Les débuts : un homme et une idée folle
L'aventure MB&F a commencé en 2005 avec Maximilian Büsser (MB) et une poignée d’audacieux qualifiés de Friends (F). Deux décennies plus tard, MB&F est un collectif florissant : près de 70 collaborateurs, des centaines de Friends, 22 calibres maison, neuf prix au GPHG, une deuxième marque (M.A.D.Editions) et un portefeuille de créations très variées. Revenons en arrière.
Oser rêver. Oser croire.
En 2005, Max avait simplement un croquis et un rêve. Après avoir quitté un poste à haute responsabilité chez Harry Winston, il a entrepris un tour du monde pour présenter une montre qui n'existait pas encore, signée par une marque dont personne n'avait entendu parler.
Néanmoins, quelques détaillants visionnaires ont sauté le pas : The Hour Glass (Singapour), Westime (Los Angeles), Ahmed Seddiqi (Dubaï), Ghadah (Koweït) et Chronopassion (Paris). Ils ont payé d'avance pour quelque chose qui devait être extraordinaire et ils sont devenus les premiers Friends détaillants de la marque. Un pari risqué qui a contribué au lancement de l'une des marques horlogères indépendantes les plus influentes de l'ère moderne.
Redéfinir les règles de l'horlogerie indépendante
Au début des années 2000, le rôle des indépendants était insignifiant. Les grandes marques dominaient le secteur et les petits horlogers indépendants travaillaient discrètement dans l’ombre.
Max avait commencé à changer la donne chez Harry Winston, avec la série Opus qui jetait un pont entre le monde de l'horlogerie de luxe et l'esprit des horlogers indépendants. Avec MB&F, il est allé plus loin : il a créé des machines que l’on n’avait jamais vues auparavant, des pièces qui brouillaient les frontières entre l'horlogerie et l'art cinétique. Sa force motrice ? La conviction que la véritable créativité réside dans l'imagination débordante de l'enfance, un état d’esprit qui se reflète dans la devise de la marque : « un adulte créatif est un enfant qui a survécu ».
Vingt ans de folie mécanique
Comme pour toute start-up, les premières années de MB&F ont été loin d’être faciles. Le résultat est néanmoins stupéfiant : environ 4 500 montres réparties dans quatre collections – Horological Machines, Legacy Machines, Performance Art et Special Projects –, toutes animées par des calibres exclusifs (22 au total). Sans oublier les horloges, boîtes à musique et autres curiosités cinétiques réalisées en co-création, ainsi que les montres plus démocratiques mais tout aussi audacieuses de la ligne M.A.D.Editions.
Chaque machine a permis de repousser des limites. De la HM1 avec ses quatre barillets à la LM1 avec son balancier volant et sa réserve de marche verticale. De la LM Perpetual avec son processeur mécanique révolutionnaire et son échappement séparé à la LM Thunderdome avec son mécanisme à triple axe qui a battu des records de vitesse. De la HM10 Bulldog avec sa réserve de marche « mâchoires » à la LM Sequential avec son commutateur Twinverter breveté et ses embrayages verticaux à rubis. Sans oublier la merveille architecturale que constitue la HM11, avec son boîtier rotatif qui permet de remonter le mouvement et d'afficher la fonction de son choix, dont un thermomètre.
Stephen McDonnell : un constructeur de génie
Il y a quelqu’un qui mérite une mention spéciale : l’horloger nord-irlandais Stephen McDonnell. S’il a participé à la création des HM1 en 2007, il s’est vraiment distingué avec la LM Perpetual, un calendrier perpétuel complètement remanié : plus fiable, plus intuitif et nettement moins exposé aux erreurs.
Par la suite, il a permis à l’horlogerie de faire un nouveau bond en avant avec le Twinverter de la LM Sequential, un système qui a engendré une combinaison inédite de modes de chronométrage et valu à MB&F l'Aiguille d'Or au GPHG 2022, la récompense la plus prestigieuse pour l'horlogerie indépendante. Avec la LM Sequential Flyback lancée en 2023, il a poussé le concept encore plus loin et prouvé au monde entier combien le chronométrage mécanique pouvait être performant.
Les Friends au premier plan
Dans un monde où l’on avait l’habitude de laisser les fournisseurs dans l’ombre, MB&F a choisi de se démarquer et, d’emblée, elle a mis ses Friends en avant : horlogers, designers, ingénieurs, graveurs, fabricants de boîtiers... Tout comme dans le générique d'un film, tous les intervenants sont nommément cités.
Parmi eux figure Eric Giroud, le designer indépendant qui, avec Max, a dessiné les Horological et Legacy Machines des deux premières décennies. La liste des Friends comprend plusieurs autres noms célèbres comme Kari Voutilainen, Peter Speake, Jean-Marc Wiederrecht, Eric Coudray, Stepan Sarpaneva, Stephen McDonnell...
Citer les indispensables Friends, ce n’est pas seulement faire un geste sympathique, c'est répondre à l’un des principes de la marque : « traiter les autres comme on aimerait que l’on nous traite ».
D’une large externalisation à un modèle hybride
À ses débuts, MB&F fonctionnait avec une structure légère : si la création et l'assemblage étaient assurés en interne, la recherche, le développement et la fabrication des composants étaient entièrement confiés à des Friends. Depuis, la structure a suivi l’évolution de la marque.
Aujourd'hui, MB&F fonctionne sur un modèle hybride, avec à l’interne une équipe de R&D composée de huit ingénieurs et un atelier d'usinage qui produit de 75 à 80 % des boîtiers et de l’ordre de 15 à 20 % des composants du mouvement, parallèlement à la poursuite de collaborations étroites avec des partenaires externes de confiance.
Co-créations et Performance Art
L'esprit de collaboration de MB&F a donné naissance à des créations spécifiques. En 2009, la première pièce Performance Art de la marque – une pièce HM2 unique réalisée en collaboration avec l'artiste de Los Angeles Sage Vaughn – était destinée à la vente aux enchères caritative Only Watch. Un an plus tard est apparue la JwlryMachine, une version Haute Joaillerie en forme de chouette de la HM3, réalisée en collaboration avec la maison parisienne Boucheron.
Depuis, MB&F a collaboré avec des designers comme Alain Silberstein et James Thompson (alias Black Badger), des artistes comme Huang Hankang, Cassandra Legendre et Xia Hang, le graveur Eddy Jaquet, le joaillier Emmanuel Tarpin et des horlogers comme Stepan Sarpaneva, H. Moser & Cie. et même Bvlgari.
Puis vinrent les horloges. MB&F et L'Épée 1839 ont transformé les horloges de table désuètes en objets attrayants : fusées, méduses, robots ou araignées. Tout à coup, elles sont redevenues branchées. S’ensuivirent des boîtes à musique avec Reuge, des instruments d'écriture avec Caran d'Ache et même des loupes en forme de fusées : l'univers de MB&F a continué à s’élargir.
The Tribe
MB&F ne se contente pas de fabriquer des montres, elle tisse des liens. Au fil des ans, elle a rassemblé une communauté internationale de collectionneurs motivés par la mission de la marque : non seulement vendre de l’art horloger, mais aussi permettre à chacun de se réaliser.
D’où la création de la Tribe. Tout collectionneur qui enregistre une montre MB&F sur le site devient membre de la Tribe et bénéficie d'avantages exclusifs : de l’accès en avant-première aux M.A.D.Editions à l’obtention d’un Minimilian (adorable figurine de la marque) assorti à sa montre, en passant par des invitations à des réceptions organisées par Max et son équipe.
M.A.D.Editions : la montre qui n’aurait pas dû exister
En 2014, Max a eu l’idée de créer une montre plus abordable. Une montre que ses Friends et sa famille pourraient acheter. L'idée semblait prometteuse mais, après des années de recherches, elle a été abandonnée. Trop de défis, pas assez de temps.
Puis vint la Covid. Le monde tournait au ralenti. MB&F a décidé de reprendre le projet : pas pour le grand public comme précédemment, mais pour remercier les Friends et la Tribe. 500 d'entre eux ont reçu, par e-mail, la proposition d’une montre baptisée M.A.D.1 à un prix nettement inférieur à celui d'une Machine MB&F..
La réaction fut explosive. Les montres ont été vendues immédiatement. Nombre d’amateurs étaient furieux d’avoir été écartés. Max a dû présenter des excuses publiques et promettre d'en fabriquer davantage. La M.A.D.1 a finalement été proposée au public en édition limitée à quelques centaines d'exemplaires, avec un tirage au sort pour une distribution équitable. On a alors enregistré plus de 18 000 inscriptions. Depuis, l’aventure s’est poursuivie avec de nouvelles versions M.A.D.1 et le lancement de la M.A.D.2 (en 2025).
Des espaces dédiés à l'art mécanique : M.A.D.Galleries & MB&F Labs
En 2011, MB&F a ouvert sa première M.A.D.Gallery, rue Verdaine à Genève. L'objectif ? Présenter les montres parmi d'autres œuvres d'art mécanique et cinétique.
Depuis, le concept s'est décliné à l'international, sous la forme de M.A.D.Galleries avec offre complète et de MB&F LABS avec sélection restreinte. Chaque espace, conçu par Voltige Design & Architecture, arbore un intérieur sculptural, des vitrines en forme de dôme et une lentille bleue identitaire qui présente le monde à l’envers à ceux qui passent devant.
À l’avenir
MB&F entre dans sa troisième décennie et l'aventure continue. Côté création, une nouvelle génération se profile aux côtés de Max Büsser et Eric Giroud : le designer berlinois Maximilian Maertens, qui a débuté comme stagiaire en 2017, prend désormais pleinement part à des projets et la première montre-bracelet signée Büsser-Maertens est attendue pour 2026.
En août 2024, MB&F a accueilli comme nouveau Friend l’entreprise privée Chanel, qui a pris une participation minoritaire de 25 % dans son capital. C’est un partenariat qui apporte une sécurité à long terme sans compromettre l'indépendance de la marque. Elle a ainsi rejoint F.P.Journe et Romain Gauthier dans le portefeuille de Haute Horlogerie de Chanel.
Vingt ans après : toujours M.A.D.
Vingt ans de folie mécanique. De confiance en ses Friends. D'idées audacieuses transformées en objets qui font tic-tac. MB&F a participé à la redéfinition de l'horlogerie indépendante qu’elle a rendue transparente, collaborative, disruptive et surtout inspirante.
Car au final, chez MB&F, il n’a jamais été seulement question de montres. MB&F est synonyme de créativité, d'imagination, de communauté et de réalisation de soi. Et si l'on en croit le passé, la folie n’en est qu’à ses balbutiements.