Wild card horlogère

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Kross Studio
Ils sont arrivés par effraction, en équipe commando, ont cassé tous les codes, proposé des créations folles, adossées aux licences hollywoodiennes que tout le monde voulait. Sacrilège : même la croix suisse a été renversée ! Par qui ? Kross Studio

Kross, comme une croix, comme un « X », emblème de la collaboration, la fameuse « collab » qui fait les choux gras de l’horlogerie contemporaine. Louis Érard en a fait son modèle d’affaire de (re)lancement, avec autant d’élégance que de succès.

Chez Kross Studio, l’effraction s’est faite au lasso et au sabre laser : c’est l’univers « marvelleux » qui anime Marco Tedeschi, cofondateur de l’enseigne. Batman, Space Jam, Wonder Woman, et autres Transformers, autant de noms du cinéma fantastique auxquels il faudrait accoler le très couru « ® » que Kross Studio a réussi à obtenir. Comment ?

« Par les contacts que j’avais chez RJ-Romain Jérôme », explique Marco Tedeschi, ancien de Hublot et de RJ. C’est là, chez RJ, qu’il s’est rapproché des studios qui ont fasciné l’imaginaire du jeune entrepreneur. Lorsque RJ a mis la clé sous la porte, Marco Tedeschi les a recontactés. « Nous étions en plein confinement. Nous sommes allés les voir à Los Angeles, à San Francisco, en portant une marque, Kross Studio, qui n’avait quasiment rien sorti de sa vie, et avec des projets de montres sous licence à 150'000 francs. Ils nous ont fait confiance ».

Kross Studio
Transformers: Rise of the Beasts © Kross Studio

Équipe de choc

Cette preuve de confiance n’a pas été accordée sur la simple bonne foi, rarement suffisante au pays du business first que sont les États-Unis. Dans sa besace, Marco Tedeschi avait sa solide expérience chez Hublot et RJ, des dessins précis à présenter, mais aussi un parc de machines en sous-traitance lui donnant une liberté financière.

Un homme l’accompagne : Sergio Silva, concepteur fou de chez Hysek qui l’avait suivi chez RJ. Il est notamment le père de la Kolossal, pièce ultra-superlative d’Hysek. En résumé : beaucoup de talent(s), des idées novatrices, de quoi les produire, et le tout en totale indépendance (Kross Studio reste à ce jour la propriété majoritaire de Marco Tedeschi).

Folie suisse

Trois ans plus tard, l’ADN de la marque n’a pas vraiment changé. Créativité et technicité se soutiennent et s’élèvent mutuellement. Le produit est fun, décalé, plongé dans l’univers des grands studios américains, mais avec la rigueur et l’excellence horlogère du Swiss Made. L’approche ressemble à celle d’ArtyA. À ses débuts, elle fit de la provocation une arme pour s’imposer, avec toujours une créativité très forte, avant de proposer progressivement des collections pérennes et (parfois) plus sages.

Kross Studio
Transformers: Rise of the Beasts © Kross Studio

Le tourbillon roi

Kross Studio n’en est pas encore là, surfant encore largement sur le succès médiatique des licences Disney ou Warner pour séduire des collectionneurs nostalgiques des années 90 et 2000.

Mais la suite est déjà en cours. Marco Tedeschi a dessiné et produit son propre tourbillon central, dessiné en école d’ingénieur alors que celle-ci n’était même pas encore terminée, et qui lui rapporta la confiance d’un certain Jean-Claude Biver (et incidemment son premier poste chez Hublot). Il est aujourd’hui exploité chez Kross Studio.

L’homme en a décliné un judicieux tourbillon flottant, plate-forme surélevée inspirée de l’univers Star Wars, mais très horloger et doté d’autant d’élégance que d’originalité. D’ici deux à trois ans, des collections pérennes vont stabiliser le fond de commerce Kross Studio, comme on en voit déjà l’esquisse avec la collection KS 05. D’autres suivront. « Avec d’autres complications, mais aussi des mouvements plus simples et donc plus abordables », explique Marco Tedeschi. « Nous allons également internaliser la décoration et muscler les équipes jusqu’à une vingtaine de personnes (contre 12 actuellement, ndlr), mais l’objectif est de rester à taille humaine ».

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