SP One ou l’alchimie de la transparence: entretien avec Eric Giroud, designer

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La SP One de MB&F © MB&F
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La SP One, première « dress watch » de MB&F, n’en reste pas moins dotée d’une personnalité esthétique singulière, signature de la marque. Eric Giroud, designer « Friend » depuis les débuts de MB&F, raconte comment il a dessiné et architecturé le vide, la transparence et la finesse.

Yannick Nardin, Worldtempus : MB&F a souvent exploré des formes de saphir particulières, des jeux de volumes, d’architecture et de transparence. Jusqu’à en arriver à la SP One, transparente et fine. De votre point de vue de designer, impliqué depuis 20 ans dans la marque, quel est le processus pour y parvenir ?

Eric Giroud, designer : MB&F fabrique des montres depuis 20 ans, mais nous cherchons toujours à explorer de nouveaux territoires. Nous restons de « grands gamins », créatifs, inspirés par d’autres univers que l’horlogerie.

Chaque projet est un défi. Nous allons là où nous ne sommes pas encore allés – ce qui requiert ensuite une grande faculté d’adaptation de la part des équipes. Mais c’est cette recherche de créativité qui fait vraiment l’intérêt de chaque pièce. 

La SP One a d’ailleurs été baptisée ainsi car elle ne pouvait figurer dans aucune collection existante. Max [Büsser] – fondateur de MB&F ndlr) a donc été jusqu’à imaginer la collection Special Project pour elle – ce qui préfigure d’ailleurs d’autres modèles… très « spéciaux » !

Eric Giroud, designer chez MB&F © MB&F
Eric Giroud, designer chez MB&F © Johann Sauty

Yannick : La SP One peut être qualifiée de « dress watch » (montre habillée), simple et élégante. Pourtant, elle reste unique en son genre. Comment obtient-on ce résultat ?

Eric : Trois ronds dans un rond : esthétiquement, la SP One est effectivement très simple. En tant qu’architecte de formation, je construis à partir du vide. Je regarde ce qu’il reste à côté de la matière, tandis qu’un horloger se concentre sur ce qui est plein pour bâtir sa montre. Le vide devait dominer, tout en conservant beaucoup de finesse – ce qui a beaucoup compliqué la partie technique. 

J’ai d’abord fait un dessin et un rendu 3D très épuré. La mécanique tient sur trois bras. Ensuite, le bureau technique a ajouté des éléments pour que la montre fonctionne… que nous avons à nouveau allégée autant que possible pour retrouver la finesse, la transparence, le vide. Nous avons dû composer un juste équilibre avec la fiabilité.

Yannick : Vous êtes-vous inspiré de la Golden Bridge de Corum? 

Eric : Nous y avons pensé, mais peu, et pas directement. Nous voulions une montre singulière, réellement différente, bien que simple.

La SP One de MB&F © MB&F
La SP One de MB&F © Amaury Thomas

Yannick : Visuellement, on retrouve dans la SP One un côté figuratif récurrent chez MB&F – ici deux yeux et des aiguilles qui sourient.

Eric: Oui, si les montres MB&F sont souvent figuratives, c’est parce que nous travaillons à partir de dessins. De plus, nos inspirations sont vastes, extérieures à l’horlogerie, et cela se ressent.

Yannick : Quels défis comportent la transparence et la finesse?

Eric : Ce type de montre se doit d’être beau de face comme de dos: chaque composant se voit – même l’arrière du cadran ! Corum a d’ailleurs aussi très bien réussi cela sur sa Golden Bridge. Sur la SP One, le niveau de finition est extrêmement élevé, mais toujours dans la plus grande simplicité, sans superflu, ni ostentation. Grâce à ses 20 ans d’expérience, MB&F est parvenue à un degré de finitions extrêmement raffiné.

Au final, nous n’obtenons une telle simplicité qu’en prenant le temps nécessaire pour créer la montre, laisser au projet l’opportunité de se développer et de mûrir. Cela relève aussi d’une dynamique participative au sein des équipes: peu importe qui amène une idée, l’important est d’aboutir à quelque chose qui fonctionne parfaitement. Quitte à recommencer plusieurs fois.

Yannick : Un détail intrigant: le boîtier semble léviter entre les cornes. 

Eric : En effet, il existe un léger espace entre le boîtier et les cornes, car elles sont fixées sur le fond. Ceci permet de parfaire les finitions. D’ailleurs les cornes, en forme de flèche, intègrent un angle rentrant redoutable côté bracelet.

Yannick : La SP One paraît très tridimensionnelle en raison de sa transparence. Mais, finalement, ne s’agit-il pas de la montre MB&F la plus bidimensionnelle, afin de satisfaire aux exigences de finesse ?

La SP One de MB&F © MB&F
La SP One de MB&F © Amaury Thomas

Eric : Tout à fait, chaque élément a demandé beaucoup de réflexion. Par exemple, le cadran, de la taille d’une pièce de 5 centimes, est légèrement bombé, et les index extrêmement travaillés. Il a fallu de nombreuses itérations pour concilier idée et faisabilité et atteindre ce résultat « évident ».

Yannick : Comme un bon roman: fluide à lire, mais long à écrire!

Eric : Exactement. On ne sent plus l’effort, seulement la cohérence du résultat final.

Yannick : Le diamètre de 38 mm de la SP One participe aussi à sa singularité, également au sein des autres collections de MB&F.

Eric : Nous avions déjà exploré le registre d’un diamètre plus petit avec une pièce féminine, mais très bombée – la Legacy Machine Flying T et ses 38,5 mm. Cette fois, nous avons ajouté pour la première fois dans l’équation la finesse. Le résultat est réellement unique.

En ce qui me concerne, j’apprécie beaucoup la SP One, car je préfère les petites montres. Max m’a d’ailleurs dit à son propos: «Celle-là, tu la porterais!» Et il a raison.

Yannick : Alors, quelle version porteriez-vous? Platine ou or rose?

Eric :  Plutôt le modèle en platine. Ce métal très précieux peut se confondre avec de l’acier, dans une simplicité absolue. Et le rehaut bleuté est magnifique. Ce serait ma favorite… même si le modèle en or rose en jette vraiment et possède une allure incroyable!

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