En général, je pense que les salons sont de belles plateformes de lancements, pour y rencontrer les clients et les media, mais il faut veiller à ce qu’il n’y en ait quand même pas trop, comme à Genève par exemple, A moins de pouvoir renouveler l'audience et que cela ne revienne pas à s’adresser toujours aux mêmes personnes. Au-delà du coût qui reste très raisonnable sur les Geneva Watch Days, nous y déployons beaucoup d’énergie avec nos équipes. Le nombre de visiteurs augmente et c’est très positif, mais la base reste similaire et la question de la pertinence se pose. A la période du Covid c’était une excellente initiative, mais Watches & Wonders a depuis été propulsé dans une toute autre dimension, et nous sommes déjà investis à 200% sur son organisation. D’ici-là nous exposons en effet au SIAR et à Watch Time sur le continent américain qui sont très spécifiques et importants pour ces marchés, puis à la biennale Dubai Watch Week qui s’est imposée comme un magnifique événement incontournable, auquel toutes les marques se réjouissent de participer.
Le Grand Prix d’Horlogerie de Genève célèbre sa 25e édition, qu'apporte cette institution à l'horlogerie d'après vous ?
En premier lieu d’après moi, cet événement permet de rassembler la communauté horlogère. Il me parait intéressant par ailleurs que cette communauté récompense les meilleures créations de l’année, et formulent ainsi une reconnaissance des pairs envers les plus méritants. Cette année deux de nos montres sont sélectionnées, et je vois que nos équipes sont super motivées par cette perspective. Que tu gagnes ou pas, cela va renforcer la notoriété de la marque mais sans changer son année pour autant, c’est le succès commercial qui compte le plus. Par contre, ramener un prix à la manufacture constitue toujours une grande fierté pour les collaborateurs. Je trouve ça assez fort et hyper motivant. Comme tout le monde, je trouve dommage que de nombreuses marques renoncent à y participer. Même si tout n’est pas parfait, le GPHG appartient aux rendez-vous incontournables du calendrier horloger.
Malgré une conjoncture très complexe, votre marque est toujours en croissance. Quel est votre secret ?
La clé de la réussite, pour moi, c'est une société avec une assise financière saine qui permette de générer de la marge. Avec une base financière forte, même dans une conjoncture compliquée comme celle que nous traversons, il est possible de continuer à investir. Notamment en marketing, par exemple avec des surfaces d’exposition plus élevées dans les salons, et en R&D. Tout ceci nécessite des moyens conséquents. Or la société n’a aucune dette et s’avère profitable, elle est extrêmement saine. Nous maitrisons nos coûts afin de pouvoir proposer des produits à des prix raisonnables, tout en nous positionnant clairement sur le segment du luxe. La maitrise de notre croissance passe par une obsession de l’efficacité et l’efficience à tous les stades de la production et de la distribution, surtout quand nous franchissons des étapes en termes de volume. Nous employons aujourd’hui 120 personnes et réalisons des ventes parfois supérieures à certaines marques qui alignent deux ou trois plus de collaborateurs, cela ne fait pas de sens. H. Moser & Cie doit aussi rester sur le segment premium et le marketing renforce sa désirabilité. Nous pouvons gagner encore des parts de marché de manière significative. Nous abordons 2026 avec énormément de nouveaux produits et de défis, ce sera un feu d’artifice !
Comment travaillez-vous l’innovation au sein de la manufacture et des sociétés dans lesquelles vous avez investi ?
Nous investissons beaucoup dans l’innovation avec une dizaine de personnes qui s’y consacrent, notamment en recherche et développement. Nous sommes très créatifs et devons apprendre à devenir encore plus innovants. Nous nous entourons aussi de personnes et de partenaires à l’état d’esprit très créatifs, comme Agenhor, mais nous devons rester ouverts aussi aux technologies d’autres domaines. Les marques qui ont eu du succès ces dernières années se distinguent par leur capacité à innover, telles qu’Audemars Piguet ou Richard Mille. Les moyens que nous allouons nous permettent de travailler sur des projets à long terme, qu’il s’agisse de nouveaux matériaux ou de nouveaux calibres. Le potentiel fait rêver.
Comment choisissez-vous vos détaillants aujourd'hui ?
En ce qui concerne les nouveaux partenaires de distribution, nous avons mené une analyse des marchés que nous considérons comme stratégiques, où notre présence peut encore se développer, et ils sont encore nombreux, qu’il s’agisse de la Chine, de la Corée ou des Etats Unis, ainsi que des territoires émergeants. Nous choisissons en priorité les détaillants qui possèdent une certaine renommée et représentent déjà des grandes marques fortes, et qui comprennent la notre tout en souhaitant l’accompagner dans son essor. Un doux mélange de relationnel et de rationalité.
En quoi les nouveaux clients Moser ont des attentes différentes de ceux qui vous suivent depuis le lancement de la Streamliner ?
Même si la croissance s’est avérée très importante depuis trois ans, nos profils de clients ont peu évolué, car ils proviennent essentiellement de la même communauté et s’influencent mutuellement. Nos clients historiques sont souvent de vrais fans qui agissent presque comme des influenceurs et amènent leurs amis et réseaux, ils prennent part aux mêmes événements et nous y convertissons de nouveaux clients. On assiste à un léger rajeunissement de la clientèle, sans doute dû à notre stratégie de produits. Historiquement nous proposions une entrée de gamme, pour passer ensuite rapidement aux chronographes, QP ou tourbillons dans une gamme de prix beaucoup plus élevée. Nous avons introduit des nouveautés entre ces deux segments afin d’offrir des complications sur des modèles plus accessibles. Il existe une clientèle de collectionneurs en quête de montres spectaculaires à des prix que l’on peut qualifier de raisonnables, comparés à ceux de certaines grandes marques.
Parmi vos 4 collections, laquelle s’est distinguée par les meilleurs résultats cette année ?
La Streamliner, clairement. Pourtant cette année nous avons lancé en majorité des Endeavour et des Pioneer, qui touchent justement une clientèle plus jeune. Ces modèles se positionnent dans le sport-chic, les amateurs d’horlogerie cherchent des pièces qui se portent facilement, dans n’importe quelle circonstance, c’est la tendance beach x Tuxedo avec une montre adaptée au costume autant qu’aux bermuda. Parfois il suffit simplement de changer de bracelet pour avoir une identité complètement différente.
Dans un environnement très imprévisible, comment continuer à faire rêver les clients ?
D’après moi, justement en se montrant très actifs et innovants, et en le faisant savoir. Cela demande des moyens et nous avons la chance d’être dans une situation suffisamment confortable pour les consacrer. Nous investissons aussi beaucoup dans l’expérience clients, pour nous rapprocher d’eux, afin qu’ils deviennent nos ambassadeurs et continuent à faire grandir la communauté. Nous restons naturellement vigilants sur l’état du monde, mais faisons preuve de confiance et de dynamisme, comme vous le découvrirez à Watches & Wonders.