Les promenades mécaniques de L’Épée

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La manufacture L’Épée réédite une demi-douzaine de ses propres créations, toutes personnalisées par un artiste différent. Une démarche originale et rafraîchissante qui rapproche encore un peu plus la marque de l’univers des collectionneurs d’art contemporain.

La saison 2025 - 2026 sera-t-elle celle de la pièce unique ? Face à un marché horloger en zone de turbulences douanières, rien n’est plus sûr que de s’adresser directement aux collectionneurs. Le pari est porté de longue date par Jaquet Droz. De plus en plus de marques s’y engagent, mais L’Épée est la seule qui le fasse avec tout...sauf des montres. 

Arnaud Nicolas, bouillonnant CEO de la maison fraîchement passée sous pavillon LVMH, a dévoilé durant les Geneva Watch Days un ensemble peu commun de pièces uniques. Déjà, parce qu’il s’agit de « sculptures cinétiques », telles que les décrit si justement l’intéressé. Ce ne sont donc pas des montres, ni des automates (conçus par nature pour le mouvement), mais des objets pensés comme statiques pour la plupart, et que les artisans de L’Épée mettent en action avec un calibre horloger qui donne l’heure. 

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Arnaud Nicolas © L'Épée

Carte blanche

Ces objets sont édités en deux versions : l’une en série, l’autre déclinée en pièce unique, suivant les bons soins d’un artiste qui le retravaille à sa manière. C’est cette approche collaborative qui constitue le cœur des annonces de la maison aux Geneva Watch Days. 

Si les réalisations habituelles de L’Épée sont déjà, pour nombre d’entre elles, passablement audacieuses, il faudra être un collectionneur averti pour aborder les nouveautés 2025. Car, de prime abord, il n’en émane aucun fil directeur esthétique ni technique. Mais en réalité, toutes ces sculptures sont réunies sous un seul prisme conceptuel : « carte blanche à ». Une œuvre, un(e) artiste, et sa souveraine interprétation du temps, de l’objet, de l’art. Aucune contrainte, une liberté artistique totale. 

Honneur au maestro Calabrese

Pour les plus grands amateurs d’horlogerie, c’est l’œuvre cosignée par Vincent Calabrese qui retient le plus l’attention. Géant parmi les géants, horloger de génie farouchement indépendant, l’homme est créateur de l’AHCI, Académie des Horlogers Créateurs Indépendants. C’est, littéralement, la pouponnière dans laquelle se sont épanouis des noms comme Philippe Dufour, François-Paul Journe, Felix Baumgartner (Urwerk), Kari Voutilainen, Peter Speake-Marin, et quelques dizaines d’autres monstres sacrés de la Haute Horlogerie. Et c’est Vincent Calabrese qui, en 1985, décida de les réunir pour peser face aux grands groupes, et valoriser des indépendants qui, aujourd’hui, ont tous leur place au panthéon des collectionneurs. 

Sa pièce s’appelle The Phoenix Eternis Ignis. On apprécie la métaphore d’un homme maintenant âgé de 81 ans, toujours foisonnant d’idées et qui a traversé toutes les crises horlogères, en renaissant systématiquement plus fort et plus créatif - un véritable phénix horloger, peint sur une parfaite sphère par une artiste nommée Morena Fetoshi. 

The Phoenix Eternis Ignis ©L'Epée
The Phoenix Eternis Ignis ©L'Epée

Auto Neo Vintage

Côté automobile, on apprécie deux belles créations, la Time Fast II (revue par Georg Foster) et la Rust in Time (par Jeremy Brun). Point commun : faire fi des finitions chromées, de la peinture lustrée, du « zéro défaut ». À la place, la première affiche un vert pimpant brossé d’une peinture noire aléatoire, imparfaite, une traînée d’huile sauvage mais maîtrisée qui recadre le bolide dans son contexte purement mécanique. 

La seconde, elle, arbore une patine vintage, comme si la peinture était passée, à l’image de l’un des « barn cars », ces voitures de sport rarissimes que l’on retrouve parfois dans une grange, oubliées et dans leur jus. Une approche authentique et iconoclaste, judicieuse et pertinente pour une marque qui a presque davantage sa place, à présent, à Art Basel ou à la FAB Paris. 

Rust in Time ©L'Epée
Rust in Time ©L'Epée
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