Tribune des Arts - Mars 2011Marco Cattaneo
Omega. Une marque puissante, connue dans le monde entier, adossée à un formidable outil industriel qui lui permet de produire, année après année, plusieurs centaines de milliers de montres, mécaniques pour l'essentiel. Une marque capable de tenir les caps qu'elle se choisit pendant plusieurs décennies, car tout, ici, s'inscrit dans la durée. “Rendez-vous compte, nos quatre familles ont pratiquement cinquante ans!” s'enthousiasme Stephen Urquhart, son président. Et de détailler les étapes, comme un père le ferait de ses enfants qui ont réussi.
La Constellation existe depuis 1952, et son design actuel, si typique avec ses quatre griffes, a vu le jour en 1982. La Speedmaster date de 1957, la Seamaster de 1948. “C'est une montre mythique, un mélange de sport et d'élégance, portée par James Bond depuis 1995.” Quant à la De Ville, créée en 1967 et axée sur la technicité, elle a été, il y a une dizaine d'années, la première à accueillir le nouvel échappement Co-Axial.

Les partenariats et les univers de référence traversent eux aussi les époques. Omega chronomètre les Jeux Olympiques depuis 1932 et n'a manqué que quelques rendez-vous au début des années nonante. Même ses ambassadeurs sont d'une fidélité à toute épreuve. “Cindy Crawford, qui était en Chine avec nous au début du mois de mars, nous accompagne depuis seize ans. Et notre relation avec George Clooney et Nicole Kidman, qui dure depuis plusieurs années, n'en est encore qu'à ses débuts.”
Les chantiers s'inscrivent tous dans la durée, y compris celui de la distribution, qui retient aujourd'hui toute l'attention de la marque. Le réseau a été réduit, passant de 8000 à 3000 points de vente, tandis que les boutiques monomarques se développent à un rythme accéléré. Il n'y en avait qu'une en l'an 2000, à Zurich, et on en compte déjà plus de quatre-vingt. “Dans les six prochains mois, douze nouvelles ouvertures sont prévues rien qu'aux Etats-Unis”, s'exclame Stephen Urquhart.
Omega, son premier employeur
Mais au fond, qui est ce patron à l'accent britannique, dont le calme et l'énergie semblent tous deux inépuisables? La Suisse, pour lui, c'est un hasard. Ou alors le destin. Né à Trinidad, sous le soleil des Antilles, Stephen Urquhart est en internat en Angleterre lorsque, au début des années soixante, il gagne sa place dans une prestigieuse université britannique. Mais voilà, il n'a que dix-sept ans, il lui faut patienter un an de plus avant de pouvoir y entrer.
Son directeur d'école lui suggère de le passer en Suisse, pour y parfaire un français qu'il a déjà étudié. Et ce qui devait n'être qu'un voyage de douze mois s'est transformé en une vie entière. Stephen Urquhart est toujours citoyen britannique, mais il habite dans le canton de Vaud, a désormais un passeport suisse, et si son accent anglais ne l'a jamais complètement quitté, il dit aussi bien “nonante” que “quatre-vingt-dix”.
Chez lui aussi, tout s'inscrit dans la durée. À commencer par sa relation avec Omega qu'il préside depuis 1999, et qui fut, trente ans plus tôt, son premier employeur, au sortir de ses études d'économie à l'université de Neuchâtel. Il y entre au département “communication”, participe à la première intégration de la marque dans la holding de ce qui deviendra le Swatch Group.
En 1969, Omega décroche la lune, au sens le plus littéral: c'est la montre que la Nasa choisit pour ses astronautes. Il est à l'époque l'un des rares anglophones de l'entreprise et se retrouve dans un bureau à Bienne, écouteurs sur les oreilles, suivant en direct les conversations entre Neil Armstrong et Buzz Aldrin, guettant les allusions à la Speedmaster. “C'était un moment extraordinaire!”
Le triomphe de la mécanique
Quelques années plus tard, il rejoint Audemars Piguet où il passera 23 ans. “J'ai fait ma carrière entre Bienne et Le Brassus”, s'amuse-t-il. Mais en 1997, Swatch Group le rappelle pour rejoindre Blancpain, avant de lui confier Omega. La marque est forte d'une histoire exceptionnelle, et sous l'impulsion de Nicolas Hayek, de grands chantiers sont en cours.
“Il s'agissait de remettre en valeur les quatre familles de la marque”, et aussi de mettre en piste le nouvel échappement Co-Axial, qui aurait pu n'être qu'un produit de niche, et équipera pourtant cette année près de 400 000 des montres produites par Omega! Un pari gagné grâce à la force industrielle du groupe et de ses entreprises, comme ETA ou Nivarox.
Les montres mécaniques, Stephen Urquhart y croit plus que tout. Il cite le succès de la Ladymatic dont la distribution, jusqu'ici réservée aux seules boutiques de la marque, s'élargira dès cette année. “Il fallait proposer une montre dame avec un mouvement mécanique aussi performant que celui des montres masculines.” Et ouvrir au passage un nouveau marché, séduire une clientèle que l'horlogerie n'avait pas encore conquise.
En 3 dates
1er octobre 1968… mon entrée chez Omega
31 décembre 1999… un changement de millénaire, c'était incroyable
d'écrire le chiffre 2 au début d'une date
1066… Prononcer “ten sixty-six”, la dernière fois qu'on a envahi l'Angleterre!