Au premier abord, l'horlogerie est une affaire extrêmement sérieuse, rigoureuse et précise, qui ne laisse aucune place à la fantaisie. Rien n'est plus éloigné de la vérité! La décoration des boîtiers de montre a longtemps suscité l'imagination des artisans; le phénomène atteignant son apogée avec les montres dites «de fantaisie».Patek Philippe Museum_324824_0" src="http://www.worldtempus.dev/media/wysiwyg/08_1215_Ann_PatekMuseumdauphin…" alt="Patek Philippe Museum_324824_0" />L'idée d'abriter une montre dans un boîtier de forme extravagante n'est pas originale. La montre est, dès son origine vers 1500, incorporée dans des objets divers. Le 31 décembre 1518, on trouve dans les livres de comptes de la couronne de France un «Mandement à Jean Sapin, receveur général de Languedoil et Guyenne de payer à Julien Couldray horloger à Blois la somme de 200 écus d'or soleil: pour son payement de deux dagues excellentes garnies dedans les pommeaux de deux horloges toutes dorées et destinées à l'usage du roi».
Au XVIe siècle, la montre se décline généralement sous la forme d'un tambour, plus rarement sous la celle d'une sphère, puis devient ovale ou octogonale. Au XVIIe siècle, la forme ronde s'impose, elle est dite «bassine ». Les horlogers en fabriquent aussi en forme de croix; ces montres cruciformes sont souvent dénommées «montres d'abbesses».
On en trouve également à l'image de boutons de tulipe, de fruits ou de crânes humains rappelant l'inexorable fuite du temps. Loin de l'aspect métaphysique qu'incarnent ces montres, dites «memento mori», une autre particularité de la production des maîtres horlogers de Genève du troisième quart du XVIIe siècle est les montres en forme d'animaux. Eugène Jaquet (1884-1951), directeur de l'Ecole d'horlogerie de Genève, puis conservateur du Musée de l'horlogerie de Genève, et Alfred Chapuis (1880-1958), historien neuchâtelois de l'horlogerie, ont répertorié, dans des textes parus dans les années 1940 et 1950, six de ces pièces; aujourd'hui nous en dénombrons dix. Il est à noter que seuls des horlogers ayant oeuvré à Genève ont signé, à cette époque, ce genre de production; horlogers qui, jusque vers 1670/1680, mentionnent très occasionnellement le nom de Genève après leur patronyme.
Si le climat religieux et philosophique du XVIIe siècle explique la production des montres «memento mori» à travers toute l'Europe, il nous est par contre difficile de dire pourquoi, orfèvres et horlogers genevois ont créé ces montres en forme d'animaux.
Dix animaux
Datant de la deuxième moitié du XVIIe siècle, dix montres genevoises en forme d'animaux sont connues; elles sont à l'image de dauphin (3 ex.), de lion, de chien, de colombe (2 ex.), de lapin, de canard et d'aigle. Leurs mouvements sont signés par Jean-Henry Ester (1594- 1669), Jean-Baptiste Duboule (1615-1694) (2 ex.), Jacques Joly (1622-1694), Nicolas Gando (1629-1722), Pierre Duhamel (v.1630- 1686), Henry Ester (1631- 1676), fils de Jean-Henry, Jacques Sermand (1636- 1667), neveu de Jacques Sermand (1595-1651), Edouard Delafeuille (actif d'environ 1660 à environ 1690) et Soret Jay (associés vers 1660). Ces mouvements sont munis d'une fusée et d'un échappement à roue de rencontre, dit à verge. Ils sont de forme oblongue et épousent le contour intérieur des boîtiers. Ces boîtes en haut relief, fondues et ciselées, sont en argent et d'une facture semblable. Elles sont peut-être réalisées par un même orfèvre qui, vers 1660, se serait spécialisé dans ce genre de travail. Pour lire l'heure, il faut soulever un couvercle se trouvant au bas du corps de l'animal. Celui-ci laisse apparaître le cadran doté d'une unique aiguille des heures. Un anneau, qui peut être formé par une partie du corps de l'animal, sert à suspendre l'objet à une chaîne ou à un ruban de tissu.
Patek Philippe Museum
Genève
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L'Annuaire 2009 - No 10 - Décembre 2008