Marie-Laure Cérède: « Cartier, c’est une signature en un trait. »

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Marie-Laure Cérède © Cartier
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Directrice de la création horlogerie et joaillerie chez Cartier, Marie-Laure Cérède dévoile les coulisses d’une vision créative singulière où volumes, sculpture et ergonomie se répondent pour donner naissance à des montres à l’identité forte.

La montre Tressage dévoilée cette année révèle une nouvelle esthétique horlogère pour Cartier. Comment avez-vous imaginé cette montre ? 

Nous avons travaillé à la manière des joailliers, en sculptant l’or. La question de l’ergonomie était aussi essentielle : comment pouvions-nous proposer une seule taille adaptée à tous les poignets ? Nous aurions pu décliner plusieurs formats, mais nous avons choisi la simplicité. Malgré un aspect non conventionnel, voire un peu déroutant, il fallait qu’elle soit ergonomiquement universelle. Et cela fonctionne : on constate qu’elle se pose parfaitement sur tous les poignets.

Vous évoquez la sculpture, est-ce une source d’inspiration dans votre travail ? 

En effet, c’est très naturel pour moi, et particulièrement dans cette maison. Plus jeune, j’ai beaucoup sculpté, et cela m’a appris à penser les objets en trois dimensions. Même lorsqu’un projet commence par un dessin, la vision en 3D est indispensable. Chez Cartier, le volume et l’allure d’un objet se définissent toujours par la sculpture. La Panthère en est l’exemple parfait : impossible de la dessiner correctement sans la sculpter d’abord. Cette approche joaillière, nous l’avons transposée à l’horlogerie, ce qui explique l’importance donnée au volume, à l’ergonomie et à la fluidité.

Cartier montre Tressage © Cartier

Vous êtes à la tête de la création horlogerie et joaillerie chez Cartier, comment ces deux univers se répondent et s’inspirent- ils l’un l’autre ? 

Le savoir-faire joaillier propre à Cartier nous a permis de bénéficier d’un positionnement unique : l’ergonomie, la notion de seconde peau, l’intégration harmonieuse boîte-bracelet, tout cela est issu de la joaillerie. Techniquement aussi, nous puisons beaucoup dans ce savoir-faire : les sertissages, par exemple, sont réalisés comme pour les bijoux – le serti neige, des grains très fins, des torsades… Autant de procédés joailliers que nous transposons en horlogerie. 

Certaines nouveautés, comme la Santos en dimensions réduites, répondent-elles à une demande spécifique des marchés ? 

Bien sûr, nous écoutons nos clients et nos marchés. Mais une demande ne suffit pas : il faut que la réponse soit esthétiquement satisfaisante et techniquement possible. Pour la petite Santos, par exemple, nous avons attendu d’avoir le bon mouvement pour garantir des proportions justes. Et cela fonctionne autant auprès des femmes que des hommes. L’horlogerie n’est plus un besoin, mais un désir. La beauté n’est pas sexuée : un homme comme une femme peut choisir une pièce pour son esthétique. Au Japon, par exemple, de nombreux hommes portent la Baignoire de manière très naturelle et virile. Les questions de genre appartiennent à une autre génération. 

Cartier montre joaillière Panthère © Cartier

Observez-vous la même évolution dans le domaine de la joaillerie ? 

Oui, la nouvelle génération ne se pose plus la question du genre, mais uniquement celle de la beauté. Les réseaux sociaux ont créé une culture du luxe extrêmement développée. Les frontières se brouillent : une bague sertie de diamants taille baguette ou un bracelet précieux peuvent être portés par n’importe qui. C’est positif : cela nous pousse à viser toujours plus haut dans la qualité et la consistance des créations.

Cartier montre joaillière Panthère © Cartier

Pouvez-vous nous parler du nouveau motif zébré de la montre Panthère, de son inspiration ? 

C’est une nouvelle manière d’animer la collection Panthère, un immense succès de la maison depuis son relancement. Nous voulions renouer avec le bestiaire historique et les motifs animaliers. Nous avons donc créé une hybridation tigre/zèbre, très graphique. C’était un vrai défi technique car il fallait respecter la géométrie existante. La maîtrise des métiers d’art nous a aidés à concrétiser ce design. 

Cartier montre Panthère motif zébré © Cartier

Qu’en est-il de la montre joaillière Panthère ? 

Cela a été un exercice complexe car, en horlogerie, il faut toujours intégrer le temps, le cadran, le mouvement. Ici, le défi était de rendre la présence de la panthère naturelle. Nous avons choisi de travailler son attitude : bondissante, comme si elle capturait ou caressait l’heure. Le résultat est fluide et poétique, mais il a demandé beaucoup de travail. 

Chaque maison a son vocabulaire. Comment décririez-vous celui de Cartier ? 

Pour moi, Cartier, c’est une signature en un trait. Un dessin validé est immédiatement identifiable comme un dessin Cartier et repose sur plusieurs principes : pureté des lignes, absence de décor superflu, architecture vivante, ergonomie parfaite héritée de la joaillerie, et ce luxe de l’invisible – les détails cachés et toujours très soignés, comme les petits coussinets sculptés sous les pattes d’une panthère.

Cartier montre Panthère © Cartier
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