Luc Perramond, le pilote hors pair

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Les axes de travail sont clairs, Luc Perramond inscrit sa marque dans une stratégie de valeur plutôt que de volume.
Tribune des Arts - Décembre 2011
Marco Cattaneo

Pour lui, c'est limpide, l'horlogerie est un relais de croissance pour Hermès. Elle doit créer de la valeur pour la marque, et pas seulement tirer parti de son image exceptionnelle. Dès son arrivée aux commandes de La Montre Hermès, Luc Perramond travaille donc au développement d'une stratégie à long terme. Pas facile car nous sommes au premier trimestre 2009, au plus fort de la crise horlogère, et il faut aussi manœuvrer dans les vagues du gros temps économique.

 

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Les axes de travail sont clairs, Luc Perramond inscrit sa marque dans une stratégie de valeur plutôt que de volume. Il pousse la part des mouvements mécaniques, accroît l'offre masculine, rééquilibre les marchés internationaux en développant la Chine et les États-Unis. Simultanément, il réduit drastiquement le nombre de références: “Nous sommes passés de 2200 à 500 références en deux ans, l'offre était pléthorique, presque illisible.” Il porte aussi une attention de tous les instants à la qualité de ses produits, parie sur les émaux et les pièces d'exception: “Hermès, c'est le raffinement, et nous en manquions encore dans les cadrans qui restaient trop basiques.”

Il est né à Paris en 1962, et a grandi dans la maison familiale, à l'ouest de la capitale, dans un ancien presbytère. Il fait ses classes à Versailles, au collège St Jean de Bethune, “chez des Pères eudistes, des jésuites, mais en plus raisonnables”, lâche-t-il avec cet humour retenu qui signe mieux qu'un imparfait du subjonctif la culture et l'éducation. Luc Perramond s'éloigne un peu de la table et installe ses deux mètres zéro quatre plus confortablement dans le fauteuil, avant de reprendre son témoignage.

 

Du permis de voler au représentant volant

Avec son père, ingénieur aéronautique dont le bureau côtoie un temps celui de Marcel Dassault, il découvre dès l'enfance le salon du Bourget et passe même sa licence de pilote privé avant d'obtenir son permis de conduire! “J'avais tout juste dix-sept ans”, se souvient-il. L'aviation est pour lui une formidable école, qui lui offre à la fois le sentiment d'indépendance et le sens des responsabilités. “Il faut beaucoup de rigueur lorsqu'on pilote, qu'on navigue à vue plutôt qu'aux instruments, et ce n'est pas forcément la qualité première d'un jeune homme de dix-sept ans!”

Toujours parisien, il poursuit à Dauphine ses études de gestion et d'économie. “Dans le bâtiment qui abritait l'Otan, et qu'on transforma en université quand de Gaulle décida de quitter l'Organisation.” Il mêle ainsi anecdotes et grande histoire, installe les choses dans leur contexte et donne à chacun le sentiment de mieux les connaître pour avoir su leur offrir une nouvelle perspective, un relief inattendu. Une forme d'élégance naturelle qui sied parfaitement à la maison Hermès qu'il représente.

Retour aux années de jeunesse. Pour L'Oréal, son premier employeur, il fait pendant un an le tour de la France comme “représentant volant” de Biotherm. Mais il veut densifier sa formation, et s'envole pour la Pennsylvanie, à Wharton, où il passe son MBA. C'est là, sur le campus universitaire, qu'il est recruté par Booz Allen Hamilton, un important cabinet de conseil américain. Il y rencontre un autre Français, Christian Viros, avec qui il rentre à Paris pour travailler sur de nouveaux mandats. Le marché des glaces en Grèce, mais surtout TAG Heuer où il restera plus d'une décennie, gagnera une nouvelle patrie, la Suisse, et rencontrera même celle qui deviendra sa femme.

 

De l'Amérique au Brésil

Un an de travail sur TAG Heuer, et nous voici en 1989. Les consultants présentent leurs recommandations au conseil d'administration et le plan qu'ils lui proposent est si convaincant qu'ils sont aussitôt débauchés pour en assurer la mise en œuvre. Luc Perramond reprend la filiale américaine de la marque, dont les ventes vont rapidement bondir, passant de dix à cent millions de dollars en dix ans. Un leverage buy out et une entrée en bourse plus tard, TAG Heuer se retrouve en 1996 cotée à Zurich et New York. “Il y avait trop de pression à court terme sur les chiffres pour une petite société comme la nôtre.” La solution passe par un rapprochement avec Bernard Arnault et le groupe LVMH où Luc Perramond restera jusqu'en 2001.

Cette même année, à la naissance de son quatrième enfant, il crée à Neuchâtel sa propre société de conseil. Les hasards de la vie le propulsent jusqu'au conseil d'administration du groupe H. Stern, dont il accompagnera le développement international jusqu'à fin 2008. Double défi, il n'est ni Brésilien, ni membre de la famille, mais réussira tout de même son intégration chez le joaillier de Rio.

Il dit indifféremment nonante ou quatre-vingt-dix, mais se refuse à parler de “souper”. “Et dîner à midi, ça n'existe pas!” s'exclame-t-il sur un ton définitif. Pour le reste, Luc Perramond est conquis par la Suisse, sa patrie d'accueil, dont il a pris la nationalité. Il apprécie la qualité de vie, mais surtout la liberté d'entreprendre. “La Suisse est un espace de liberté au milieu d'une Europe gangrenée par les contraintes réglementaires. J'ai retrouvé ici quelques-uns des aspects qui m'avaient le plus séduit aux États-Unis.”

 

En 3 dates…

1985... quand j'ai décidé d'étudier aux États-Unis. Ça a changé ma vie 

1996... l'entrée en bourse de TAG Heuer, un accomplissement 

2009... mon arrivée chez Hermès, une immense entreprise à la culture humaniste


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