Pourtant, ces deux marques de luxe iconiques et références absolues dans leur univers respectif semblent bien éloignées en matière de taille et d’ancienneté. Ferrari fêtera bientôt un siècle d’existence et compte 5000 employés, pratiquement dix fois plus que Richard Mille dont le succès phénoménal s’est bâti en deux décennies. Après avoir présenté ensemble la montre automatique la plus fine du monde (la RM Up-01 Ferrari en 2022, 1,75 mm), ils ont poursuivi un projet de longue haleine intégrant de manière approfondie l’ADN des deux marques : la RM 43-01 Tourbillon Chronographe à rattrapante. L’événement durant lequel leurs équipes l’ont dévoilée au Palais de Tokyo à Paris a révélé une complicité palpable et rare.
En voiture !
Si les couleurs de Ferrari ont naturellement dominé ce lancement, la thématique automobile omniprésente chez Richard Mille a plané sur l’événement du début à la fin, ce qui, en soi, rapproche déjà les deux partenaires. Venu spécialement du Brésil pour y assister, Felipe Massa évoque « une relation exceptionnelle et profondément humaine qui explique son succès et sa longévité ». En tant que premier ambassadeur Richard Mille en 2004, alors qu’il effectuait sa deuxième saison en F1, il a porté des montres Richard Mille à son poignet à chaque course et en a remporté de nombreuses avec des modèles différents, notamment chez Ferrari. Retiré du circuit F1, Felipe Massa pilote toujours d’autres bolides et reste ambassadeur de la marque, avec un souvenir ému pour son premier tourbillon RM 06, « déjà le plus léger à l’époque » : « C’est un sentiment incroyable et un plaisir immense de rester partenaire si longtemps et d’assister à l’essor de la marque. » Comme le précise Tim Malachard, directeur marketing de Richard Mille, « après chaque course nous analysons la montre pour tester sa réserve de marche, sa résistance aux chocs, sa précision et tout ce qui est améliorable au fil de ces tests en conditions extrêmes et réelles. Les montres que nous produisions il y a 20 ans n’ont plus rien de comparables avec celles qui sortent aujourd’hui de nos ateliers ».
Également présent, le professeur Alain Prost ne tarit pas d’éloges sur l’énergie que met Richard Mille à entretenir cette passion pour la course automobile. Ambassadeur de la marque depuis 2017, le multiple champion du monde souligne un autre mérite de Richard Mille : « Ils donnent envie aux jeunes de travailler dans ce milieu et font naître des passions, les jeunes ont besoin d’être stimulés par du positif. » Ce n’est certainement pas Lilou Wadoux qui l’aurait contredit sur place : la jeune prodige est passée par la Richard Mille Racing Team, l’écurie permettant aux femmes pilotes l’accès aux plus hautes compétitions automobiles internationales de très haut niveau, devenant la première femme pilote officielle de Ferrari Competizioni GT. Le monde est petit chez les tout grands.
Carburer à la passion et à la performance
Pour Amanda Mille, directrice de la marque et des partenariats, chaque rapprochement avec un ambassadeur ou un partenaire doit impliquer une symbiose philosophique et une dynamique : « Dans notre vision du partenariat, chacun doit se sentir très à l’aise, l’apprentissage doit aller dans les deux sens avec un respect mutuel des savoir-faire. Nous les choisissons pour leurs connaissances et non pour leur nom, et nous souhaitons évoluer ensemble et nous tirer vers le haut mutuellement. » En ce qui concerne Ferrari, Amanda Mille observe que les échanges et les connexions concernant le design ont été en l’occurrence beaucoup plus nourris qu’avec d’autres partenaires. « Il y avait une vision et une envie de Ferrari de s’intégrer à ce projet, nous avons tous adoré travailler ensemble, et cela se ressent dans la collaboration. »
Au quotidien, huit membres de l’équipe Richard Mille et quatre de Ferrari se sont investis dans la réalisation de la RM 43-01. Gianfranco Saracino (partnership projects design manager de Ferrari) sourit en évoquant une « incroyable coexistence de la beauté, de la performance et de la technologie en parallèle d’une fusion des procédés et des méthodes entre les deux sociétés » . Lui aussi insiste sur le fait que chaque partenariat Ferrari comprend un processus de feedback, qui est allé beaucoup plus loin que d’habitude dans le cas de Richard Mille, au point d’inspirer les designers de Ferrari pour de futures pièces automobiles. « Nous parlons le même langage et recherchons tous les deux la légèreté, la performance et la résistance. »
En effet, les équipes ont visité leurs ateliers de fabrication réciproques et comparé leurs machines et outils de production, parfois très similaires, au point que Tim Malachard (RM) souligne une courbe d’apprentissage phénoménale de part et d’autre. « Ensemble, nous relevons des défis incroyables pour inventer de nouveaux matériaux, des alliages de carbone et titane, ultralégers et résistants. » Le partenariat s’étend aussi aux écuries d’endurance, sa portée est très large, et il prend de plus en plus d’ampleur au fil des échanges et de la relation qui se renforce en profondeur, où chaque victoire est fêtée chez les deux marques.
Repousser les limites reste un leitmotiv pour Ferrari et Richard Mille, qui partagent ici le même moteur : Francesca Vernia (Head of Licensing and Location Based Entertainment) explique : « C’est facile de collaborer, plus qu’avec d’autres partenaires, car la même passion de l’excellence nous habite, cela prend du temps de réaliser ces montres et nous travaillons main dans la main car il s’agit du pinacle de l’artisanat et de l’innovation. En horlo comme en F1, tout est étudié pour que le design maximise la beauté et la performance sans nuire au mécanisme. Nous apprenons beaucoup de l’extrême attention aux détails de Richard Mille, nos designers sont fascinés par les tailles minuscules de certains composants horlogers et repensent certains aspects de nos voitures. »
En ce qui concerne cette collaboration produit particulière sur la RM 43-01, Tim Malachard constate un design Richard Mille très fort, et énormément de détails inspirés de Ferrari au cours de leurs échanges hebdomadaires. D’ailleurs, dès le lendemain de l’événement, les deux équipes se retrouvaient pour tracer de nouvelles routes. « Ce sera une nouvelle montre inattendue et spectaculaire ! »
Lire aussi notre article sur la RM 43-01 ici.