Certains acquis semblent tellement ancrés dans le marbre de l’histoire que l’on ne songe plus à les remettre en cause. L’un d’entre eux est que la montre est un produit technique qui a ses exigences propres : son poids, sa précision, son ergonomie, son mode d’emploi. En somme, qu’elle est à prendre ou à laisser car, en l’état, les horlogers ne peuvent pas faire plus.
Pousser, tirer
C’est évidemment faux. La montre est au service de l’utilisateur. Comme une voiture, un portefeuille, un canapé ou un smartphone. La montre n’est pas un objet sacré. Encore moins mystérieux. Et l’on doit pouvoir remettre en cause tout ce qui entrave sa bonne manipulation par ses propriétaires. Sans tabou ni limites.
C’est l’exercice auquel se livre la RD#5 d’Audemars Piguet. La pièce sort dans le cadre des 150 ans de la marque. Il n’y en aura d’ailleurs que 150 exemplaires. Mais, loin d’être un pur exercice de recherche fondamentale, elle propose au contraire des solutions qui peuvent être industrialisées.
L’un des aspects saillants de la RD#5 est la sensation aux poussoirs. L’exercice ne consiste donc pas à corriger un problème (les poussoirs actuels fonctionnent très bien !), mais à voir si l’on peut les optimiser suivant deux facteurs : réduire la longueur de leur course (en millimètres), et la pression (en kilos) qu’il faut y appliquer pour activer la fonction qui y est associée.
Corriger, adoucir
La pression usuelle est de 1,5 kilo. La course, d’un millimètre. La question n’est pas de savoir si c’est peu ou beaucoup, mais si l’on peut réduire ces valeurs pour approcher celles d’un poussoir de smartphone, que l’on manipule infiniment plus souvent que celui d’un chronographe.
Audemars Piguet répond : oui. Avec un argument sensé : les valeurs des chronographes des années 50 et 60 étaient déjà bien plus douces que celles que nous connaissons aujourd’hui. Il faut donc reprendre l’ouvrage, et aller plus loin.
Pour le chronographe de la RD#5, AP a privilégié la roue à colonnes, « qui permet de réduire la course à vide, plutôt que la navette, facile à industrialiser, mais dure et avec une longue course à vide », explique Giulio Papi, Directeur Conception Horlogère. Pour la remise à zéro du chronographe, AP a remplacé le marteau par un râteau, et le cœur par un pignon. Avec, au passage, un rendement énergétique amélioré d’un facteur 7.
Plus de confort
L’optimisation ergonomique de la RD#5 ne s’est pas arrêtée aux poussoirs. La pièce a également été conçue pour entrer en boîte de seulement 39 mm. C’est non seulement le format historique de la Royal Oak Jumbo originelle (1972), mais c’est aussi celui adopté par tous les collectionneurs.
Elle affiche par ailleurs trois jours de réserve de marche - autre confort associé aux montres « week-end proof ». Elle est enfin réalisée en titane allié à du BMG. Découverts dans les années 60, les BMG sont des alliages qui, lorsqu’ils sont rapidement refroidis, partagent plusieurs caractéristiques communes avec le verre, telles que la robustesse et l’amorphisme. Composé à plus de 50% de palladium, le BMG développé par Audemars Piguet possède une forte résistance à l’usure, à la corrosion, ainsi qu’un aspect brillant. Lancé en 2021 sur la Royal Oak « Jumbo » Extra-Plat Only Watch, ce matériau est entré en collection en 2023.
Côté fond, le mouvement est 100% visible grâce à une masse périphérique « que l’on n’avait plus vue chez AP depuis une dizaine d’années », précise Giulio Papi. Malheureusement, pourra-t-on ajouter : la seule marque qui en faisait un usage quasi systématique a fermé boutique (Carl F. Bucherer), et personne ne reprend significativement le flambeau. Jusqu’à ce jour ?
Astucieux
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