé la vente d'une fabrique de chocolat que nous avions à Singapour. C'est fou ce qu'il est difficile de fabriquer du chocolat quand il fait plus de trente degrés!" Patrick Schwarz aborde tous ses dossiers avec ce mélange de professionnalisme et d'humour; il se souvient aussi de ce département de lingerie qu'il avait dû fermer. "Nous étions agents pour Wonderbra, ce n'était pas un produit spécialement adapté aux femmes asiatiques…"
Au début des années 2000, c'est le retour en Europe, en Allemagne d'abord pour le compte de Bertelsmann, en Suisse ensuite, en tant que directeur financier de Maurice Lacroix. Jusqu'à ce jour de 2006 où il se voit proposer la direction d'Eterna. Installée à Granges, c'est l'une des rares marques qui a produit des montres de façon ininterrompue depuis sa création par les frères Schild, en 1856.
Un héritage qu'il compte bien faire fructifier pour le compte de la famille Porsche qui a racheté la marque en 1995 pour produire les montres imaginées par le bureau de design de Ferdinand-Alexander Porsche.
