L’horlogerie a beau se complexifier au fil des siècles, elle reste néanmoins toujours attachée aux mêmes objectifs, et aux mêmes obstacles qui se dressent devant elle pour les atteindre. Parmi les objectifs, celui qui prime - et de très loin - est la quête de précision.
À l’heure actuelle, un mouvement asiatique de bas niveau affiche sans rougir des écarts +/- 10 secondes par jour, voire (bien) plus. Un mouvement Swiss Made, environ la moitié. Un mouvement certifié Chronomètre va de -4 à +6 secondes par jour. D’autres certifications privées (Breguet, Omega, Rolex, entre autres) descendent encore deux fois plus bas. Voilà pour les ordres de grandeur.
Concernant les obstacles altérant la chronométrie, ils sont connus depuis la nuit des temps horlogers : les chocs, les accélérations, les variations de températures et d’humidité et, de manière plus contemporaine, les champs magnétiques environnants. Ces facteurs exogènes semblent très hétérogènes. En réalité, ils ne le sont pas : ils sont réunis par le fait qu’ils déploient leurs effets délétères sur un seul et unique organe, l’échappement. On n’en conclura pas qu’avec un échappement parfait, on résoudra tous les problèmes d’un coup...mais pas loin ! Et c’est précisément ce que se propose de faire le Zero G de Zenith.
Pourquoi « Zero G » ?
Le G est facteur d’accélération. Cela peut surprendre, car le « g » auquel il réfère (que l’on écrit dans la littérature scientifique en minuscule) mesure non pas une accélération, mais la gravité terrestre. Quel lien entre gravité et accélération ? Facile : la gravité affecte tous les corps terrestres par l’accélération qu’elle induit pour mener ce corps à sa surface - c’est la fameuse pomme de Newton ! L’objet le plus léger (la pomme) est attiré par le plus lourd (la Terre) à une vitesse proportionnelle à sa masse (la pomme tombe plus vite que la feuille du pommier). On comprend ainsi que la gravité, le g, est un facteur d’accélération qui affecte tous les objets présents sur Terre...dont l’échappement d’une montre. Certes, il est très léger, mais sa masse n’est pas nulle pour autant. L’échappement est donc lui aussi attiré vers le centre de la Terre, comme tout autre corps physique, et ses composants, comme le spiral, peuvent s’en trouver légèrement déformés. Ce qui, en dernier ressort, altérera la précision de la montre. D’où l’importance, en horlogerie, de concevoir un échappement qui soit le moins sensible à la gravité g. Voire totalement insensible : le fameux Zero G.
Simplicité maximale
On a souvent prêté à l’échappement Zero G de Zenith des définitions qui ne sont pas les siennes : tourbillon, gyrotourbillon, etc. Il n’est rien de tout cela. Car il est bien plus simple : c’est un échappement monté sur un cardan, c’est-à-dire un berceau mobile dont l’équilibre des masses fait qu’il revient toujours à l’horizontale. Simplifions encore : le Zero G est un échappement toujours horizontal, parallèle au sol. Fin de l’histoire...mais une question subsiste : pourquoi est-ce intéressant d’avoir un échappement toujours parallèle au sol, en termes de chronométrie ?
La réponse est simple : parce que tous ses composants resteront certes attirés par la gravité, mais de façon uniforme, homogène. Le g affectera tous les éléments de l’échappement avec la même force. Le spiral ne sera donc pas plus déformé que le balancier, par exemple. Au final, l’échappement fonctionnera comme si il n’y avait pas de gravité. Bien sûr, elle existe toujours (au titre de quoi l’appellation « Zero G » peut être trompeuse), mais techniquement parlant, quasiment tous ses effets sont supprimés.
Une grande famille
Le concept Zero G a plus de 15 ans. Zenith l’a fait vivre au travers de plusieurs modèles, et l’échappement en lui-même a évolué. Sa taille, notamment : en 2018, Zenith l’a réduit de 70% ! C’est colossal : le Zero G actuel n’occupe plus que 30% de son volume initial. Il s’installe aujourd’hui dans seulement 1,3 cm3.
Il y eut aussi plusieurs versions métiers d’art (les séries Christophe Colomb, SIAR, cigares Cohiba), ainsi que quelques séries limitées (Rolling Stones) et petites complications associées, dont la petite seconde et la réserve de marche. En termes de matériaux, spiral et roue d’échappement sont en silicium depuis une dizaine d’années, et l’ancre en nickel-silicium. La Zero G est le nom du modèle, l’échappement à proprement parler en est un module, que l’on appelle Gravity Control ».
Deux nouvelles séries limitées
En 2021, Zenith a réinterprété ce calibre de haute horlogerie, en repensant son architecture pour un affichage plus ouvert et spectaculaire, le tout encapsulé dans un boîtier en saphir transparent qui révèle le mouvement sous tous les angles. Pour célébrer son 160e anniversaire, la manufacture présente deux nouvelles éditions limitées DEFY Zero G, dans des boîtiers de 46 mm en saphir bleu ou transparent. La carrure, la lunette et le fond sont taillés dans des blocs de saphir, un matériau presque aussi dur et résistant aux rayures que le diamant.
Dans la continuité de ce thème anniversaire, les heures, minutes et secondes décentrées se lisent sur un cadran en lapis-lazuli, ponctué d’index facettés luminescents. Son bleu profond, parsemé d’inclusions dorées de pyrite, évoque un ciel étoilé, conférant à chaque pièce un caractère unique. La réserve de marche de 50 heures s’affiche à 3 h.
Et demain ?
Le concept Zero G a encore de beaux jours devant lui. D’abord, en termes de complications. Il se s’agit « que » d’un échappement, on pourrait donc l’imaginer s’associer avec un chronographe, une date, une phase de Lune, un day-date, un GMT, et bien d’autres encore. En termes de matériaux, les possibilités d’habillage sont presque sans limite (boîte titane, carbone, etc.). Si l’on considère que Zenith et TAG Heuer appartiennent au même groupe, le nouveau spiral en carbone du second pourrait s’inviter dans le Gravity Control du premier. Inversement, pourquoi ne pas imaginer une Zero G signée...TAG Heuer ? Voire Hublot, troisième marque du groupe LVMH ?