Interview de Marc Hayek, CEO de Blancpain

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Marc A. Hayek President & CEO Blancpain ©Blancpain
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Interview réalisée par Brice Lechevalier

Vous ne l’avez pas célébré officiellement, mais c’était le 290e anniversaire de Blancpain en 2025, que retenez-vous de cette année ?

Personne ne peut ignorer que l’année a été compliquée pour l’horlogerie et le monde en général, nous avons connu beaucoup de drames qui touchent l’ensemble de la population. Tout s’accélère, cela devient difficile de ne pas perdre ses repères. En regardant le verre à moitié plein, le bilan pour Blancpain reste très positif car le travail que nous menons depuis des années a porté ses fruits : nous avons relancé la collection Villeret, présenté de superbes Fifty Fathoms pour dames, et dévoilé notre Grande Double Sonnerie, une réalisation phénoménale d’un point de vue technique et esthétique. La marque a pu s’exprimer sur l’ensemble de ses territoires d’expression, et il s’agissait finalement d’une année pleine d’émotions.

Que représente pour vous la Grande Double Sonnerie? 

Cela représente tout d’abord l’aboutissement de 10 ans de R&D en interne, fruit d’un travail d’équipe passionné. Nous nous sommes prouvés que nous pouvions y arriver au sein de notre manufacture, avec tous les talents et les personnalités qu’elle regroupe, un peu comme en famille. En se fixant cet objectif de grande complication à double sonnerie au début, nous n’avions aucune idée du temps que cette quête nécessiterait. C’était une quête du Graal et nous l’avons obtenu, entre nous, en respectant les traditions autant que l’esprit d’innovation et la faculté de repousser les limites. La créativité de l’ensemble de nos métiers à collaborer sur les fondamentaux de l’horlogerie, tels que la chronométrie, est un facteur clé de notre réussite. En un sens cela représente un aboutissement, mais également un début, car nous n’allons pas nous arrêter là.

Grande Double Sonnerie or blanc © Blancpain

Blancpain serait donc à un tournant ?

En quelque sorte. Quand j’ai découvert les différents visages de la marque en la reprenant, je me suis aperçu qu’ils changeaient successivement par période de 20 ans depuis un siècle. Essentiellement masculine sur des petites montres bijoux dans les années 1920 à 1940, la marque a radicalement changé avec le lancement de la Fifty Fathoms, très sport et sans complication. Puis il y eut à nouveau des montres à complications mais très classiques, et des montres pour dames, puis à nouveau un fort accent sur la Fifty Fathoms. Il est temps d’animer ces collections en parallèle et de montrer toute l’étendue et la diversité du savoir-faire de Blancpain.

Pour revenir sur la Double Grande Sonnerie, en quoi d’après-vous elle se distingue fondamentalement des autres montres à sonnerie ?

En premier lieu elle possède deux mélodies, la Westminster classique et la mélodie Blancpain, composée par le musicien Eric Singer. Ensuite cette Grande Sonnerie incarne pour moi plus que la passion horlogère : non seulement elle intègre des siècles de traditions horlogères mais elle fait appel à tous les sens. Son ergonomie et sa fiabilité permettent d’une part de l’admirer à l’œil et à l’oreille, d’autre part de la manipuler sans crainte. Elle permet d’échanger, de la vivre et de partager, elle constitue un véritable catalyseur d’expérience pour amoureux de haute horlogerie, un peu comme un chef d’œuvre artistique autour duquel des amoureux d’art débattraient avec passion.

Marc A. Hayek & Eric Singer © Blancpain

Vous évoquiez la place des montres féminines, comment se profile 2026 ?

Justement, les femmes représentent environ un tiers de notre clientèle et nous créons une collection capsule. Tout le défi a consisté à leur dédier une ligne précieuse portant les codes esthétiques et les valeurs de Blancpain en termes de finitions. La Fifty Fathoms avait choqué lors de son lancement, pourtant elle portait les codes de Blancpain, nous aspirons au même effet. Par ailleurs nous leur consacrons aussi des capsules au sein des collections Villeret et Fifty Fathoms, nous allons animer tout notre portefeuille de produits pour les surprendre et les enthousiasmer avec nos montres pour dames. Nous voulons de l’esprit et du corps, et nous avons aussi recruté des talents en interne pour communiquer auprès d’elles de manière pertinente.

Votre collection Villeret a été entièrement revue, quelle était la démarche ?

J’ai voulu répondre à un constat personnel, je commençais à moins porter cette magnifique collection classique. Il ne s’agissait pas de la métamorphoser en profondeur mais d’affiner les détails, de la rendre plus contemporaine par petites touches, de lui donner des lignes plus tendues, de retravailler la boite subtilement, d’améliorer tout ce qui pouvait l’être en matière d’élégance et de confort. Aujourd’hui les bracelets interchangeables sont une évidence par exemple. Et les femmes ont leurs déclinaisons, plus petites, plus précieuses, plus colorées.

Pose d'aiguille © Blancpain

Prévoyez-vous des évolutions également au sein de votre outil de production ?

En effet, nous investissons beaucoup dans notre manufacture, qu’il s’agisse du parc machines et de la technologie, mais également des équipes. Le lancement de notre Grande Double Sonnerie n’est que le premier pas du grand retour de Blancpain dans les complications, comme nos clients vont le constater ces prochaines années. Ces dix ans de R&D sur la Grande Double Sonnerie nous ont ouvert les yeux sur notre potentiel, mais également sur nos limites : nous voulons offrir à notre créativité horlogère plus d’agilité et de flexibilité, ce qui nécessite des machines plus modernes pour prototyper ou créer des mini-séries. Nos clients vont bénéficier de plus de personnalisation et de réactivité. Pour cela nous allons par ailleurs revoir notre organisation entre les différents sites de production, et engager plus de collaborateurs. En parallèle nous tenons à faire monter nos équipes en compétences, et à leur offrir des évolutions de carrières afin de conserver nos talents, ils font partie de la famille de la manufacture Blancpain.

Votre équipe commerciale compte aussi de nouveaux visages, cela sous-entend une nouvelle stratégie ?

Nous avons en effet un nouveau directeur commercial, mais la stratégie commerciale ne change pas de manière significative, nous restons attentifs aux évolutions des marchés. Cela nécessite parfois d’accélérer dans certaines zones et de revoir sa copie dans d’autres. Nous continuons d’ouvrir nos propres boutiques et en comptons 50 en propre à présent (une trentaine avec des partenaires) dans lesquelles nous réalisons presque la moitié de notre chiffre d’affaires. Cela nous permet d’être plus proche de nos clients finaux, qu’ils comprennent mieux notre message, et donc de renforcer la marque. Cela profite aussi aux détaillants avec qui nous continuons de travailler, et que nous sélectionnons avec soin. Nous avons des projets très intéressants à ce niveau pour 2026.

© Blancpain
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