L’horlogerie est quelque peu schizophrène. D’un côté, se gargarisant des « siècles de tradition et d’innovation ». De l’autre, incapable de se souvenir des faits marquants des dix dernières années. Pourquoi ? Parce que le rouleau compresseur des nouveautés écrase tout. Les salons sont trop nombreux, les créations trop fréquentes, les réseaux sociaux diluant l’importance dans l’urgence, l’être dans l’avoir.
Comme souvent, il faut donc faire un pas de côté pour apprécier ce qui sort véritablement de l’ordinaire. Prendre du recul, mettre sur pause son « feed » pour discerner le beau, le juste. Et voir qu’il y a 10 ans, il s’était réellement passé quelque chose de rare au théâtre du Léman.
Retour sur images
Ce 29 octobre 2015, la « Charming Bird » de Jaquet Droz remporte le Prix de l’Exception Mécanique. Un prix parmi une dizaine d’autres ? Oui. Mais, lorsque l’on sait lire entre les lignes, celui-ci est singulier. Déjà, parce que Jaquet Droz a conçu un automate sifflant dans une cage en verre, au format montre-bracelet. Personne ne l’avait jamais fait, ni ne l’a fait depuis. Ensuite, parce que l’atelier de La Chaux-de-Fonds est l’un des derniers, avec Van Cleef & Arpels, à se battre pour que vivent les montres-automates. Enfin, parce que cette pièce n’était pas un « coup » isolé, mais simplement une première étape. Jaquet Droz vient de franchir la seconde.
Titan Bird
La marque dévoile donc aujourd’hui une Charming Bird Titane. On apprécie le calendrier : en 10 ans, surfant sur son succès, Jaquet Droz aurait pu imaginer pléthore de versions : or blanc, gris, rouge, rose, tantale, acier, carbone, saphir, etc. Il n’en fut rien. Quand on a presque trois siècles (Jaquet Droz a été fondée en 1738), on n’a plus grand-chose à prouver. Et l’on prend son temps. La marque a donc pris une dizaine d’années pour produire autant d’exemplaires de ces pièces d’exception - soit environ une montre vendue chaque année. Un chiffre loin d’être insignifiant en regard de sa spécificité, voire de son unicité sur le marché.
Parfaite acoustique
Jaquet Droz présente en 2025 la version titane de sa création. De cette nouveauté, on observera deux choses. La première, c’est la fâcheuse propension du titane à mettre le feu aux outils qui tentent de l’apprivoiser. Usiner une boîte aussi complexe, toute en courbes, est un défi technique qu’il fallait savoir relever. La seconde, c’est le gain de poids conséquent. La pièce a conquis plus de 15% de légèreté, soit plus de 40 grammes en moins au poignet. L’oiseau siffleur est plus aérien que jamais.
Concrètement, la pièce de 47 mm de diamètre offre donc un confort accru sans rien sacrifier de ses performances acoustiques. Car il faut ici faire tomber un triste parallèle que l’on fait souvent entre la Charming Bird et une répétition minute : le matériau de la boîte n’a pas, pour la Charming Bird, la moindre incidence sur sa qualité musicale, puisque contrairement à une répétition minute dont la sonnerie est emprisonnée dans la boîte, la mélodie de la Charming Bird s’échappe hors de la boîte grâce à des ouïes latérales.
Cette judicieuse propriété peut donc ouvrir la voie à bien d’autres matériaux. On se plaît à rêver d’une Charming Bird Saphir. Le résultat serait éblouissant car, outre le fait que Jaquet Droz est la seule maison à travailler un saphir 100% Swiss Made, ses boîtiers sont totalement dépourvus de vis et inserts. Ce qui donnerait l’illusion d’un oiseau chantant...en liberté. Rendez-vous en 2035 ?