Quand les cadrans en pierre ne laissent pas de marbre

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Endeavour Tourbillon Concept Pop © H.Moser&Cie.
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Du hasard géologique sont nées de rares couleurs, des structures organiques. Des inconvénients pour certains sont devenus des atouts pour des marques horlogères. Les pierres n’ont alors pas fini de nous surprendre.

Qu’elles proviennent des profondeurs de la Terre ou du cosmos, formées il y a des millions, voire des milliards d’années, les pierres dures et les météorites ont parcouru un long périple. Des facteurs géologiques, chimiques et physiques les ont façonnés pour leur donner leur texture singulière et leurs couleurs telles que nous les connaissons aujourd’hui. Alors, non sans raison, les cadrans réalisés dans ces matières minérales fascinent. Plus qu’un ornement, elles basculent le design dans une autre dimension. Plus qu’un style, de leur présence émerge une attitude basée sur la volonté d’une élégance disruptive.

Bulgari Octo Finissimo Marble Tourbillon, 40 mm de diamètre, 4,85 mm d’épaisseur, calibre à remontage manuel, 52 heures de réserve de marche. © Bulgari
Bulgari Octo Finissimo Marble Tourbillon, 40 mm de diamètre, 4,85 mm d’épaisseur, calibre à remontage manuel, 52 heures de réserve de marche. © Bulgari

Découvrir la Bulgari Octo Finissimo Marble Tourbillon ne laisse pas indifférent. Le fond vert foncé et les veines blanches de son cadran confectionné à partir d’un marbre provenant de la Vallée d’Aoste. Les motifs aléatoires de la roche calcaire rendent unique chacun des exemplaires. Le prestigieux tourbillon du fin calibre (1,95 mm d’épaisseur) gagne en exclusivité dans cette scénographie raffinée rehaussée par l’or jaune du boîtier. L’harmonie visuelle obtenue est saisissante. Elle mêle avec à-propos la rigueur architecturale octogonale de la collection à la richesse organique des matières.

Pop culture

Ce luxe, conscient, où la rareté ne réside pas seulement dans la mécanique, mais aussi dans le choix des matériaux, se retrouve également au cœur de la montre emblématique Andy Warhol, qui a vu le jour en 1972. La variation de ce grand classique signé Piaget dévoilée durant Watches & Wonders 2025 combine un cadran en œil-de-tigre à l’or blanc du boîtier. Les teintes marron et jaune de ce quartz rappellent celles de l’iris du félin. La pierre semi-précieuse adoptée pour ces reflets chatoyants confère alors une force symbolique à cette pièce chère au pape du Pop Art. Ce garde-temps reste ainsi fidèle à l’esprit excentrique et sophistiqué de Warhol.

Piaget Montre Andy Warhol, boîtier coussin 45 x 43 mm, 8,08 mm d’épaisseur, calibre automatique, 40 heures de réserve de marche, EUR 58'000. © Piaget
Piaget Montre Andy Warhol, boîtier coussin 45 x 43 mm, 8,08 mm d’épaisseur, calibre automatique, 40 heures de réserve de marche, EUR 58'000. © Piaget

La dimension artistique anime de la même façon la collection Endeavour Tourbillon Concept Pop. Moser signe un exercice audacieux avec 18 combinaisons inédites offertes par les couleurs franches d’une sélection pointue de pierres fines. La chrysoprase citron se marie à un lapis-lazuli. Un corail orange s’allie à de la turquoise. Le jade de Birmanie sublime l’opale rose. La lumière de l’orange pur et d’un turquoise flamboyant, les éclats des rose pastel et vert pistache, ou encore la profondeur d’un bleu foncé et d’un vert anis façonnent une scène d’expression inédite aux informations temporelles et aux complications répétition minutes et tourbillon.

Endeavour Tourbillon Concept Pop, boîtier 38 ou 40 mm, acier ou or rouge, calibre automatique. © Moser
Endeavour Tourbillon Concept Pop, boîtier 38 ou 40 mm, acier ou or rouge, calibre automatique. © H.Moser & Cie.

Ode à la complexité

La difficulté de ciseler un fin disque de pierre de moins de 0,5 mm d’épaisseur n’arrête pas les manufactures. Bien au contraire. L’exercice transcende leur créativité à l’instar d’Audemars Piguet. Pour ses 150 ans, la marque a célébré l’événement avec de multiples éditions limitées. L’une d’entre elles, dotée d’une complication musicale, la Code 11.59 Grande Sonnerie Carillon Supersonnerie « 150e anniversaire » se distingue également par son surprenant cadran confectionné à partir d’une opale arlequin dont les couleurs ne sont pas sans rappeler celles du costume du célèbre protagoniste de la commedia dell’arte. La comparaison s’arrête là. Le caractère de la montre est à l’opposé de la personnalité du valet. Les éclats irisés forment un motif digne d’une peinture impressionniste et soulignent toute la virtuosité horlogère de la pièce.

Audemars Piguet Code 11.59 Grande Sonnerie Carillon Supersonnerie « 150e anniversaire », 41mm de diamètre, or rose, calibre à remontage manul, 48 heures de réserve de marche. © Audemars Piguet
Audemars Piguet Code 11.59 Grande Sonnerie Carillon Supersonnerie « 150e anniversaire », 41mm de diamètre, or rose, calibre à remontage manul, 48 heures de réserve de marche. © Audemars Piguet

Sidérant voyage sidéral 

La présence d’un cadran en pierre favorise aussi les scénographies particulières au sein desquelles les teintes dialoguent avec celles des autres éléments du modèle. La montre Hermès Arceau L’heure de la Lune bénéficie des atours d’une météorite Erg Chech, découverte en en 2020, qui est à ce jour la plus ancienne roche magmatique connue. Ces nuances ocre et sa texture sablée entrent en accord avec l’or rose lumineux et lisse et le doré des chiffres et aiguilles des compteurs mobiles. Ce mariage, tout en contraste, gratifie pourtant la pièce d’une harmonie visuelle indiscutable. Le cadran devient ici le socle d’un récit en perpétuelle évolution.

Hermès Arceau L’heure de la Lune, 43 mm, calibre automatique, 40 heures de réserve de marche. © Hermès
Hermès Arceau L’heure de la Lune, 43 mm, calibre automatique, 40 heures de réserve de marche. © Hermès

Si les cadrans en pierre ne sont pas une nouveauté, leur présence connaît depuis quelques années un regain d’intérêt grâce à leur potentiel expressif. Chaque roche, sa texture, ses inclusions, ses reflets, offre une identité propre, impossible à reproduire. N’est-ce pas la meilleure façon pour le luxe de s’échapper d’une production standardisée ?